5 - Non, le robot ne tue pas l’emploi… du moins pas en Asie

La Chine et l’Inde sont entrées dans une robotisation forcenée, aussi bien dans l’industrie que les services. Leur marché interne colossal et les faibles coûts de main-d’œuvre leur permettent de devenir les leaders de la nouvelle révolution industrielle.

500 milliards de dollars. C’est ce que devrait représenter en Inde, d’ici 2020, l’écosystème qui est en train de se créer dans le secteur du paiement digital. Une étude, publiée en juin 2016, a été réalisée conjointement par le Boston Consulting Group et Google. Pour ce travail, ils ont étudié à la fois l’impact de la révolution du paiement par smartphones et Internet mobile, l’arrivée sur le secteur d’acteurs nouveaux non issus de la banque, ainsi que l’évolution des demandes des consommateurs. Ils ont ajouté la sécurité grandissante des systèmes, le coût de plus en plus bas de ses transactions pour le secteur marchand, et ont calculé que les paiements digitaux ‒ qui représentent aujourd’hui 22% des transactions mondiales ‒, dépasseraient d’ici 2023 toutes les transactions. Alors que l’Inde fait un effort considérable en la matière actuellement, que son marché intérieur est appelé à dépasser que le marché chinois et que le gouvernement indien s’est lancé dans une stratégie de simplifications des règles de paiement, à l’horizon 2020, ce seront 500 milliards de dollars qui seront traités par le seul marché indien.

Le BCG et Google anticipent de fait un changement radical de l’organisation de l’économie indienne. Dans un pays où le cash représentait encore l’année dernière 78% des transactions, il n’en représente, aujourd’hui, plus que 22% en France. Mais en révolutionnant son économie et en rattrapant son retard, l’Inde prend une avance technologique et peut drainer des flux extérieurs. L’impact sur l’emploi ? Considérable, mais le BCG ne s’aventure pas à le chiffrer.

140 travailleurs chinois échangés contre 9 robots

En juin 2016, le Financial Times publiait un long reportage sur la robotisation de la Chine (2). Il commençait à Guandong dans une fabrique de lavabos : son propriétaire, Chen Conghan, conscient qu’il ne pourrait lutter à l’exportation avec les salaires « élevés » qu’il était obligé de payer (600 € par mois !) a, en quatre ans, dépensé 3 millions de dollars pour s’équiper. Il a réalisé que 9 robots faisaient le travail de 140 ouvriers à temps plein et qu’il pouvait exporter en Europe désormais 1 500 lavabos par jour. Chen Conghan a, selon le Financial Times, la ferme intention de continuer jusqu’à ce qu’il ait remplacé tous les ouvriers possibles par des machines. Il faut dire qu’il est encouragé par un gouvernement qui, en 2013, a mis la révolution robotique au cœur du développement industriel de la Chine. Depuis cette année-là, la Chine achète plus de robots que tous les autres pays et a englouti plus du quart de la production mondiale de robots en 2016. Cela devrait encore augmenter : il n’y avait, en 2016 en Chine, que 36 robots pour 10 000 ouvriers de l’industrie, alors qu’il y en a 286 en Allemagne et 478 en Corée du Sud.  Xi Jinping, le président chinois, a dans un premier temps justifié la révolution robotique par la démographie : la Chine vieillit et va perdre 160 millions d’actifs d’ici 2050. Il a ainsi donné un impératif : 150 robots pour 10 000 travailleurs en Chine d’ici 2020, soit 4 fois plus qu’aujourd’hui.

Comme l’Inde, la Chine - et pour l’instant encore plus que l’Inde - bénéficie d’un marché intérieur colossal qui lui permet de développer les produits de son industrie robotisée et d’une main-d’œuvre encore peu chère. Le résultat est que la Chine, qui vient de passer devant les États-Unis comme puissance manufacturière, développe des technologies de pointe et sa propre industrie de robots.

L’émergence de l’hyper industrialisation de l’Asie

Pierre Veltz fait le constat dans son dernier livre de la naissance d’une « société hyper industrielle » chinoise, de par le réseau industriel mondial dans lequel le pays s’insère (3). Dans ce réseau asiatique on retrouve notamment la Chine, l’Inde, Singapour, la Malaisie, la Corée, le Japon, et bientôt le Pakistan ainsi que le Vietnam. Ces sociétés automatisées et ce réseau constituent un archipel de métropoles interconnectées, réparties sur tous les continents, prospères dans une économie mondialisée, entourées de territoires délaissés. « Le danger n'est pas une illusoire fin du travail, mais une croissance incontrôlée des inégalités et une transition trop lente vers des modes de production et de consommation durables », écrit Thierry Weill, professeur à Mines Paris Tech, commentant Pierre Veltz : « nous n'assistons pas à une régression de l'industrie, mais à une profonde transformation de sa géographie et de son organisation. L'industrie manufacturière emploie, de manière constante depuis deux siècles, environ 5 % de la population mondiale. La révolution actuelle du travail vient moins de l'automatisation de certaines tâches individuelles que de la connectivité liée aux réseaux qui permet de disperser les opérations de fabrication dans le monde entier, d'inclure l'usager dans les cycles de production et de capter les données d'usage grâce aux plateformes » (4).

Le robot ne tue pas l’emploi. Du moins pas en Asie, selon Veltz ou Weill. « L’industrie n’est pas en voie de disparition, écrit Vincent Giret dans le Monde (5)… A l’échelle mondiale, jamais l’industrie n’a concentré autant d’emplois qu’aujourd’hui – 330 millions en 2010 –, et rien n’indique que la demande de rattrapage des grands pays émergents en matière de biens d’équipement ne soit amenée à ralentir sa course…. En pleine ascension, les classes moyennes de ces pays ne sont pas prêtes à y renoncer. Le produit manufacturier mondial représente une fois et demie celui de 1990 ! Même en France, la production industrielle a été multipliée par deux entre 1995 et 2015 ». « Nous ne vivons pas la fin de l’industrie, explique Pierre Veltz, mais l’accouchement d’une nouvelle forme de société industrielle, très différente de la forme dominante du siècle passé ».

 

1 http://image-src.bcg.com/BCG_COM/BCG-Google%20Digital%20Payments%202020-...

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