Des Français de moins en moins mobiles

Les Français sont de moins en moins mobiles géographiquement pour trouver un emploi. D’après le Centre d’Etudes de l’Emploi ils le sont moins aujourd’hui que dans les années 70, et la crise de 2008 a accru cette immobilité.

Les Français sont aujourd’hui moins mobiles que dans les années 70. Dit autrement : lors des périodes de crise, ils se déplacent beaucoup moins pour chercher de nouvelles opportunités d’emplois. La France est devenue un pays caractérisé « par l’immobilité tant des chômeurs que des actifs occupés » écrit Thomas Sigaud dans l’étude qu’il vient de réaliser pour le Centre d’Etude de l’Emploi. Le sociologue a analysé les mobilités entre départements depuis 40 ans et a mis en évidence trois périodes essentielles depuis 1975 pour les actifs de 15 à 59 ans. Leur mobilité a fortement baissé jusqu’en 1985, puis remonté jusqu’en 2000, où elle atteint 3,5 % de cette population avant de redescendre et  connaitre une chute brutale entre 2008 et 2009 pour ne plus concerner que 2,6 % de ces actifs.  Et cela concerne aussi bien les actifs occupés que les chômeurs. Alors qu’avant ces derniers étaient logiquement plus mobiles pour trouver un emploi que ceux en poste, l’écart a progressivement diminué. Le début des années 2000  a été particulièrement significatif puisque c’est le dernier moment où le taux de mobilité résidentielle des chômeurs a augmenté avec un pic en 2008 alors que celui des actifs occupés diminuait régulièrement.

« De 2004 à 2007, années de conjoncture relativement clémente, s’installer dans un autre département va de pair avec des chances plus importantes d’accéder à l’emploi …  explique Thomas Sigaud. » Mais, depuis la crise de 2008-2009 « la mobilité résidentielle n’est plus la ressource qu’elle a pu être pour obtenir un emploi » et les chômeurs qui se déplacent encore sont ceux qui ont de solides atouts comme des diplômes. A l’inverse la mobilité interdépartementale des actifs occupés « coïncide avec un plus grand risque de sortir de l’emploi … Les actifs occupés qui changent de lieu de résidence ont donc un risque plus élevé de perdre leur emploi que les autres et ce risque a nettement augmenté au fil des années 1970 et 1980 ».  La mobilité résidentielle interdépartementale correspond donc à un risque significatif de perdre son emploi, risque qui s’est aggravé depuis les années 1980. S’installer ailleurs impose aux travailleurs mobiles de renoncer à l’emploi qu’ils occupaient et à en chercher un autre. La mobilité interdépartementale se traduit donc par une sortie vers le chômage au moins sur le court terme, dans l’année qui suit le déménagement.

Clairement dans la tête des Français s’est faite l’idée que la mobilité n’était pas forcément la meilleure stratégie contre le chômage. « Elle est surtout une affaire de jeunes, d’hommes, de cadres, de diplômés et de salariés du secteur public » et son effet positif ne se voit véritablement que pour les chômeurs de sexe masculin, jeunes (15-29 ans) et très diplômés (niveau bac + 2 ou supérieur). Son effet devient négatif pour les femmes, les chômeurs âgés de 40 ans ou plus et les moins diplômés. L’incidence de la mobilité résidentielle sur la probabilité, pour les actifs occupés, de rester en emploi est elle aussi fortement segmentée. Là encore, elle s’avère négative sur la probabilité de trouver un emploi en ce qui concerne les moins diplômés et les femmes

L’étude, commentée dans Le Monde (2), l’a également été par Manpower (3) qui  la met en relation avec un autre phénomène, celui du crédit et de la propriété. Une étude de l’INED a récemment mis en évidence, comment sur la même période la France est devenue un pays de propriétaires où près de 60 % possèdent leur logement « Pour ces derniers, changer de département et donc de logement, entraîne des coûts de transaction très élevés. Retenus par des logiques de cadre de vie, ils sont par conséquent très peu à être mobiles. Le lien entre mobilité géographique et emploi appelle donc à prendre en compte l’imbrication des logiques professionnelles et personnelles complexes et les arbitrages dépassent largement la seule question de l’emploi.

Jean Pierre Gonguet

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