Il y a une vie de l’emploi en dehors des métropoles

Le développement économique et la croissance de l’emploi ne se résument pas aux seules grandes métropoles mondialisées. C’est la thèse d’Olivier Bouba-Olga qui fait apparaître, en Europe, des modes de développement de territoires complexes et très divers.

Olivier Bouba-Olga est un économiste souvent critique envers ses confrères de la Nouvelle Géographie Économique : ceux qui, dans la foulée des travaux de Paul Krugman, ont développé des analyses montrant la pertinence des effets d’agglomération et ont décrit et expliqué la métropolisation croissante de l’économie.  Avec un autre économiste, Michel Grosseti, il est souvent intervenu pour dénoncer le discours qui, dit-il, « fait de quelques grandes villes, les « métropoles », l’alpha et l’oméga de la création de richesses et d’emplois ». Il remet en question aussi bien les progressistes qui, comme Laurent Davezies, Philippe Estèbe, Philippe Askenazy ou Philippe Martin, expliquent que les métropoles sont l’avenir de la France et qu’il convient de les soutenir par tous les moyens, que les « réactionnaires populistes », comme Christophe Guilly, qui estiment qu’à trop « soutenir les métropoles, on oublie la France périphérique qui se meurt et devrait se révolter ».

L’emploi par habitant comme nouveau critère de comparaison

Pour Olivier Bouba-Olga, les choses sont beaucoup plus fines et plus diverses que le soutiennent certains. Outre son dernier livre, qui démontre la diversité des situations et des développements territoriaux, il a également réalisé une étude sur la diversité de richesses des territoires européens à partir d’un modèle qu’il avait pensé dans un article pour l’OFCE : « La métropolisation, horizon indépassable de la croissance économique ? ». L’idée est de « collecter des données sur les PIB, le nombre d’habitants, l’emploi, etc., de calculer les PIB par habitant, les décomposer en PIB par emploi et emploi par habitant. »

En comparant ensuite, il montre que certaines idées reçues sont fausses. Par exemple, la Catalogne supposée enrichir toute l’Espagne à son corps défendant « arrive en fait en quatrième position des 19 régions espagnoles pour le PIB par habitant, derrière la région de Madrid, le Pays Basque et la Navarre. Elle passe même au 5e rang pour la productivité apparente du travail et le Pays Basque est en première position, devant la région de Madrid, la Navarre et la Rioja ».

Le bonheur est dans les provinces ?

De manière plus générale, Olivier Bouba-Olga affine la géographie économique. Il confirme bien que le niveau de richesse mesuré par le PIB par habitant est concentré dans les grands centres urbains européens et que sept régions émergent aussi bien pour le PIB par habitant que l’emploi par habitant : le centre de Londres, Luxembourg, Stockholm, Bruxelles-capitale, l’Île-de-France, Hovedstaden et Groningen, les région de Dublin, d’Anvers et du Brabant-Wallon arrivent également dans les dix premières. Mais l’indicateur d’emploi par habitant donne à voir une géographie différente : « il s’agit de territoires présentant un nombre d’emplois élevés en comparaison du nombre d’habitants présents sur ce territoire. On retrouve ici quatre régions déjà présentes dans le classement PIB par habitant : Luxembourg, Hambourg, Bruxelles-capitale et Vienne et six nouvelles régions émergent de ce classement : la province d’Åland en Finlande, les régions de Brême et de Munich, les provinces d’Utrecht et la région d’Amsterdam et la province de Salzburg en Autriche ».

Une réalité plus complexe qu’attendue

En d’autres termes, si les métropoles financières et économiques sont bien là (Bruxelles, Luxembourg, Londres) de grands ensembles d’emplois apparaissent sans qu’aucune logique ne soit généralisable et que cela constitue un modèle unique. En fait, Olivier Bouba-Olga fait apparaître des modèles de développement très différents d’un territoire à l’autre et une réalité beaucoup plus complexe que celle attendue. Les indicateurs qu’il utilise sont perfectibles et il estime que réfléchir au développement régional nécessite de se doter d’outils plus précis susceptibles de capturer la diversité des territoires, de leurs spécificités et des spécialisations construites sur le temps long. Clairement, il existe des développements économiques qui ne se résument pas à la vision des métropoles mondialisées comme moteur unique de la croissance. Mais les outils pour mesurer ces développements territoriaux sont encore faibles.