Le boom des CDD

Tendance lourde sur le marché du travail, selon l’Unédic, les contrats courts ont explosé depuis une quinzaine d’année pour atteindre 4 millions d’embauches aujourd’hui.

L'Unédic vient de publier une étude portant sur les années de 2000 à 2016 et pointant du doigt les CDD, en particulier les plus courts. Selon cette étude, les embauches en CDD d'un mois ou moins sont passées d'un peu plus de 1,5 million par trimestre à plus de 4 millions, tandis que celles de plus d'un mois n'ont pas bougé (environ un million). Cependant, malgré cette tendance au raccourcissement des CDD, la part globale de ces contrats dans l'emploi reste stable sur cette période, à 9%, alors que les CDI représentent 76% de l'emploi total.

Dans le détail, l’étude de l’Unédic indique que le recours aux CDD de moins d’un mois ne concerne pas uniformément l’ensemble des secteurs d’activité. Les entreprises industrielles, qui peuvent gérer leur carnet de commandes à moyen et long termes, utilisent bien moins ces CDD que les entreprises du tertiaire. Plus précisément encore, dans le tertiaire, certains secteurs sont très friands des contrats très courts : Arts et spectacles, édition et audiovisuel, hôtellerie-restauration, enseignement privé notamment sont les secteurs qui ont eu, en 2012, le plus recours à des contrats de moins d'un mois, voire quelques jours. Des secteurs qui peuvent recourir aux fameux « CDD d’usage », plus flexibles que les CDD normaux.

Le poids croissant des réembauches

L'étude de l'Unédic souligne aussi le « poids croissant » de la réembauche, 84% des CDD de moins d'un mois étant des réembauches par un ancien employeur, selon des données de 2012. « Dans certains secteurs, certains employeurs s'entendent implicitement avec leurs salariés sur la possibilité d'embauches successives avec parfois des engagements d'exclusivité », indique par ailleurs l'Unédic. De plus, l’organisme paritaire observe que « la réembauche se diffuse de à des secteurs non concernés par le CDD d’usage » tels que l’hébergement médico-social, le commerce de détail ou encore les activités de santé.
Cette tendance lourde qui reflète un changement des modes de gestion de la main d’œuvre par les entreprises – les contrats courts deviennent pour elles une véritable variable d’ajustement –, a évidemment des répercussions sur l’assurance chômage. Une étude antérieure de France Stratégie, présentée également aux partenaires sociaux, indique que seul un CDD sur cinq (20%) se transforme en CDI, contre un sur quatre (24%) avant la crise de 2008 et parmi les salariés en CDD ou en intérim, ceux qui ont des contrats de moins d'un mois présentent la plus forte probabilité de perte d'emploi.

Vers une taxation des contrats courts ?

D’où la tentation de vouloir instaurer un système de « bonus-malus » sur les contrats courts. Une idée avancée entre autres par le Conseil d’analyse économique (CAE) pour qui deux caractéristiques de l’assurance chômage favorisent le développement des emplois instables : d’un côté, « la possibilité de cumuler allocation chômage et salaire sans limite de durée » dans certains cas, de l’autre, le fait que « les entreprises ne sont pas incitées à prendre en compte le coût qu’elles font peser sur les comptes de l’assurance chômage lorsqu’elles ont fréquemment recours aux contrats très courts ». L’organisme préconise notamment de moduler les cotisations à l’assurance chômage de chaque entreprise selon le coût induit pour l’assurance chômage. Le taux de cotisation de chaque entreprise serait ainsi déterminé en fonction du solde de ses cotisations et des dépenses d’indemnisation de ses ex-salariés au chômage, quel que soit le type de contrat sur lequel ils sont embauchés. Le débat ne fait que commencer.

N.S.

 

Tags Associés

Restons Connectés

Qui sommes-nous ?

Qui sommes-nous ?