Une rentrée économique très grise

2014 ne connaîtra pas une croissance supérieure à celle de 2013. Le débat économique va repartir dans toutes les capitales, à Tokyo comme à Berlin, Bruxelles et Paris.

Début 2014 les perspectives économiques mondiales étaient à « la consolidation ». La reprise n’était pas flambante, mais, couci-couça, la croissance devait reprendre de la force. Le printemps a été une douche froide et l’été a confirmé la déception. Tous les économistes révisent leurs prévisions à la baisse. L’année 2014 ne devrait au total marquer aucun avancement sur 2013 : le PIB mondial devrait croître comme l’an dernier d’environ 3,2 %.
 
Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne marquent deux exceptions qui sauvent l’ensemble. L’été a été bon pour l’Amérique qui est remontée sur un rythme supérieur à 2 % de croissance et la Grande-Bretagne a confirmé une hausse de presque 3 %.
 
Mais partout ailleurs les freins sont puissants. Le Japon s’est étouffé, la politique de relance du gouvernement Abe n’aura porté que des fruits temporaires. La Chine déçoit avec de nombreux signes de ralentissement et un PIB qui terminera en gain de 7 %. Les autres BRICS perdent de la vitesse sur 2013 autour de 5,5 % et, surtout, l’Europe, qui était déjà considérée comme le wagon de queue en début d’année, a, hélas, décroché.
 
L’Europe à la traîne
 
Les indices sont négatifs en Italie, en France et, c’est la mauvaise surprise, en Allemagne, trois pays où le début d’année a été en stagnation (France) ou en recul (Italie et Allemagne au deuxième trimestre). En Europe, seule l’Espagne va dans le bon sens, mais, au total, l’économie européenne replonge vers zéro.
 
Le débat économique va repartir dans toutes les capitales. Au Japon, avec la question d’une nouvelle relance, et en Europe, où la dite « relance » va être demandée à Berlin et à Bruxelles. La zone euro ne devrait pas atteindre plus de 0,8 % de croissance cette année, mieux que la récession de -0,4 % en 2013, mais beaucoup moins qu’espéré. Le schéma général est que les pays du sud repartent un peu comme prévu, sauf l’Italie, mais que les pays du nord sont rattrapés par la mauvaise conjoncture.
 
Une des conséquences - ou causes ? - de cette grisaille est l’inflation. A l’inverse des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne où les prix s’élèvent d’environ 2 % en rythme annuel, conformément aux plans des banques centrales, la zone euro s’approche de la déflation avec des prix en hausse de seulement 0,5 % cette année, selon la banque Barclays.
 
Une relance bruxelloise ?
 
Voilà qui va remettre la pression sur les responsables de la Banque centrale européenne pour qu’ils accentuent encore leurs facilités monétaires. La question reste de savoir comment. Francfort ne manquera pas de souligner que la monnaie ne peut pas tout et que c’est aux gouvernements de faire ce qu’il faut.
 
Alors que faire ? Une « relance » en Allemagne a reçu par avance un « Nein ». Angela Merkel n’entend pas laisser filer un budget revenu à l’équilibre et elle souligne que les salaires sont à la hausse. Bref, l’Allemagne a fait son boulot.
 
Bruxelles ? Les réclamations françaises, italiennes et des autres pays du sud vont se tourner vers la nouvelle Commission Junker pour qu’elle ranime les débats sur des investissements communautaires capables d’apporter un peu d’oxygène et sur le sempiternel objectif de déficit budgétaire de 3 %.
 
Maintien de la politique de l’offre
 
La France s’est immédiatement placée en première ligne de ce combat pour une relance bruxelloise parce que la situation du gouvernement est très délicate. La croissance a stagné depuis janvier, le chômage dans ces conditions ne peut pas donner de bons signaux et, du coup, la « confiance » des ménages s’évapore. La consommation a été le seul moteur un peu vaillant au deuxième trimestre (+0,5 %).
 
D’où les efforts du gouvernement pour redonner un peu de pouvoir d’achat en accordant des baisses d’impôts aux catégories les plus démunies. Le montant, 
de 2 à 5 milliards d’euros, est en train d’être décidé.
 
L’autre manque de confiance est celui des entreprises. Le gouvernement a, ici, fixé sa ligne. François Hollande et Manuel Valls ont confirmé, lors de leur rencontre à Brégançon, vendredi 15 août, ne pas la modifier : la politique « de l’offre », par des baisses de charges des entreprises, est et reste la priorité, nonobstant les critiques de l’aile gauche du PS.
 
Que peut faire de plus le gouvernement pour réactiver une croissance qui ne dépassera pas 0,5 % cette année, la moitié de l’objectif visé ? Les marges de manœuvres sont très serrées en dehors d’espérer un tout petit peu de vent de l’Europe. Les recettes budgétaires s’amaigrissent, mais le gouvernement ne relèvera pas les impôts. Ce qui laisse prévoir un dérapage du déficit au dessus de 4 % cette année. La discussion risque d’être chaude avec nos partenaires européens.
 
Débats sur les impôts et l’immobilier
 
Les « réformes » improvisées des professions réglementées (notaires, coiffeurs…), brutalement arrivées dans l’agenda, ne donneront sûrement pas les 5 milliards d’euros de gain de pouvoir d’achat aux salariés, comme l’annonce le ministre de l’Economie.
 
Reste un secteur qui peut, lui, être très facilement relancé : le BTP, où les mises en chantier ont chuté de 20 % à cause des différentes mesures restrictives décidées depuis deux ans par l’ex-ministre Cécile Duflot. Il va s’agir là d’un sujet politique très délicat avec la majorité, mais très caractéristique.
 
Pour espérer encore pouvoir accélérer la croissance, le gouvernement doit faire marche arrière sur les impôts comme sur l’immobilier, bref sur le général comme le particulier. C’est admettre que la politique depuis deux ans a été mauvaise et que pour sortir de l’ornière, il faut maintenant des mesures pragmatiques et fortes dans l’autre sens. Manuel Valls semble y être prêt, mais sa majorité non.
 
Eric Le Boucher – Slate.fr