L’emploi se concentre dans les grandes zones urbaines

La métropolisation croissante de l’emploi est confirmée par deux enquêtes. Les fractures territoriales s’accroissent en France entre certaines métropoles particulièrement dynamiques, d’autres qui s’en sortent moins bien et certains territoires en déshérence.

Effet de taille ? Effet de structure ? Toujours est-il que, les unes après les autres, toutes les enquêtes géographiques et économiques le confirment : l’emploi se concentre et se crée dans les grandes aires urbaines. Deux études confirment le phénomène que Laurent Davezies et Philippe Estèbe avaient commencé à analyser sérieusement en 2015 (1) : celle du Commissariat Général à l’Égalité des Territoires (2) (CGET) et celle de France Stratégie (3).

Un effet de la tertiarisation de l’économie

Le CGET pose le cadre : en 2012, 81,5 % des emplois de France métropolitaine sont situés dans une grande aire urbaine, contre 78,0 % en 1975. Cette concentration de l’emploi a été très forte entre 1975 et 1990 et, si elle ralentit un peu, elle continue tout de même à progresser chaque année. C’est d’abord et évidemment un effet de tertiarisation de l’économie avec les emplois des cadres et des professions intellectuelles supérieures qui sont surreprésentées dans les grandes aires urbaines et dont le nombre a explosé entre 1975 et 2012 (3 millions d’emplois en plus dans les grandes zones urbaines) : « la modification globale de la structure des emplois, liée à la transformation de l’économie, a ainsi principalement bénéficié aux grandes aires urbaines » écrit le CGET.

La métropolisation doit-elle être encouragée pour soutenir la croissance de l’emploi ?

La première explication est celle de la taille : lorsque certaines villes atteignent une taille ou une densité suffisante pour créer des économies d’agglomération (diversité des ressources, interactions positives, économies d’échelle, capitalisation), qui font plus que couvrir les coûts liés à leur taille (encombrement, pollution, etc.) elles ont un avantage sur les autres espaces. Ce phénomène a été identifié très fortement pas les géographes et économistes depuis le début des années 90, dans la foulée des travaux de Paul Krugman. La question étant, ensuite, de savoir s’il faut encourager la métropolisation de la société pour soutenir la croissance de l’emploi. Pas forcément disent certains car la causalité est moins évidente qu’on ne le croit, la croissance de l’emploi dans les territoires s’expliquant plutôt par des effets de spécialisation, de dépendance à la trajectoire passée, d’insertion régionale et d’organisation territoriale. Pour conforter cette thèse, le CGET montre l’hétérogénéité des villes qui ont globalement connu la croissance la plus dynamique : ce sont Rennes, Nantes, Bordeaux, Toulouse ou Montpellier, alors que d’autres, de même taille, comme Saint-Etienne, Rouen, Douai-Lens et Lille ont au contraire connu une croissance plus faible que la moyenne nationale. Ce n’est donc pas la taille qui explique la croissance mais le contexte régional.

Décalage croissant entre le lieu de travail et le lieu de résidence

Le CGET confirme par ailleurs que, à l’intérieur même des zones urbaines, l’emploi se concentre au centre tandis que la population se desserre en périphérie des pôles urbains. C’est le point noir de cette croissance, « un décalage spatial croissant entre les lieux de travail et les lieux de résidence, qui pose d’importantes questions d’appariement de la main-d’œuvre et des besoins des employeurs, explique le CGET. Le phénomène touche avant tout les couronnes des principales villes, région parisienne et métropoles de la moitié ouest du pays en tête, avec des communes ne proposant que 100 emplois pour 150 actifs occupés résidents, ceux-ci travaillant au sein des pôles urbains ». La conséquence est évidente : les trajets domicile-travail se sont allongés au cours des dernières décennies, en distance parcourue plus qu’en temps de trajet. Cela vaut pour toutes les catégories d’actifs, mais pas dans la même mesure, les cadres et les professions intellectuelles supérieures étant, de loin, ceux qui effectuent les plus longs trajets pour rejoindre leur lieu de travail, tandis que ce sont les ouvriers qui voient leur temps de trajet le plus augmenter.

La spécialisation spatiale du travail profite aux métropoles

Pour France Stratégie, « les métropoles raflent la mise parce qu’elles sont spécialisées dans des activités structurellement dynamiques, portées par l’économie de la connaissance et la tertiarisation. De ce fait, les métiers les plus porteurs sont dans les grandes villes », écrit Frédéric Lainé. En 2011, 85 % des ingénieurs de l’informatique, 75 % des professionnels de l’information et de la communication et 69 % du personnel d’études et de recherche se trouvent dans les métropoles. « À l’inverse, la désindustrialisation pénalise les petites villes et les communes isolées où les métiers agricoles et d’ouvriers sont surreprésentés. Il existe en d’autres termes une spécialisation spatiale du travail héritée de l’histoire économique qui profite aujourd'hui aux métropoles ».

Toute la question est de savoir si cette métropolisation condamne les territoires périphériques à végéter. Frédéric Lainé reprend là la thèse de l’irrigation ou du déversement : la métropole crée des richesses qui se redistribuent ensuite. Cette thèse a été valable pendant des décennies : il suffit, par exemple, de comparer le PIB de l’Île-de-France aux revenus des franciliens pour voir qu’une bonne partie de la richesse produite se déverse ailleurs que sur la région. Aujourd’hui, il semble que ce déversement soit moins fort et que la richesse reste de plus en plus sur les territoires qui l’ont créée. Mais les territoires ont chacun leur vérité : « certains, Bretagne ou PACA, tirent parti de l’économie résidentielle et/ou d’un tissu productif plus résistant alors que d’autres, Grand-Est, Centre-Val de Loire ou Hauts-de-France, continuent de payer le prix de la désindustrialisation. Les pourtours des métropoles de Nantes, Rennes et Montpellier créent des emplois quand ceux de Rouen par exemple en perdent… » confirme Frédéric Lainé.

Jean Pierre Gonguet

1 « Les nouveaux territoires de la croissance : vers un retournement historique de la géographie économique ? ». Laurent Davezies & Philippe Estèbe. http://www.urbanisme-puca.gouv.fr/les-nouveaux-territoires-de-la-croissa...

2 Emploi et territoires - Rapport de l'Observatoire des territoires 2016 http://www.cget.gouv.fr/ressources/publications/emploi-et-territoires-ra...

3 Dynamique de l'emploi et des métiers : quelle fracture territoriale ? France Stratégie. Note de Frédéric Lainé. Février 2017 http://www.strategie.gouv.fr/publications/dynamique-de-lemploi-metiers-f...

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