Comment rendre l’apprentissage plus attractif ?

Depuis une dizaine d’années, l’apprentissage tend à stagner en France. Il est pourtant reconnu comme l’une des principales portes d’entrée vers l’emploi. Bilan et perspectives d’évolutions.

Malgré le dernier plan de relance gouvernemental, l’apprentissage en France peine encore à trouver son rythme de croisière. En attestent les derniers chiffres de la Dares, organisme de statistiques dépendant du ministère du Travail. Après une embellie en janvier 2017,  le nombre de contrats signés en février baisse de 10% par rapport au mois de février de l’année précédente, de 8 742 à 7 850. Deux think tank, l’un proche de la gauche, Terra Nova, l’autre d’inspiration patronale l’Institut Montaigne, ont rendu publique récemment une note en faveur du soutien à l’apprentissage, intitulée « Développer l’apprentissage : un enjeu pour la compétitivité, pour l’emploi et pour la justice sociale ». Dans ce document, les auteurs, Henri Lachmann, ancien patron de Schneider Electric et Jean-Pierre Boisivon, professeur émérite à Paris 2-Panthéon-Assas, avertissent : « Les pays avancés ne pourront continuer à vendre du travail cher au reste du monde et à leurs propres consommateurs qu’en le « dopant » à l’éducation, c’est-à-dire en investissant fortement dans leur main-d’œuvre ».

Un sas entre le collège et l’apprentissage

Selon eux, « à formation et diplôme équivalents l’insertion de ceux qui ont suivi leur formation par la voie de l’apprentissage est 10 à 15 points supérieure à celle de ceux qui ont été formés par une voie strictement scolaire ».  Encore faut-il rendre l’apprentissage plus attractif pour les entreprises comme pour les jeunes. Les auteurs relèvent au moins six conditions pour permettre un véritable essor de l’apprentissage en France. Tout d’abord, l’accès à l’apprentissage doit être subordonné selon eux à la vérification que les candidats maîtrisent les prérequis nécessaires pour pouvoir bénéficier de la formation. En effet, notent-ils, « une proportion significative des jeunes orientés vers l’enseignement professionnel en fin de collège le sont parce qu’ils ne maîtrisent pas les compétences de base en lecture, écriture et calcul ». Selon le classement PISA, ces jeunes représentent 22% d’une classe d’âge en France : 50% de plus qu’en Allemagne (15%) et quasiment le double de la Suisse (12%). Les auteurs préconisent ainsi d’organiser un « sas entre la sortie du collège et l’entrée dans l’enseignement professionnel » consacré à la remédiation scolaire et qui « innoverait dans les modes d’apprentissage ».

Les Régions en 1ère ligne

Par ailleurs, les jeunes qui ont suivi la filière professionnelle au niveau des études secondaires « doivent pouvoir poursuivre leur formation au-delà du baccalauréat professionnel », poursuivent les auteurs. Or, à l’heure actuelle, si un bachelier professionnel a en théorie la possibilité de s’inscrire dans l’enseignement supérieur, « ses perspectives de réussite y sont faibles y compris dans les sections de technicien supérieur ». En 2015, 175 000 jeunes ont obtenu un bac pro. Ils représentent près de 20% d’une classe d’âge. Henri Lachmann et Jean-Pierre Boisivon plaident notamment pour le développement de l’apprentissage dans les lycées professionnels « en renégociant avec leurs représentants les modalités d’exercice du métier de professeur de l’enseignement  professionnel ». En France, les lycées professionnels qui scolarisent 70% des effectifs engagés dans une formation professionnelle de niveau V (CAP) et IV (Bac Pro, 740 000 élèves contre 320 000 dans les CFA) ne représentent que 10% des effectifs d’apprentis (40 000 sur 360 000).

Enfin, les auteurs préconisent de revoir les conditions de recrutement des apprentis dans la fonction publique d’État et territoriale et suggèrent de baisser le seuil de 250 salariés à 100 pour les entreprises soumises à l’obligation d’embauche d’apprentis. « Elles ont un quota d’apprentis à respecter, notent les auteurs. Seule une minorité respecte ce quota (moins de 12 %) ».

N.S.

Restons Connectés

Qui sommes-nous ?

Qui sommes-nous ?