9 - L’adaptation progressive des formations

Les exemples d’adaptation d’entreprises à la nouvelle donne digitale sont nombreux. Cela va des entreprises du commerce qui, comme Walmart, forment leurs salariés à la réalité virtuelle, à celles du transport comme la SNCF, de la banque assurances comme AXA, du recrutement comme Adecco, de l’industrie comme Renault, qui ont lancé des plans de transformation numérique et de formation à la robotisation. Cependant les cursus de formation initiaux restent encore timides, même si certains, tels ceux de la Grande École du Numérique commencent à décoller. Détails…

Les usines- écoles

Il y a d’abord les initiatives spectaculaires. Parmi elles, l’Innovation Center For Operation que le Boston Consulting Group a lancé à Saclay, l’un des hauts lieux de la recherche de l’industrie française. C’est une « usine école » de 12 000 m2 où l’on trouve une ligne d’assemblage de scooters électriques… et une ligne de fabrication de bonbons. D’une part l’univers manufacturier, de l’autre le monde du process. Les lignes tournent et sortent des produits (1). Chaque poste, chaque machine de ces deux ateliers de production est donc l’occasion de découvrir l’état de l’art d’une technologie et de s’y former. Une usine 4.0 en vrai et en constante évolution technologique.

Moins spectaculaire mais mieux implantées, les usines école AIP Primeca. Ce sont des structures qui emploient actuellement 600 enseignants-chercheurs pour 25 000 étudiants (2). Neuf usines-écoles réparties sur le territoire, hébergées dans les locaux d’écoles et d’universités proposant des parcours techniques. Elles « épousent les thèmes industriels des régions où elles se trouvent. Le centre de Bourgogne-Franche-Comté possède une plateforme robotique sur la micro-industrie, celle de l'horlogerie. À Grenoble, l'usine-école d'AIP-Primeca pilote une plateforme de visualisation 3D. Celle de Toulouse œuvre dans l'usinage multimatériaux et celle de Nantes dans l'usinage composite ». On s’y forme et on apprend.

Dans les Pays de Loire également est en train d’être conçue par l'Institut de recherche technologique (IRT) Jules Verne une usine école qui va ouvrir en 2020 (3). Elle s’ajoutera à toutes les structures qui sont en train de naitre, comme celle du Laboratoire des sciences du numérique de Nantes (LS2N) et son nouveau concept de « learning factory ». De grandes entreprises privées ont lancé leurs propres usines écoles, comme Renault (4) ou STMicroelectronics, Airbus Helicopters, Bonnans et Daher, qui ont déjà formé plus de 1 500 personnes dans l’usine-école DynEO installée dans les locaux des Arts et métiers d’Aix-en-Provence (5).

Ces écoles usines qui forment aux métiers de l’usine 4.0, l’usine robotisée et numérisée, répondent aux besoins des entreprises qui n’arrivent pas trouver les compétences dont elles ont besoin. « Parfois, quand les métiers sont très pointus, rares, les organismes de formation ne voient plus l'intérêt de s'investir. Ce n'est pas rentable au vu du faible nombre de salariés formés, explique l’économiste Philippe Durance (6) (...) Finalement, dans certaines régions – c'est moins vrai en Île-de-France – les entreprises ne trouvent plus sur place les compétences dont elles ont besoin ».

1 « Le BCG ouvre à Saclay l’ICO, une usine-école pour l’industrie du futur », L’Usine Nouvelle, 29 Septembre 2016

2 «Imaginer les nouveaux métiers industriels », Les Echos, 5 mai 2017

3 « Les usines-écoles, points d'appui pour l'industrie du futur », Les Echos, 5 mai 2017

4 « De l’école à l’usine et de l’usine à l’école », Emploi Parlons Net

5  « DynEO, le cycle de formation sur mesure des entrepreneurs provençaux », Les Echos, 5 mai 2017

6 Philippe Durance : « Les entreprises ne trouvent plus les compétences sur place », Les Echos, 18 mai 2017

 

L’évolution progressive de la formation initiale

Les plus menacés ont intérêt à être les plus imaginatifs. Prenons les comptables par exemple. Depuis que les cabinets d’experts ont pris l’habitude de recruter des diplômés (entre bac + 3 et bac + 5) rompus aux nouvelles technologies et parlant couramment anglais, les formations ont intégré ces évolutions : « Les mémoires de master de comptabilité, contrôle, audit [CCA] portent typiquement sur des sujets comme la numérisation d’un cabinet d’expertise-comptable, le “fast closing” – la clôture rapide des comptes permise par la mise en place des nouvelles technologies – ou l’utilisation du “cloud computing” », témoigne Daniel Alban, docteur en sciences de gestion et maître de conférences à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne, où il développe l’unité d’enseignement management des systèmes d’information (1). En revanche, les professionnels moins diplômés – titulaires d’un bac, d’un CAP ou d’un BEP – sont plus vulnérables aux évolutions en cours.

De nouveaux diplômes

Si certains diplômes évoluent, d’autres se créent. Celui de « manager de l’innovation » est typique. Son intitulé (c’est un master) recouvre des réalités assez différentes : il est à la fois décerné dans des écoles d’ingénieurs, dans des écoles de management ou dans des grandes écoles scientifiques. Dans certaines écoles, on s’attache à « former les étudiants, à appréhender les grands enjeux, techniques ou sociétaux, qui bouleversent le monde actuel, et à apprendre à gérer des futurs incertains ». On y étudie la ville intelligente ou l’innovation frugale, en passant par le fonctionnement du marché numérique via l’étude de Facebook et Snapchat.

Les avocats en pointe

Dans certains métiers, comme celui des avocats, on innove également. Le Barreau de Paris a ainsi lancé son incubateur. Face à la menace de l’automatisation du métier, le Barreau soutient des projets innovants, qu’ils proviennent d’avocats ou de fondateurs de « legal start-up ». Il permet à ces projets de se mettre en conformité avec les règles de déontologie et met en relation plusieurs mondes, les nouveaux entrants et les acteurs plus traditionnels (2). L’intelligence artificielle, qui commence à produire des consultations juridiques simplifiées, est selon Lise Damelet, qui dirige cet incubateur, « une rupture sans précédent de notre métier d’avocat. Légalement, la profession d’avocat est réservée aux avocats. Le droit était un secteur assez sacré, peut-être même réservé à certaines élites. Aujourd’hui, nous voyons deux fondateurs d’une « legal start-up », avec une formation commerciale, proposer une mise en relation d’avocats à laquelle les avocats eux-mêmes n’ont pas pensé. Notre métier est finalement un service, mais notre profession ne se pensait pas positionnée sur le « marché des services juridiques », qui était même plutôt un terme grossier ».

1 « Comptabilité : les formations s’adaptent à la nouvelle donne », Le Monde, 9 mai 2017

2  Lise Damelet : « La transformation numérique crée une rupture sans précédent de notre métier d’avocat », Le Monde, 29 novembre 2016

 

Un retard français

Néanmoins, globalement, dans l’industrie surtout, la réforme des formations est encore balbutiante. Le Conseil National de l’Industrie l’a constaté dans son rapport 2016, dont il a consacré la majeure partie à cette question (1). Il insiste avant tout sur la formation en alternance, clé de l’adaptation de l’industrie aux nouvelles technologies : « Dans cette période de nouvelle « révolution industrielle », c’est dans l’entreprise que les nouveaux besoins en compétences vont d’abord émerger. Pour être efficace dans les réponses à apporter, l’enjeu est donc d’observer les signaux faibles, les besoins réels, tels qu’ils se posent concrètement. Mais il s’agit aussi de repérer toutes les évolutions transversales. Le deuxième enjeu est de pouvoir développer des solutions réactives avant d’adresser des demandes structurelles et à moyen terme de nouvelles formations et/ou d’évolutions de formation au système de formation initiale. Une démarche de ce type permettrait de mieux articuler la montée en qualification des salariés actuels, des parcours ouverts pour les jeunes en formation et les nouveaux besoins des entreprises et des filières. Elle suppose de mobiliser tous les lieux et tous les moyens pour recueillir les besoins en compétences nouvelles. De ce point de vue, les Campus des Métiers et des Qualifications sont une démarche à valoriser… Plus globalement, une régulation de l’offre de formation en lien avec la Commission Nationale de la Certification professionnelle (CNCP), les ministères certificateurs et l’ensemble des parties prenantes est et sera nécessaire ».

1 Avis du conseil national de l’industrie, Février 2017

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