Le diplôme est pour les jeunes la condition du CDI

Si un diplôme protège moins qu’avant la crise, il donne toujours de plus grandes possibilités de trouver un emploi. Conclusion de l’enquête sur la génération 2010 du CEREQ et d’un complément d’analyse par le chercheur Olivier Bouba-Olga, en réponse à quelques-uns de ses collègues trop pessimistes.

Neuf jeunes sur dix trouvent un emploi dans les trois années suivant leur sortie du système éducatif. Mais seuls 59% des emplois occupés sont des emplois à durée indéterminée (CDI ou fonctionnaires). C’est la principale conclusion d’une enquête du CEREQ (Centre d'études et de recherches sur les qualifications). Le centre a étudié une génération de jeunes tous sortis du système éducatif en 2010, c’est son « enquête génération » dont est publiée la cinquième édition. Emploiparlonsnet avait rendu compte de la précédente livraison ; mais celle-ci mesure plus précisément l’impact de la crise sur les modalités d’insertion des jeunes.

Et le constat est encore plus clair : « la crise pénalise de plus en plus fortement les jeunes les moins armés pour affronter le marché du travail, au premier rang desquels ceux qui sortent du système scolaire sans aucun diplôme ». Ces derniers (17% de chaque génération) ont de plus en plus de difficultés à accéder et à se maintenir dans l’emploi. Leur taux de chômage trois ans après leur entrée sur le marché du travail atteint 50%, alors qu’il était de 41% pour ceux de la génération 2007 et de 30% pour ceux de la génération 1998. Par ailleurs, cette nouvelle enquête montre à quel point, en dépit des différentes politiques publiques de lutte contre les discriminations, l’insertion professionnelle des jeunes reste fortement corrélée à l’origine sociale et/ou géographique.

L’origine sociale a un impact sur les trajectoires d’insertion des jeunes et pèse toujours sur leur devenir professionnel. Les jeunes issus d’une famille de cadres ont des trajectoires nettement plus favorables : 71% d’entre eux ont connu un accès rapide et durable à l’emploi contre 55% des jeunes issus d’une famille d’ouvrier ou d’employé. Trois ans après son entrée sur le marché du travail, un enfant de cadres a quatre fois plus de chances d’être cadre à son tour qu’un enfant d’ouvrier. Ces inégalités sont déjà à l’œuvre en amont, au travers d’importantes disparités de diplômes en fin de formation initiale. En d’autres termes, la reproduction sociale s’opère par le truchement du système éducatif, notamment via l’enseignement supérieur. Pour autant, selon le milieu d’appartenance, les diplômes ne sont pas « rentabilisés » de la même manière et à l’issue d’un même niveau de formation, les destins professionnels des enfants de cadres diffèrent encore sensiblement de ceux des jeunes d’origine populaire. De même, accéder à un emploi s’avère toujours plus difficile pour les jeunes résidant en zone urbaine sensible ou pour ceux issus de l’immigration.

Enfin, un autre facteur explicatif des différences d’insertion persistant est lié au sexe des indi­vidus. Globalement, on peut s’étonner que, contrairement à ce que l’on pouvait observer pour les générations précédentes, la situation des jeunes femmes sur le marché du travail semble meilleure que celle des jeunes hommes. On mesure en effet un taux de chômage féminin inférieur à celui de leurs confrères et ce, sur toute la période observée.

L’autre intérêt de cette enquête est qu’elle a ouvert un débat. Sur la manière de lire et surtout de présenter les statistiques. Olivier Bouba-Olga, chercheur en sciences sociales et doyen de la faculté de Sciences Economiques de l'Université de Poitiers, sur son blog a ainsi remarqué que ses collègues et des médias avaient lancé des cris d’alerte sur le fait que les diplômes ne servaient plus à grand-chose en temps de crise. « Déduire de la hausse du taux de chômage des diplômés de Master que faire un Master ne sert à rien est ridicule si, dans le même temps, la situation macroéconomique s’est dégradée, poussant à la hausse le taux de chômage de l’ensemble de la population. Il convient donc d’étudier l’évolution relative du taux de chômage par niveau de diplôme », explique-t-il sur son blog. Il a donc replongé dans l’enquête du CEREQ et l’a comparé à des données INSEE. Il s’est ainsi aperçu qu’ « être diplômé de l’enseignement supérieur plutôt qu’être non diplômé divise par plus de deux le risque d’être au chômage ». Et il conclut que, si la crise explique une bonne part de l’évolution du taux de chômage des sortants du système éducatif et qu’elle les touche plus fortement que les générations déjà présentes sur le marché du travail, « poursuivre ses études reste le meilleur moyen de se prémunir du risque de chômage, la protection absolue est moins bonne mais la protection relative est globalement stable ». Olivier Bouba-Olga ne dit pas qu’il n’y a pas de problème avec le fonctionnement du marché du travail français et du système éducatif français mais que « poursuivre ses études reste le comportement le plus rationnel pour accéder à l’emploi et obtenir des rémunérations plus importantes ».

Jean-Pierre Gonguet