Comment changer 13 fois d’emploi dans une vie de travail ?

Les salariés, et notamment les jeunes qui devraient changer en moyenne 13 fois d’emploi dans leur vie, aspirent à plus de bien-être. Débat entre Louis Schweitzer, Commissaire général à l’investissement, et Laurent Solly, patron de Facebook France.

L’avenir du travail faisait l’objet de la première table ronde du 6ème Forum Nouveau Monde, qui s’est tenu les 7 et le 8 octobre à l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economique). Du numérique il en a beaucoup été question (cf.l’intervention de Louis Gallois), mais bien évidemment aussi de l’emploi des jeunes. Au sein des pays de l’OCDE, il y a 12 millions de chômeurs de plus qu’avant la crise, dont 14,7 % sont des jeunes. Et dans certains pays, a souligné le Secrétaire général de l’organisation, Angel Gurria, il avoisine les 50 %, comme en Grèce ou en Espagne.
 
Un rude constat qui a amené les participants à réfléchir sur leur avenir. « C’est un paradoxe, entame Louis Schweitzer, actuel Commissaire général à l’investissement. On déplore partout un vieillissement de la population et une réduction du taux de natalité alors que près de 25 % des jeunes Français n’ont pas d’emploi ». Cette boutade mise à part, il est convaincu de trois points. D’une part, assure-t-il, dans tous les pays, il y a des demandes non satisfaites en biens et services, et qui ont donc un besoin de production. D’autre part, résoudre les problèmes de formation n’augmentera pas le niveau d’emploi des moins de 25 ans. Un petit bémol cependant. Schweitzer regrette que notre système ne prépare pas suffisamment à la vie active. L’enseignement tel qu’il est pratiqué ne donne pas les codes pour permettre l’insertion dans la vie professionnelle. En outre, il est davantage orienté « vers la récitation ou l’exposé que vers le débat ou la discussion ». Dernier point et sans doute le plus important, pour un jeune un emploi a trois finalités : contribuer à la production de richesses, s’il est convenablement rémunéré cela lui permet d’acquérir son indépendance et sa liberté et c’est également pour lui un mode d’insertion dans la société. Autant d’éléments qui font de l’emploi des jeunes une priorité mais sur laquelle il faut travailler afin que les aspirations des employés rencontrent la politique des employeurs, ce qui n’est aujourd’hui pour lui pas le cas. « Pour la plupart des gens, rajoute-t-il, le travail n’est pas rendu assez attractif ». Et l’ancien patron de Renault de se rappeler combien il leur était facile, contrairement à d’autres constructeurs, d’embaucher un ouvrier. Pourquoi ? Parce qu’ils étaient correctement payés et que, malgré le travail à la chaîne, 91 % trouvaient leur emploi intéressant. L’entreprise avait alors abandonné la division tayloriste du travail consistant à ce qu’il y ait une pensée d’un côté et des bras de l’autre. Il faut donc éduquer les employeurs afin qu’ils rendent leurs employés heureux.
 
De nouvelles valeurs  parfaitement intégrées dans les start-up de la Silicon Valley et qui font école en France, et pas uniquement dans les entreprises digitales comme le souligne Laurent Solly, le patron de Facebook France, pour montrer que les grands piliers de l’organisation du travail sont en train de bouger. « 50 % des entreprises du CAC 40 ont signé avec leurs employés des contrats de télétravail. Et la productivité de ces derniers a augmenté de 25 %. Les espaces de travail ont également changé. On est au-delà des open space. Même physiquement on met en place des systèmes horizontaux et collaboratifs ». L’heure est à demander aux salariés de fournir un service et non des heures de travail. Ce qui a fait dire récemment au patron de Netflix, à la grande surprise générale, que les vacances de ses employés étaient illimitées.
 
Le bien-être des employés, une priorité pour réinventer l’attachement des salariés à leur entreprise sachant que, selon Laurent Solly, les jeunes entrant aujourd’hui sur le marché du travail connaîtront environ treize emplois différents. Terminé le temps où l’on faisait toute sa carrière dans la même boîte. « Il faut donc pousser chacun à travailler comme s’il était son propre chef d’entreprise », conclut Laurent Solly.
 
Florence Raillard