Coworking, lentement mais sûrement

Le coworking se développe dans les métropoles, mais il pourrait exploser dans les prochaines années, les grandes entreprises y ayant aussi intérêt que les indépendants et les chercheurs d’emploi.

C’est lent, plus lent de prévu, mais le coworking est en train de se développer dans les métropoles, en particulier en Ile-de-France. Deux études font le point. La première est celle de La Fonderie, l’agence numérique de la région Ile-de-France, qui a analysé les « coworking cities » dans le monde. Paris y arrive en troisième position après New York et Barcelone. Ces tiers lieux de travail sont apparus  il y a maintenant plus de 10 ans un peu timidement, mais les chiffres ont évolué très rapidement, avec une augmentation de 80% du nombre d’espaces pour la seule année 2012-2013. A Paris et en Ile-de-France, il existe actuellement, répertoriés et analysés par La Fonderie sur Tech on map, 138 espaces de travail collaboratif, la très grande majorité ayant été soutenue par les pouvoirs publics. Pourtant le besoin est grandissant, ce que confirme une enquête du Crocis, l’organisme qui analyse l’économie francilienne pour la CCI : « Aujourd’hui 25 % de la population active francilienne travaille plus d’un jour par semaine en dehors du bureau » mais dans 80 % des cas, le travail à distance s’effectue à partir du domicile. On commence donc à manquer de ces tiers lieux que ce soient des centres d’affaires avec location spécialisés dans la clientèle de cadres de grandes entreprises ou des espaces de coworking, ces espaces de travail partagés, en général urbains et portés par une communauté active d’utilisateurs, surtout composée de travailleurs indépendants (freelance, créateurs d’entreprises, autoentrepreneurs) ou de petites entreprises (startup, TPE,...).

Le réseau est en fait très dense dans Paris même avec  77 lieux, surtout dans les arrondissements du Nord‐Est de la capitale (9ème, 10ème, 11ème et 12ème arrondissements) : les loyers y sont moins élevés et il y a une  forte présence d’une population d’indépendants et de free‐lance des secteurs web et création. Idem en Seine‐Saint-Denis. Mais, il n’y a pas assez de place pour l’avenir. Selon la Caisse des Dépôts, la demande potentielle en Ile‐de‐France à l’horizon 2020 concernerait 150 000 télétravailleurs et cela supposerait de mettre en place un réseau de 200 nouveaux lieux, dont 42% en grande couronne. La CCI a elle mené une enquête et s’est aperçu que « seules 2 % des entreprises franciliennes proposent à leurs salariés de télétravailler dans un télécentre ou un espace de coworking. Pourtant, développer le télétravail peut représenter de réels avantages pour les entreprises… un poste de travail dans un tiers‐lieu francilien coûtant de 1,5 à  2 fois moins cher qu’un poste de travail permanent dans l’établissement francilien de l’entreprise ».

Donc, cela devrait exploser si les grandes entreprises se décidaient à prendre ces données en compte et si tous ces lieux deviennent interopérables, et que l’on puisse passer de l’un à l’autre, quel que soit son exploitant. Un Collectif des tiers‐lieux franciliens réfléchit actuellement à un projet de type « Copass », réseau mondial qui permet à un coworker de passer d’un lieu à un autre avec un même abonnement. La difficulté est que ces lieux pour être rentables doivent être en permanence proches de 100% d’occupation et pour compenser ils développent des services annexes allant jusqu’aux prestations de conseil et d’accompagnement : formations, coaching, mentorat, conseil en communication par exemple. Et des zones vont devenir des zones stratégiques : gares, aéroports, stations‐services. Les gares en particulier sont des lieux stratégiques : en Ile‐de‐France, 3 millions de voyageurs y transitent chaque jour. Parmi les voyageurs, un million d’actifs sortent de la seconde couronne pour se rendre dans la première couronne, et 500 000 utilisent le train, soit les deux tiers des voyageurs de la vie quotidienne. Dans le cadre du projet Grand Paris, le métro Grand Paris Express comptera 72 gares en réseau, dont certaines entièrement nouvelles pourraient mettre à disposition des voyageurs de nouveaux services : il y a là un potentiel de développement réel pour des tiers‐lieux.

Pour Jean‐Yves Huwart, organisateur de la première conférence internationale sur le coworking, « à l’horizon 2025‐2030, le coworking sera une industrie à part entière comme l’hôtellerie ou la restauration, avec la même diversité d’acteurs et la même variété de services ».

Antoine Clause