« Le digital accélère le retour à l’emploi »

Les algorithmes ne résoudront pas le chômage mais ils peuvent permettre de fluidifier énormément le marché du travail si les données s’ouvrent. Ce que fait d’ailleurs déjà Pole Emploi avec ses partenaires, bien conscient que le digital est un accélérateur du retour à l’emploi. Echos du colloque de Libération sur l’emploi. 

« Pour qu’un algorithme soit efficace il faut qu’il se nourrisse de données. De beaucoup de données. Plus il aura de données, plus il sera efficace, plus l’adéquation offre et demande d’emploi sera parfaite ». Jean Louis Perol est le directeur général de Clustree, société de RH spécialisée dans le « matching » numérique. Son credo ? La donnée, encore de la donnée, toujours de la donnée ! « En fait personne n’a aujourd’hui assez de data pour faire tourner les algorithmes. On en manque par exemple de le part des entreprises ou pour tous les emplois qualifiés, a-t-il expliqué lors du colloque de Libération sur l’emploi et le numérique. Nous avons rentré 200 millions de profils dans le monde à partir de toutes les données publiques que nous avons pu ramasser, et cela nous permet de regarder les parcours professionnels d’une manière totalement différente et plus nous aurons de données, plus nous pourrons sortir des sentiers balisés ».

François Béharel, président de Randstad France, dit la même chose, même si la logique d’une entreprise de l’intérim n’est pas forcément la même que celle d’une entreprise des RH : « Notre idée c’est de faire plus que du matching. Nous travaillons actuellement sur  une base de 11 000 compétences et d’un millier de jobs. Le travail de Randstad est d’expliquer aux demandeurs ou aux offreurs qu’il y a toujours une ou plusieurs passerelles entre les métiers et que le passage se fait sur la base des compétences que celui qu’ils cherchent en fonction des compétences que nous avons identifiées ».  Mais Randstad qui vient de lancer une plateforme numérique pour le recrutement des intérimaires pointe aussi, comme Clustree, son besoin de données : « Il faut que le secteur public ouvre toutes ses données  car en fait on a trop peu de data. Il n’y a aucune raison que tout le monde, nous comme les start-ups, ne puissions pas nous connecter sur les données publiques : la mise à disposition des offres c’est facile, tout le monde les a ! La vraie question c’est le CV du demandeur. Pourquoi y aurait-il un débat sur le CV du chômeur? S’il cherche un emploi il n’a aucune raisons à ne pas le rendre public? ».  Misoo Yoon, la directrice générale adjointe de Pôle Emploi, lui a indiqué que cela se faisait déjà sur la base du volontariat et avec les entreprises partenaires de Pôle Emploi. Elle a expliqué au patron de Randstadt qu’au moment même où il parlait 611 000 offres d’emploi étaient en ligne sur le site de Pôle Emploi.

Plus ces sociétés auront de données, plus elles pourront faire tourner leurs algorithmes, plus elles seront puissantes, plus le marché du travail sera fluide et transparent. C’est ce qu’elles disent et ce qu’elles croient même si aucune ne pense, comme le dit François Béharel, que « les algorithmes vont résoudre le chômage ». Antoine Jouteau, le directeur général du Bon Coin qui vient de se lancer sur le marché de l’emploi à grande échelle est tout autant que les autres un affamé de données : « les data ne sont rien s’il n’y a pas la puissance d’un média derrière, dit -il. Le Bon Coin fait que des dizaines de milliers d’emplois sont disponibles pour des millions de français en temps réel ». Quelques algorithmes, beaucoup de données et de la géolocalisation, c’est la recette du Bon Coin. « L’équation de l’emploi c’est extrêmement compliqué. La géolocalisation c’est essentiel. Demandeurs et recruteurs sont d’accord sur le fait que la proximité est le critère qui prime sur tous les autres en matière d’emploi. La difficulté d’un employeur est de trouver le candidat proche. Nous l’avons constaté en France, en Espagne et en Italie, le premier vecteur de recherche d’un côté comme de l’autre c’est la localisation géographique ». Antoine Jouteau qui intervient beaucoup dans les médias pour communiquer sur la stratégie de son entreprise sur le marché de l’emploi, va même jusqu’à dire que « 50 à 100 000 personnes chaque mois trouvent un emploi par le Bon Coin ».

Toutes ces sociétés ont besoin de données, d’énormément de données, mais elles entendent aussi parfaitement ce que leur dit Misoo Yoon, à savoir que le contact est essentiel dans la question de l’embauche : « Je suis convaincue qu’offre et demande en matière d’emploi peuvent et doivent être mieux rapprochés, mais l’algorithme, je le sais car nous nous en servons depuis très longtemps, ne sait pas tout faire. Ce n’est pas lui qui va instaurer la relation de confiance qui permet le recrutement. Il faut écouter, conseiller, convaincre et même créer le déclic pour aider à revenir à l’emploi. Nos efforts ne porteront leurs fruits que si nous avons les deux : l’homme et l’algorithme.» Ou dit autrement par François Beharel, « ce n’est pas la machine qui choisit, elle est juste une aide à la décision ».

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