Le retour du revenu universel

Le revenu universel est en train de revenir au centre des débats économiques et sociaux. Mais le sujet est passé du domaine de la lutte contre les inégalités à celle de la réplique sociale aux révolutions numériques. Revue des idées.

Pour faire le point de l’historique et de l’état des débats sur le revenu universel, on peut consulter le grand dossier de La Tribune, plutôt bien fait même si le site économique  reste hostile à l’idée. Il rappelle les grands apports sur le sujet, commencer par ceux d’André Gorz et de John Rawls, et cartographie les pays où le revenu minimum est en discussion, ceux où il est application (les Etats Unis et l’Iran en premier), ceux où il est déjà testé (Brésil, Canada, Inde ou Namibie) et ceux où il va l’être (la Finlande). Il n’indique pas encore que les Suisses vont voter en juin sur son instauration et que la députée Delphine Batho a déposé un amendement en ce sens en janvier dans le projet de loi sur le numérique. A noter également qu’en Grande Bretagne également, un amendement sur le sujet vient d’être déposé et que les Italiens vont le mettre en place d’ici 2017, sur le base de 320 € . Les Canadiens vont probablement les suivre dans cette voie. Le travail de présentation et d’analyse est ensuite fondé sur les travaux de l’économiste Marc de Basquiat : il traduit en fait que le débat se confirme comme étant de plus en plus transversal politiquement. L’idée fait autant florès dans les think tanks libéraux comme Génération Libre de Gaspard Koenig, qui a organisé un débat sur cette question en partenariat avec Le Point. Gaspard Koenig a d’ailleurs publié sur la question, il y a quelque temps, une étude assez approfondie sur ce revenu qu’il appelle Liber, car il le considère comme un « revenu de liberté pour tous ». Son système est calqué sur l’idée d’un impôt négatif et il reviendrait à donner 450 € par adulte et 225 € par enfant

Ce qui est nouveau, depuis quelques mois, c’est que le revenu universel s’il est toujours considéré comme un outil de l’équité sociale, de la lutte contre les injustices sociales et le chômage, devient de plus un plus un instrument permettant de combattre les effets de la révolution numérique sur l’emploi. Jeremy Rifkin y est pour quelque chose et ses réflexions ont nourri les propositions du Conseil National du Numérique ou d’autres comme Geneviève Bouché. Cette spécialiste de l’économie de l’innovation a écrit une longue tribune dans Les Echos : « Le travail comme nous l’avons conçu au XXe siècle n’est pas en crise, il se délite. Produire des biens et des services devient une tâche parmi d’autres. La compétitivité d’une nation se joue sur sa capacité à gérer son patrimoine sur le long terme. Par conséquent, le court terme doit financer le long terme. L’estime ne s’évalue plus au vu de la richesse matérielle, mais de parcours de vie réussi. Le revenu de base impose cette approche ». Voilà pourquoi le revenu universel constitue, pour elle, la piste à explorer.

Une analyse extrêmement pertinente du regain d’intérêt pour le revenu universel est fournie par Julien Damon pour le site Telos. Il y décrit les trois voies possibles de mise en place du revenu universel correspondantes à trois écoles de pensée un peu différentes, des plus socialisantes (Atkinson) aux plus libertariennes (Murray). Il montre surtout que l’idée même de revenu universel perturbe beaucoup plus le système de protection sociale français que celui des pays anglo-saxons ou, bien évidemment, des BRICS : en France « au terme d’un parcours historique long, assurance maladie et assurance retraite sont aujourd’hui totalement universelles, au sens où tout le monde peut être pris en charge, au moins à un niveau socle. Le débat le plus essentiel, avec le revenu universel, en France, est donc bien de savoir s’il vient renforcer ou concurrencer ce caractère universel de la protection sociale ». Un autre résumé plutôt bien fait se trouve dans Les Echos, sur le Huffington Post ou par Eric Verhaeghe sur son site et un entretien avec Gaspard Koenig sur le site d’Arte.

Rien à voir, mais à écouter l’entretien que Stephan Hawking a donné à la BBC pour ses 70 ans. Le physicien y explique comment l’humanité va probablement s’exterminer toute seule et pourquoi il est préférable de chercher dès maintenant à coloniser l’univers pour s’en sortir !

Jean Pierre Gonguet

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