Comprendre l’innovation pour favoriser le progrès social

L’économiste Philippe Aghion, spécialiste des liens entre innovation et croissance, enseigne désormais au Collège de France et lance un centre de recherches pour analyser le progrès technique. Revue des Idées n°19.

Pas facile d’y échapper. La leçon inaugurale de Philippe Aghion au Collège de France a été suivie et épluchée. L’économiste en poste à Harvard depuis 2002 a, cette année, rejoint la London School of Economics, et surtout le Collège de France où il devient titulaire de la chaire Économie des institutions, de l’innovation et de la croissance. Conseiller économique de François Hollande durant sa campagne, il a depuis travaillé sur une autre vision de la croissance (son ouvrage avec Elie Cohen et Gilbert Cette « Changer de modèle » a été très remarqué en 2014) ; c’était d’ailleurs le thème de sa leçon inaugurale sur « les énigmes de la croissance » devant un parterre d’économiste, d’élus et de ministres dont Emmanuel Macron qui ne cessait de prendre des notes.

Philippe Aghion a longuement décortiqué le concept de croissance, s’inspirant des travaux du prix Nobel Robert Solow, qui l’a théorisé dans les années 50 et s’est interrogé sur le rôle du progrès technique et de l’innovation comme principaux moteurs de la croissance, dans la foulée de Joseph Schumpeter. La plupart des commentateurs se sont intéressés à la partie de la leçon sur les inégalités et au débat sur « les revenus des foyers les plus aisés », le fameux « 1 % » le plus riche de Thomas Piketty, qui ont explosé. Le chercheur montre un graphique frappant, écrit Jean Marc Vittori dans Les Echos : aux Etats-Unis, la courbe de la part du revenu captée par le 1 % est strictement parallèle à celle des dépôts de brevets. Ce n'est pas un hasard, explique-t-il. L'innovation dégage une rente provisoire. Mais les inégalités mesurées par un indicateur plus large, le coefficient de Gini, n'augmentent pas forcément. C'est le cas par exemple en Suède depuis les réformes structurelles menées au début des années 1990 : beaucoup d'innovations, accélération des gains de productivité, envolée du 1 % mais Gini stable ».

Pour Philippe Aghion, « l’innovation est un facteur de mobilité sociale. Si l’on y réfléchit, ce n’est pas surprenant : l’innovation c’est la « destruction créatrice » chère au théoricien Joseph Schumpeter, c’est le nouveau qui remplace l’ancien. Enfin, l’innovation n’augmente pas les inégalités au sens large. Aux États-Unis par exemple, le « top 1 % » est plus riche en Californie qu’en Alabama, et dans le même temps, on observe davantage de mobilité sociale en Californie par rapport à l’Alabama. De même, la Suède, dans les années 1990, a mené une série de réformes qui ont dopé l’innovation et la croissance » 

Dans le même temps Philippe Aghion a lancé avec le Collège de France le « Centre pour l’innovation et la croissance ». Il a pour but, autour de ces deux thèmes, de développer des banques de données économiques internationales et devenir la place centrale pour réunir les universitaires, les praticiens de l’entreprise, les Français de la Silicon Valley ou de Boston ou encore les politiques. « Déclencher l’innovation est vital pour nos sociétés, explique-t-il. En analyser les mécanismes et confronter la recherche pure à l’économie réelle permettra de dépasser les approches empiriques et de donner aux acteurs politiques et économiques les outils nécessaires à l’invention d’un nouveau type de croissance fondée sur l’innovation ». Comprendre l’innovation pour favoriser le progrès social en quelques sortes.

Note discordante, celle Pierre-Cyrille Hautecoeur, de l’EHESS qui dans Le Monde du 9 octobre, reproche à Philippe Aghion son égoïsme dans l’optimisme avec sa vision d’une société de gens hypermobiles et entrepreneurs « sans dire rien sur la manière d’intégrer à cette société du mouvement et de l’efficacité les plus fragiles et les plus souffrants ».

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