La revanche des métropoles

Laurent Davezies et Philippe Estèbe montrent comment les créations d’emploi sont depuis les années 2000 toujours plus fortes dans les grandes zones urbaines que dans le reste du pays. Et cela aussi bien en Europe qu’aux Etats Unis.

Laurent Davezies et Philippe Estèbe viennent de réaliser une étude majeure sur la territorialisation. Depuis quelques années, depuis que Paul Krugman en a jeté les premiers fondements depuis les années 80, les tenants de ce qu’on appelle la Nouvelle Géographie Economique essaient de mettre en évidence les effets des métropoles. En d’autres termes la manière dont un euro investi intelligemment dans une métropole, dans une grande zone urbaine, a plus de chances d’en rapporter deux que le même euro investi dans une zone non métropolitaine où il a plus de chance d’être perdu pour tout ou partie. Bien évidemment ces thèses sont souvent critiquées. Olivier Bouba-Olga et Michel Grossetti par exemple en France.  Mais sur la manière dont les métropoles créent de l’emploi, Laurent Davezies et Philippe Estèbe viennent de faire un grand pas avec une étude réalisée pour la Caisse des Dépots et Consignations.

Le système économique des économies métropolitaines est un système très particulier dont on commence seulement à comprendre les fonctionnements, en particulier la polarisation de la création de richesses et de création d'emplois. Jusqu’à la fin des années 90, tous les économistes constataient que la corrélation était très faible, voire négative, entre la dynamique de l’emploi et la taille des aires urbaines. Les petites aires urbaines ont toujours fait plutôt mieux, proportionnellement, que les grandes aires urbaines. Depuis 1999 c’est l’inverse et il semble bien, selon Davezies et Estèbe, que l’on soit rentré dans une mutation profonde du système productif. Ils se sont en effet aperçus que d’une part les emplois des secteurs dits « gagnants » progressent plus rapidement dans les grandes aires urbaines que dans le reste du pays et que d’autre part les emplois des secteurs « perdants » y régressent moins que partout ailleurs dans le reste du pays.

Pour le dire autrement : jusqu’à la fin des années 90 la France était  plutôt dans un processus d'étalement de la création de richesses et d'emploi. Depuis le début des années 2000 on a plutôt un processus de resserrement et de concentration spatiale qui amène des gains de productivité dans les aires métropolitaines. Jusque dans les années 90 « nos quatre plus grandes aires urbaines, Paris, Lyon, Marseille-Aix et Lille, comparées aux villes de deuxième division comme Toulouse, Nice, Bordeaux ou Nantes enregistraient alors  des évolutions oscillant entre le médiocre et l’inquiétant ». Elles faisaient moins bien dans tous les domaines : croissance démographique, solde migratoire, création d’emploi etc… En revanche tout s’inverse au début des années 2 000, en particulier dans le domaine de l’emploi salarié privé pour lequel « on voit donc se dessiner un retournement qui suggère, avec un peu de retard, une sorte de vérification des analyses théoriques développées depuis le début des années 1990, dans le cadre de la Nouvelle Economie Géographique. Les grands marchés urbains bénéficient aujourd’hui d’une concentration des facteurs de production »

Cette accélération actuelle de la dynamique de l’emploi dans les métropoles se retrouve aussi dans les autres pays industriels : l’Etat de New York connait le même phénomène depuis 2006, ou en Europe toutes les grandes zones urbaines qui trainaient la patte à la fin du 20 ème siècle (Ile de France, Lombardie, Vienne, Lisbonne, Catalogne, Berlin…) ont « enregistré depuis 2007 une meilleure –ou moins mauvaise – performance de créations nettes que leurs nations respectives : quand la France enregistre une perte nette de 450 000 emplois, l’Ile de France connaît une création nette de 70 000 emplois ». Cela se vérifie par exemple au Danemark ou la région de Copenhague enregistre 8 000 emplois supplémentaires quand le pays en perd 119 000, en Suède où la région de Stockholm enregistre 80% des créations nettes d’emploi en Suède, en Grande Bretagne où la région de Londres crée 52% des emplois du Royaume Uni… Idem  avec Oslo, la Bavière ou Bruxelles.

Il semble donc bien que le « fait métropolitain » est aujourd’hui «avéré, massif, intellectuellement et politiquement incontournable »

Jean Pierre Gonguet

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