Aires urbaines : une croissance de l’emploi disparate

Deux économistes de Toulon ont étudié la croissance des emplois dans les grandes aires urbaines : la progression des emplois métropolitains n’a réussi à faire oublier la perte des emplois industriels que dans les villes de plus de 200 000 habitants.

La littérature économique le confirme depuis le début des années 2000 : les croissances économiques les plus fortes s’observent dans les plus grandes aires urbaines. Une raison évidente : le capital humain est davantage concentré dans celles-ci et cette concentration se renforce, favorisant la productivité, facteur essentiel de la croissance. Maurice Catin et Christophe Van Huffel, deux universitaires toulonnais, sont allés y voir d’un peu plus près en considérant « trois grands types d’emplois : l’emploi dans les fonctions métropolitaines (source de productivité), les fonctions productives (dans des activités largement exportatrices) et les fonctions présentielles (dans des activités liées à la demande locale) ».

Les fonctions métropolitaines moteurs de l’emploi total

Ils ont conçu un modèle et étudié pour chaque aire urbaine l’évolution de l’emploi entre 1999 et 2013. Première conclusion, « le développement de l’emploi dans les fonctions métropolitaines paraît le moteur le plus puissant de la croissance de l’emploi total et il explique largement le différentiel de croissance entre aires urbaines, notamment en faveur des grandes aires urbaines par rapport aux autres », expliquent Maurice Catin et Stéphane Van Huffel. À l’inverse, l’évolution à la baisse de l’emploi dans les fonctions productives entre 1999 et 2013, et particulièrement entre 2006 et 2013, produit un effet négatif sur l’emploi. Cette contribution négative reste assez limitée pour les aires urbaines supérieures à 200 000 emplois mais plus importante pour les aires urbaines entre 50 000 et 200 000 emplois. En clair, la progression des emplois métropolitains (71% des emplois créés sur la période) n’a pas compensé dans les villes moyennes les pertes d’emplois industriels.

Les deux économistes confirment certaines hypothèses en montrant par exemple que « les plus fortes croissances de l’emploi observées entre 1999 et 2013 à Toulouse, Montpellier, Nantes et Rennes reposent sur la forte augmentation de l’emploi dans les fonctions métropolitaines et à leurs effets ». De manière générale, depuis 2006, il apparaît que les activités productives ont mieux résisté en matière d’emploi dans les grandes aires urbaines où la dynamique des fonctions métropolitaines a été importante. La croissance de l’emploi n’est donc absolument pas la même entre les villes de plus et de moins de 200 000 habitants.

L’exception parisienne

Il existe bien évidemment un cas hors normes, celui de la région parisienne, qui « montre un phénomène de métropolisation à facettes multiples. La région parisienne concentre plus de 30% du PIB national, 23% de l’emploi, 44% des cadres des fonctions métropolitaines, et pratiquement la moitié de la valeur ajoutée dans les services supérieurs. Or l’emploi total et l’emploi dans les fonctions métropolitaines ont de manière générale relativement moins augmenté à Paris que dans les grandes aires urbaines dans les années 1990 et encore moins depuis 2000 ». La croissance du PIB en région parisienne est tirée par des gains de productivité plus élevés qu’ailleurs, largement liés à la concentration et à la diversité des fonctions métropolitaines, également plus élevées qu’ailleurs.

À l’inverse, les grandes aires urbaines ont connu une forte progression des emplois dans les fonctions métropolitaines, notamment de conception-recherche et de commerce interentreprises, en rapport avec leurs spécialisations productives et leurs avantages compétitifs, d’autant que leur développement est moins affecté par les coûts de congestion que connaît la région parisienne.

Lorsqu’on lie les deux phénomènes, on peut commencer à comprendre que la diffusion relative des emplois de Paris vers d’autres territoires existe et emprunte des « canaux multiples : par les fonctions métropolitaines qui progressent moins vite, par les fonctions productives qui ont plus fortement baissé, et même par les fonctions présentielles affectées par le transfert d’une partie du revenu des ménages, composés d’une population plus jeune et à fort capital humain attirée par la région parisienne, vers une population plus âgée et retraitée résidant dans des territoires qui bénéficient de ces revenus extérieurs ».

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