Les RH ont de la peine avec l’innovation digitale

Pour le fondateur de Monkey Rie et du Lab RH, les directions de ressources humaines n’ont pas encore intégré la manière dont le digital affine le recrutement et permet de plus en plus de ne pas se tromper.

Les ressources humaines sont-elles en retard dans le recrutement digital ? Ou dans leur manière même de concevoir le recrutement ?  Jeremi Lamri en est assez persuadé. Depuis qu’il a fondé sa société Monkey Tie puis le Lab RH (un laboratoire sur l’innovation RH)  il a constaté que l’innovation digitale avait de plus en plus de sens dans les ressources humaines, mais que les financements de start-ups dans ce secteur sont assez rares. Que ce soit en provenance des business angels qui ne veulent entendre parler que de recrutement ou des pouvoirs publics extrêmement timides sur la question. Pourtant, ça vient : « en 2015, a-t-il expliqué récemment, pour la première fois depuis le début des années 2000, plus de 10 startups RH ont levé simultanément des montants compris entre 1 à 3 millions d’euros (JobTeaser, EasyRecrue, Clustree, KeyCoopt, Talent IO, MyJobCompany, Monkey tie, Kudoz, Horizontal Software, Alcuin), et deux ont levé de plus de 25 millions d’Euros (Talentsoft, PeopleDoc)… La question du financement semble enfin trouver preneur, mais il s’agit d’un sujet sur lequel des enveloppes, publiques et privées, pourraient être débloquées très rapidement. Les enjeux du secteur sont colossaux, et cela va nécessairement de pair avec les gains potentiels ».

Mais si les capitaux se font encore attendre, c’est que les DRH ne sont pas forcément très à la pointe de l’innovation. « Depuis quatre ans, explique-t-il à L’Usine Digitale,  j’ai dû rencontrer 500 DRH et RRH. Ce que j’ai observé, c’est qu’il existe un gros écart entre la façon dont sont encore conçues les fiches de postes et la façon dont les salariés l’appréhendent. En caricaturant à peine, les RH font du copier-coller, alors qu’elles devraient s'interroger pour chaque poste disponible sur qui elles ont besoin pour ce poste précis dans cet environnement précis. Il y a un signe qui ne trompe pas : pour élaborer la fiche de poste, elles ne vont pas voir l’équipe opérationnelle. Or cela ne suffit plus. De cette manière on n’est plus en phase avec le marché. Les managers l’ont compris et ont changé de manière d’être avec leur équipe, tandis que les RH continuent comme avant. »

Pour lui, les directions des ressources humaines fonctionnent encore trop sur le clonage. « Regardez les offres d’emplois, avec la formule rituelle pour les postes de managers "grandes écoles ou profils équivalents".  Les DRH devraient se demander quelles sont leurs attentes par rapport au candidat, quelles compétences elles recherchent. C’est un enjeu majeur. Les RH doivent se demander ce qu’elles mettent derrière les codes sociaux. Il en va de la performance présente et à venir des entreprises ». Les référentiels de compétences quand ils existent dans les entreprises n’évoluent en fait que très peu, ils ne sont pas dynamiques  car «  fondamentalement, un métier est un assemblage de compétences. Si on voit peu de nouvelles compétences émerger, de nouveaux métiers apparaissent et se développent. Cela veut dire que de nouveaux assemblages de compétences émergent ».

Jeremi Lamri estime que les petites entreprises ne sont pas prêtes du tout et que chez les plus grandes, c’est très variable. «  Il y a un cap à franchir. Le gros enjeu qui attend les ressources humaines dans les années qui viennent est de repenser la valeur de l’humain dans l’entreprise. Les entreprises qui réussiront le mieux seront celles qui sauront discerner avec pertinence la place de l’humain et celles de machines et autres algorithmes… Les DRH français viennent du social. De plus en plus, ils vont travailler avec des spécialistes des algorithmes qui vont leur sortir des résultats… Les RH vont devoir apprendre à travailler avec les DRI, avec le marketing. Ils doivent appréhender les salariés et les candidats comme des consommateurs.

Sa société Monkey Tie en est un exemple. Il se présente comme le premier site de développement personnel et c’est une plateforme de recrutement affinitaire. Les offres d’emploi sont liées aux compétences et à la personnalité. En plus c’est totalement gratuit.

 AC