Les jeunes privilégient le travail indépendant

Plébiscité par une majorité de Français, le salariat ne fait plus recette auprès des jeunes qui lui préfèrent de plus en plus le travail indépendant. La preuve par le Credoc.

45 % des 18-24 ans estiment que travailler à son compte est une « situation plus enviable » que le salariat. Ce chiffre étonnant émane de la dernière enquête sur les « Conditions de vie et aspirations » du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Credoc), publiée en avril dernier (*). Alors que 70 % des Français déclarent préférer le salariat à l'indépendance - un chiffre qui, en 16 ans, aura spectaculairement augmenté, puisque seuls 41% des Français plébiscitaient ce statut en 2000, les jeunes se différencient de leurs aînés quand il s’agit de leur statut d’emploi.

La liberté avant tout

Loin d’être considérée comme un pis-aller face à un marché du travail saturé et peu sécurisant, l’indépendance est associée par cette classe d’âge à une plus grande liberté (47 % des citations) et une opportunité pour bien concilier vie privée - vie professionnelle (33 % contre 23 % des plus âgés). « Dans un monde de plus en plus horizontal et collaboratif, où émerge le souhait d’acquérir une forme d’autonomie face à des entreprises qui ne les sécurisent plus ni ne leur offrent l’épanouissement qu’ils recherchent, la forme statique et hiérarchisée du salariat semble moins attractive pour les jeunes générations », expliquent les auteurs de l’étude.  Selon ces auteurs, il s’agit probablement d’un « revirement dans les représentations ». Les plus âgés se figurent en effet plus souvent le statut d’indépendant comme une très lourde charge de travail venant empiéter sur la vie personnelle alors que les jeunes ne veulent plus « tout sacrifier à leur carrière et aspirent à une vie équilibrée ». En outre, Les jeunes sont moins nombreux que les autres à associer salariat et sécurité ou protection sociale.

Un développement de l’emploi occasionnel

Tout en soulignant l’attrait indéniable des jeunes pour le statut d'indépendant, l'étude du Credoc pointe néanmoins le lien de cause à effet entre précarité et développement du statut d'indépendant. Au-delà d'aspirations générationnelles nouvelles, le développement d'alternatives au salariat serait avant tout la conséquence logique des fortes contraintes qui pèsent aujourd'hui sur le marché du travail. De fait, contraints financièrement ou tentés par l’aventure, 20 % des jeunes déclarent avoir de manière occasionnelle « exercé au cours des 12 derniers mois, une activité rémunérée de manière indépendante (auto-entrepreneuriat, chauffeur ou hôte via un site internet, garde d’enfant ou aide aux personnes âgées, etc.) » tandis que la moyenne nationale se situe seulement à 8 %. Cette proportion est de 16 % chez les travailleurs précaires et  de 14 % chez les chômeurs. De plus, « les pratiques de travail occasionnel sont d’autant plus courantes que l’individu est diplômé », notent les auteurs de l’étude (le taux atteint 10 % chez les diplômés du supérieur contre 6 % chez les non-diplômés).

Le développement du numérique a en effet favorisé le développement de nouvelles formes d’activité, situées à la frontière entre indépendants et salariés. Ces activités développées « en marge du salariat, ou par des personnes sans emploi principal », semblent, de fait, rencontrer un écho particulier chez les jeunes.

N.S.

  • (*) Consommation et modes de vie, « Etre salarié : un idéal, sauf pour les jeunes qui aspirent à plus de liberté », E. Alberola, I. Aldéghi, S. Hoibian, n° 289, avril 2017

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