8 - Chronique d’une transformation annoncée des métiers

Toutes les professions sont ou seront touchées à un degré ou à un autre par la robotisation et l’intelligence artificielle. Pour certaines le choc sera frontal ; pour d’autres, les plus nombreuses, ce sera une évolution des compétences et des métiers. Exemples et tendances récentes. 

Les robots contre les comptables

Selon une étude anglaise, la probabilité pour les experts comptables d’être à terme remplacés par des robots est de 95 %. C’est l’un des dix métiers les plus exposés avec les métiers connexes dans la paie, la gestion des ventes, la finance… Beaucoup d’entreprises, comme EDF, testent des robots comptables qui pourraient être opérationnels dès l’année prochaine. Certes, les robots ne pourront pas tout faire comme l’explique l’Ordre des experts comptables, qui estime que « seule une partie des activités peut être automatisée, à savoir les opérations de saisie comptable (…) Les robots ne peuvent pas assurer 100 % du traitement des documents, car ils n’arrivent pas tous à les reconnaître. On a toujours besoin d’opérateurs, à la fois pour mettre en œuvre et contrôler la qualité des robots, mais aussi pour les compléter, tant que toutes les factures ne seront pas numérisées ou lisibles facilement » (1). 

Les géants du logiciel et de l’informatique ne s’y sont d’ailleurs pas trompés comme l’Allemand SAP, leader européen de l’édition de logiciels d’entreprises, qui a réorienté sa stratégie vers le « cloud » et l’Internet des objets (2). Son PDG, Bill McDermott, est convaincu que l’Internet des objets est la plus grande opportunité que la firme ait jamais eue : « Nous allons aider les entreprises à passer d'un mode traditionnel - comment je fais tourner mon activité -, à un nouveau mode de fonctionnement : comment j'étends mon activité à la multitude de sources de données situées à l'extérieur pour repenser mon ʺbusiness modelʺ. C'est un marché de 18 000 milliards de dollars à l'horizon 2025 ! Ce que nous commençons à faire dans le monde de l'Internet des objets, du ʺmachine learningʺ, de l'intelligence artificielle, de la ʺblockchainʺ, peut donner naissance dans dix ans à une entreprise plus grosse que SAP aujourd'hui » (3). Autrement dit, l’objectif de SAP est de se servir de la place acquise depuis des décennies dans les entreprises avec la vente de logiciels de gestion pour devenir l’intermédiaire entre l’entreprise et le client via l’Internet des objets. Nul ne sait ce que vont devenir les services correspondants dans l’entreprise, mais ils vont indéniablement devoir évoluer…

D’autant qu’à terme, avec l’Internet des objets, on devrait pouvoir facilement se doter de l’un de ces assistants intelligents sur lesquels avancent les Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazon) : un véritable majordome digital, une sorte de double dans ce monde digitalisé, qui remplacera notre smartphone et sera notre intermédiaire dans toutes nos interactions, de l’achat de sa place de cinéma au paiement de ses impôts (4).

La communication et le marketing doivent se réinventer

L’Internet des objets et l’intelligence artificielle vont permettre aux entreprises et aux marques d’entrer directement « en conversation » avec leurs différents publics et de travailler sur leur stratégie globale. Cela augure, a minima, d’un gain considérable, mais c’est aussi une menace pour beaucoup de métiers du marketing et une remise en cause des méthodes de travail. Le meilleur exemple est la façon dont la ʺblockchainʺ peut révolutionner la consommation en offrant une vision transparente du processus de production, transformant ainsi le marketing et la manière de faire des achats. « Dans un futur proche, nous pourrons nous rendre dans un supermarché, scanner le code-barres d’un produit et obtenir immédiatement des informations sur sa provenance, sur chaque personne intervenue au cours de son cycle de vie, et même savoir si ces individus ont été rémunérés convenablement… » (5). Les marques respectueuses des normes sociales et environnementales pourraient ainsi prouver le respect de leurs engagements à leurs clients. Celles dont l’identité éco-responsable ou humanitaire n’est que façade seraient immanquablement démasquées. La ʺblockchainʺ peut ainsi dynamiter le discours de la publicité et du marketing et leurs métiers.

La santé, enjeu stratégique pour les GAFA

La santé est bien le secteur où les progrès sont les plus spectaculaires et les plus prometteurs. Les Gafa y travaillent déjà depuis longtemps et même des sociétés qu’on n’attendait pas, comme Uber, s’y intéressent ! Google vient d’ailleurs de lancer une initiative spectaculaire en recrutant 10 000 volontaires pour les équiper d'une batterie d'objets connectés afin de suivre à distance, sur une durée initiale de quatre ans, l'évolution de leur état de santé. Quelque 100 millions de dollars d’investissement pour « déterminer les biomarqueurs constituant les signes avant-coureurs des pathologies, mieux comprendre la transition entre bonne santé et maladie, identifier des facteurs de risque encore inconnu » (6). Une première, avec une étude épidémiologique non lancée par le secteur académique qui montre l’intérêt croissant pour ce domaine. Toutefois, Google est dans une logique de « bêta-testing » et dispose de moyens financiers sans commune mesure avec ceux de la recherche publique. Les Gafa et les BATX (les Chinois Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi) sont les seuls à détenir les moyens techniques de faire parler des masses de données de plusieurs dizaines de millions de personnes. Elles arriveront ainsi à mener des études médicales à l’échelle mondiale et à anticiper les problèmes de santé publique. Les bases de données médicales disponibles sont aujourd’hui très parcellaires et peu suffisantes. Les Gafa, contrairement aux gouvernements, disposent de moyens financiers considérables pour les mettre au point. Avec d’un côté les données et de l’autre la maîtrise de l’innovation technologique, les Gafa bénéficient d’une avance énorme sur la médecine et la recherche traditionnelle. Établir un diagnostic, proposer un traitement, concevoir un médicament… L’intelligence artificielle, associée au big data et à des capacités de calcul démultipliées, prétend révolutionner la médecine, comme l’explique le journal « Le Monde » dans un récent et excellent dossier (7). Un autre dossier consacré à ce sujet et intitulé « Les Clés de demain » est disponible sur les sites d’IBM et du « Monde » (8).

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