L’intermédiation digitale ne concernera qu’une part minime du recrutement

C’est l’opinion de Christophe Catoir, président d’Adecco France, exprimée dans un débat avec l’économiste Stéphane Carcillo lors des Rencontres Economiques d’Aix en Provence dont les actes viennent d’être publiés.

690 pages bien tassées, mais c’est gratuit et téléchargeable en ligne. C’est le compte rendu des 28 tables rondes des Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence 2016 qui vient d’être publié. Et cette année les économistes ont brassé large (le thème était « Dans un monde de turbulences, qu’attend-on d’un pays ? ») et amené du beau monde. Beaucoup de tables rondes sur le travail, une sur la numérisation du contrat de travail qui a dévié sur le revenu minimum universel.

Analyse du marché du travail et de l’évolution des compétences

Une table ronde aussi sur le marché du travail, introduite par l’économiste Stéphane Carcillo et dans laquelle Christophe Catoir, le président d’Adecco France, est notamment largement intervenu. D’abord pour expliquer que les techniques de recrutement pouvaient être considérées comme responsables en partie du chômage : « la très bonne nouvelle, c’est que jusqu’à présent pour obtenir un travail, il fallait avoir le « mot clé » qui corresponde exactement à ce qu’attendait l’entreprise. Ce constat est sans doute caricatural. Néanmoins, le marché du travail français était centré sur cette idée d’être déjà doté d’expérience dans une activité pour y avoir accès. De là à dire que le taux de chômage des jeunes de 25 % soit lié à ce constat, il n’y a qu’un pas à franchir, que je franchirai… » Pour lui, l’accès au monde du travail réside davantage dans la capacité à apprendre tout au long de sa carrière plutôt que d’apprendre une seule fois au début. Ensuite dans la capacité à s’adapter dans un environnement où il y a moins de travail répétitif, plus d’interactions. Cette capacité à comprendre les motivations de l’autre, est une façon de réussir dans son emploi. En définitive, le recrutement passe de plus en plus de compétences hard skills, autrement dit des compétences techniques, à des compétences soft skills, intégrant des dimensions personnelles ». Pour les recruteurs, selon lui, « le sujet est moins le fait de valider les compétences techniques d’un candidat que de comprendre comment il interfacera avec une culture d’entreprise et quelle sera sa capacité d’adaptation permanente. »

La place de l’intermédiation digitale

Quelques jours avant de participer à cette table ronde, il avait rencontré 160 start-up dans le domaine du recrutement et des RH et « observé des choses extraordinaires qui, il y a quelques années, n’auraient pas fonctionné ». Exemple ? Talent Today fait de l’évaluation en appariant culture d’entreprise et personnalité. À 120 questions, que répondent les collaborateurs d’une entreprise ? Que répondent les candidats externes ? Quels sont les points communs entre les collaborateurs externes et internes ? Il en a cité de nombreuses autres avant d’arriver à la conclusion que l’intermédiation digitale « concernera un segment minimaliste du marché, car la poignée de main, dans un recrutement, reste importante. Toutefois, il est vrai que lorsque le métier comporte des tâches répétitives et ne met pas en musique l’image de l’entreprise, cela est possible ».

Transformer le système éducatif et le système de formation

Stéphane Carcillo n’était certainement pas en désaccord et a poursuivi en expliquant que « de nombreuses personnes ne disposent pas aujourd’hui des compétences nécessaires pour trouver ou retrouver un emploi. Dans ce contexte et dans les années à venir, il sera nécessaire de transformer notre système éducatif et notre système de formation afin de permettre au plus grand nombre d’accéder à un emploi. Ces emplois seront des emplois dans le secteur des services, qui demandent des compétences différentes, ainsi que des emplois plus qualifiés qu’avant. Ils nécessitent par ailleurs des compétences sociales, personnelles et non cognitives. De plus, notre système éducatif et de formation n’est pas adapté pour promouvoir ces compétences. Si nous laissons le soin à la famille uniquement de les développer, des inégalités risquent d’être générées. Le système de formation professionnelle doit également être réformé afin de proposer des formations qualitatives qui répondent aux besoins des entreprises. L’apprentissage est une forme importante pour les jeunes, car il s’agit d’une manière décentralisée de répondre aux besoins des entreprises et également une façon pour les jeunes d’acquérir des compétences sociales ».

AC

Restons Connectés

Qui sommes-nous ?

Qui sommes-nous ?