Le CDI ultra majoritaire en France

Les embauches se font en contrats temporaires mais près de 9 salariés du secteur concurrentiel sur 10 sont quand même en CDI. Ce dernier est, de très loin, selon la DARES, le contrat de travail le plus utilisé.

Le Contrat à durée indéterminée (CDI) est, de très loin, le contrat de travail le plus usité en France. En 2012, selon la dernière enquête de la DARES*, 87 % des salariés du secteur concurrentiel avaient un contrat de travail à durée indéterminée. Le reste se répartissait entre les intérimaires (3 %) et, bien évidemment, les contrats à durée déterminée (CDD) (10 %). C’est une tendance importante que révèle l’enquête car le nombre de CDI avait continuellement baissé à partir de 1984, pour perdre 8,4 points entre cette année-là et 2000. Mais, depuis 2000, la baisse  s’est arrêtée et la proportion de salariés en CDI n’a quasiment pas varié. En 2012, sur les 17,8 millions de salariés du secteur concurrentiel (ceux qui ne travaillent pas dans l’une des trois fonctions publiques), 15,4 millions sont en CDI. Le CDI est donc, très largement la forme d’emploi la plus répandue en France.

Mais si les salariés sont essentiellement en CDI, les embauches, elles, se font en CDD. La DARES montre ainsi que « la répartition des embauches entre contrats temporaires et CDI est à l’inverse de celle observée pour les effectifs parmi les salariés en emploi ». En clair, au 4ème  trimestre 2012, 49,5 % des intentions d’embauche sont en CDD, 42,3 % sont des missions d’intérim et 8,1 % des CDI. Dans le secteur concurrentiel, ce sont donc  90 % des embauches qui s’effectuent en contrat temporaire. Le temporaire a été, et est toujours, la forme de contrat la plus fréquente parmi les embauches depuis 2000 à 2012. Ce phénomène très particulier (la hausse de la part des contrats temporaires dans les embauches entre 2000 et 2012 est concomitante à la stabilité des CDI parmi les salariés) s’expliquerait pour la DARES par une très forte progression des contrats de très courte  durée. En effet, entre 2000 et 2012, la part des CDD de moins d’un mois dans les intentions d’embauche explosait : 15 points en plus.
Reste à savoir qui sont ceux les plus concernés par les contrats temporaires. Si les femmes sont légèrement plus concernées que les hommes, l’écart reste quand même faible et constant (3 points) et les hommes sont beaucoup plus souvent intérimaires que les femmes car ils sont majoritairement concernés par les secteurs industriels, qui recourent largement à l’emploi intérimaire. En revanche principale caractéristique des temporaires, l’âge : « les différences entre les salariés les plus jeunes et leurs aînés sont considérables : dans le secteur concurrentiel. Seuls 50 % des jeunes salariés de 15-24 ans sont en CDI dans leur emploi principal en 2012, contre 90 % des salariés entre 25 et 49 ans. » L’apprentissage explique bien sûr une partie de cet écart, mais pas tout. La part des contrats temporaires chez les 15-24 ans a beaucoup augmenté en trente ans : + 33 points entre 1982 et 2012, contre seulement + 8 points pour les 25-49 ans. L’autre inégalité concerne les ouvriers très majoritairement embauchés en intérim : parmi les ouvriers qualifiés comme les non qualifiés les missions d’intérim représentent 70 % des embauches. Trois fois plus que chez les cadres, professions intermédiaires et employés.

Enfin dernier enseignement notable de l’enquête : « bien qu’il y ait très peu d’intérimaires et d’apprentis dans la fonction publique, la part des contrats temporaires y est légèrement plus élevée que celle constatée dans le secteur privé ou les entreprises publiques (14,8 % contre 13,1 % en 2012), car les CDD y sont plus fréquents : près de 15 % des salariés de la fonction publique sont en CDD contre environ 10 % dans le privé. Le recours aux contrats temporaires est 2 fois plus important dans les collectivités territoriales (20 % des emplois en 2012) que pour les salariés de l’État (11 %), les hôpitaux publics se situant à un niveau intermédiaire (14 %) ».
 
Antoine Clause

* DARES (Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques du ministère du Travail). Juillet 2014. N°056. « Entre 2000 et 2012, forte hausse des embauches en contrats temporaires, mais stabilisation de la part des CDI dans l’emploi ». Muriel Barlet et Claude Minni avec Samuel Ettouati, Jean Finot et Xavier Paraire