Le puzzle de la croissance, de la productivité et de l’emploi

Le léger regain de croissance en Europe se traduit de manière totalement différente sur l’emploi dans les trois économies majeures. Mais malgré un chômage très bas, la Grande Bretagne est le cas le plus préoccupant pour les économistes. Revue de presse.

Un petit peu de croissance et un petit peu d’emplois en Grande Bretagne, une croissance décevante en Allemagne et une touche d’inflation, un peu mieux que prévu en Italie sur la croissance et surtout en France, mais toujours de relance de l’investissement ni surtout de création d’emplois. Le « léger regain » de la croissance en Europe a dans chaque pays par des conséquences différentes sur l’emploi et les économistes se creusent la tête. En ce qui concerne la Grande Bretagne, Martin Wolf montre dans le Financial Times qu’« à court terme, la productivité stagnante a permis à l’économie de combiner une faible croissance de la production globale à une bonne performance de l’emploi».  Mais ajoute-t-il si « l'économie britannique a connu une reprise faible, mais cependant créatrice d’emplois, la croissance de la productivité est très mauvaise ».

Le « productivity puzzle » de nos économies

Une économie totalement déséquilibrée qui, pour Martin Wolf, n’est pas assez dynamique pour résister très longtemps ? Phénomène que met en avant également Philippe Askenazy dans Le Monde, l’économie est incapable de générer des gains de productivité du travail depuis maintenant sept ans. Ce phénomène est appelé le « productivity puzzle ». Puzzle pour ne pas dire casse-tête pour les nombreux économistes qui étudient le phénomène anglais. L’une des explications les plus plausibles tient « au coût extraordinairement bas du travail ». Pendant la crise « l’ajustement salarial a été plus fort qu’attendu. Toute la hiérarchie salariale est, en termes réels, bien en deçà de son niveau d’avant crise. Les plus bas salaires ont été ramenés au niveau d’il y a quarante ans ». Et la conclusion est logique : « avec un tel prix du travail, il n’est nul besoin d’investir ou d’optimiser l’organisation du travail pour réaliser des profits » ! Le chômage est bas, cela a été atteint grâce à la baisse du coût du travail, à moyen et long terme c’est très mauvais signe pour la Grande Bretagne

En France c’est une configuration différente. Toute la presse fait le même constat. L’INSEE annonçant simultanément une reprise de la croissance (0.6 c’est le double de l’Allemagne au 1er trimestre) et la destruction de 13 500 postes supplémentaire, Le Monde décortique « les ambiguïtés de la reprise française », Le Figaro, Les Echos également et Challenges fait le parallèle avec la Grande Bretagne et rappelle que « The Economist a choqué le Royaume-Uni mais écrit la stricte vérité en relevant, il y a trois semaines, que les Français pourraient rester chez eux tous les vendredis et pourtant demeurer plus productifs que les Britanniques… ».

Un nouveau cercle vertueux de croissance ?

Mais le cas français semble réglé : avec 1.5 de croissance il est possible que les destructions d’emplois s’arrêtent mais cela dépend de ce qu’Eric Heyer, économiste à l’OFCE, appelle de l’alignement des planètes. « En 2015, écrit-il avec Raul Sampognaro sur le blog de l’OFCE, les économies de la zone euro vont bénéficier d’un « alignement des planètes » favorable (euro et prix du pétrole en baisse, relâchement des contraintes financières qui pèsent sur l’économie) qui devrait enclencher un cercle vertueux de leur croissance. Au cours des quatre dernières années (2011-2014), un « alignement planétaire » s’était également produit mais avec une orientation diamétralement opposée.  Au cours de cette période, l’euro et le prix du pétrole étaient en hausse et les conditions de financement ainsi que l’orientation budgétaire étaient très fortement restrictives. »

Mais, si cela arrive, cela risque d’être lent. Le Monde commente ainsi la dernière livraison de données d’Eurostat sur l’emploi : « la zone euro est aujourd’hui dans une situation particulièrement complexe. La reprise y est trop faible pour permettre une véritable décrue du chômage. Et le maintien d’un taux de chômage élevé handicape la croissance »

D’autant que s’ajoute selon Pascal Lamy l’ancien patron de l’OMC dans Le Point du 14 mai, un problème français: « nous avons un problème fondamental de marché du travail et de dialogue social. Les patrons français continuent à distribuer davantage de hausse de salaire que ce que permet l’augmentation de la productivité ».

Jean Pierre Gonguet

A lire : le dossier dans Libération du 16 mai sur les économistes hétérodoxes et leurs difficultés à intégrer le corps enseignant des universités français.

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