Économie collaborative : quel impact sur l’emploi ?

Uber, Airbnb, Blablacar… l’économie collaborative fait-elle peser une menace réelle sur le salariat ou constitue-t-elle un nouveau gisement d’emplois ? La Dares s’est penchée sur le sujet.

Airbnb et Uber permettent-ils d’augmenter le nombre d’emplois ou transforment-ils des emplois stables en emplois précaires ? C’est à cette question sensible qu’a tenté de répondre la Dares, l’organisme statistique du ministère du Travail, dans une étude récente. La réponse est plus complexe qu’il n’y paraît.

L’étude de la Dares soulève une question centrale, celle de l’impact de l’économie collaborative sur le marché du travail. Celui-ci a-t-il été bouleversé par l’arrivée des plateformes et  l’augmentation du nombre de travailleurs indépendants ou pluriactifs ? La réponse est mesurée. « En France, la part des non-salariés dans l’emploi total a légèrement augmenté depuis le début des années 2000 après des décennies de baisse. Ce retournement s’est toutefois produit avant l’émergence des plateformes. Il est à mettre en relation avec la création du statut d’auto-entrepreneur, qui a  pu faire progresser à la fois la réalité du travail indépendant et son enregistrement statistique ». « L’observation de la pluriactivité ne donne pas non plus de résultat très solide », poursuit la Dares. L’organisme note toutefois que « l’augmentation du nombre de pluriactifs dont le second emploi est un emploi d’indépendant sans salarié a progressé plus vite que l’ensemble des pluriactifs au Royaume-Uni, en Espagne et en France ». Un constat qu’il ne relie pas directement, cependant, à l’essor des plateformes collaboratives.

Une « alternative à l’emploi classique »

« L’économie des plateformes offre des emplois flexibles, avec une organisation plus libre du temps de travail, qui se prêtent particulièrement à l’exercice d’activités d’appoint », note encore la Dares. Selon l’organisme statistique, ce modèle présente des avantages évidents pour certains travailleurs : « les plateformes peuvent ainsi proposer une alternative à l’emploi classique qui convient mieux aux préférences de certains travailleurs, justement en raison d’une flexibilité accrue en termes de temps de travail et d’horaires et de la possibilité de travailler à domicile et hors d’un collectif de travail traditionnel ».

La Dares précise également que « la mise en relation directe avec les offreurs facilite par ailleurs la recherche d’emploi de ces derniers ». Elle est donc susceptible d’accroître le niveau d’emploi. Les travaux de la Banque mondiale et du BIT avaient déjà mis en avant, respectivement en 2015 et en 2016, les opportunités que peuvent offrir les plateformes de micro-travail et de freelance à des personnes exclues du marché du travail en raison de leurs difficultés à travailler dans une organisation productive traditionnelle (personnes handicapées ou malades, personnes résidant dans des zones offrant peu de perspectives d’emploi...).

Sécuriser les parcours professionnels

Le document souligne toutefois qu’avec le développement des plateformes collaboratives, le risque d’une plus grande « polarisation du marché du travail » n’est pas exclu. En effet, selon la Dares, « la diffusion des TIC créerait d’une part des emplois hautement qualifiés et rémunérés et contribuerait d’autre part au développement d’emplois peu qualifiés dans les services à faible productivité donc mal rémunérés ».

Ces travailleurs étant « fortement exposés aux risques liés à la pluriactivité et aux changements fréquents d’employeur », la question de la sécurisation de leur parcours est donc primordiale estime l’organisme de statistiques du ministère du Travail. Il s’agirait notamment de mieux les intégrer au sein des dispositifs existants (CPA, VAE, etc.). Enfin, la Dares formule une dernière recommandation : faire en sorte que « les données relatives à la notation des travailleurs par les utilisateurs puissent constituer une forme de qualification professionnelle ».

N.S.

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