La robotisation des services impose une transformation des savoir-faire professionnels

Si la robotisation de l’industrie est actée, celle des services est en cours. Pour prendre en marche cette révo-robolution, les salariés du tertiaire doivent se former et s’adapter.

« If you can’t beat them, join them ». L’adage est anglais (si tu ne peux pas les battre, rejoins les), mais son application est universelle. « Notre pays freine des quatre fers pour éviter de robotiser notre société. Pourtant, les salariés doivent en tirer ce qu’il y a de meilleur. Car cette évolution est inéluctable », estime Catherine Simon, la présidente d’Innorobo, un salon professionnel de la robotique dont la prochaine édition se déroulera du 16 au 18 mai à Paris.

Trois quart des salariés du tertiaire impactés

La robotisation des services se développe depuis le début des années 2000. Les robots aspirateurs ont ouvert le bal et depuis 5 ans, chaque innovation développe un nouveau marché. En 2015, selon l’International Federation of Robotics, le chiffre d’affaires mondial de cette robotique spécifique était de 6,8 milliards de dollars. En 2022, il devrait atteindre les 100 milliards de dollars. La branche logistique est aujourd’hui la plus concernée avec des automates parcourant les entrepôts. Mais l’agriculture (robot-bineur), le  transport (véhicule autonome), la santé (chirurgie non invasive) ou l’hôtellerie-restauration (accueil automatisé plurilingue) ne sont pas en reste. Les autres sous-secteurs comme la distribution vont suivre. A terme, les trois quarts des salariés français qui travaillent dans le secteur tertiaire vont être impactés.

Les conséquences de cette évolution seront massives, mais les observateurs ne sont pas d’accord entre eux. Certains économistes prédisent une catastrophe et la montée d’un chômage de masse. D’autres, comme Robin Rivaton dans son ouvrage Relancer notre industrie par les robots, (Du Quesne Editions), estiment que « les créations d’emplois envisageables sont de 85 000 à 130 000 d’ici à cinq ans ». Il n’en reste pas moins vrai que 10% des salariés peuvent craindre la suppression de leur emploi car ils travaillent sur des postes automatisables.

Et pourtant un champ d’opportunités extraordinaire

Pour autant, la robotisation engendrera également une amélioration de la qualité de vie au travail, une baisse de la pénibilité et une montée en compétences des salariés. « L’informatique a transformé les méthodes de travail dans la banque ou l’assurance en générant des postes de webmasters ou de spécialistes du logiciel. Il va se passer la même chose avec la robotisation de l’ensemble du tertiaire. C’est un champ d’opportunités extraordinaire et un levier de croissance », estime Bruno Bonnell, président du fonds d’investissement Robolution capital et vice-président du syndicat professionnel Symop qui rassemble 70 % des employeurs du secteur.

L’adaptation et la relation humaine, deux compétences clés

S’ils veulent profiter de cette rupture technologique, les salariés vont devoir s’adapter et requalifier certaines de leurs compétences. Il ne s’agit plus pour eux de gérer un stock de connaissances, mais de renouveler un flux de compétences personnelles. Grâce au numérique et à la formation tout au long de la vie professionnelle. Cette révolution technologique va également augmenter le besoin en personnels au profil hybride, capables de s’adapter. Car, pour passer de tâches répétitives, effectuées dorénavant par les robots, à leurs nouvelles missions « orientées clients », ils devront se former à l’empathie, à la gestion des conflits, à la communication positive et améliorer la relation à l’humain. « Les formations techniques à l’utilisation, à la maintenance, au traitement des données sont et seront aussi indispensables, bien entendu. Mais il va falloir également suivre des formations liées à l’acceptation de la robotique. Elles sont souvent oubliées et il est impératif de ne pas les prévoir a posteriori », conclut Pierre-André Foix, directeur du cabinet BRH conseil/formation spécialisé dans l’innovation/santé et robotique. Un conseil judicieux pour éviter que les salariés chargés de faire accepter les robots aux populations, ne soient leurs premiers détracteurs.

Gwenole Guiomard

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