Les tycoons du net draguent la vieille Europe

Les patrons de Google, Paypal, Facebook et de Stanford étaient en tournée de promotion et de récolte de fonds en Europe. Sur l’innovation, la croissance et l’emploi, peu de bonnes nouvelles et même beaucoup de scepticisme.

Quand la Silicon Valley est en tournée de promotion dans la Vieille Europe, c’est calibré et spectaculaire comme  une tournée de Beyoncé, Jay-Z et Kanye West dans les grands stades. Du nouveau et tout jeune patron de Google, Sundar Pichai, en conférence à Sciences Po à Peter Thiel, fondateur de Paypal et présent dans toute la presse, en passant par Mark Zuckerberg pour le show Facebook à Barcelone et John Henessy, le président de l’université de Stanford où sont passés la quasi-totalité des tycoons du net, tous ont disserté sur l’inévitable triptyque innovation-croissance-emploi.

Le plus humble ? C’est le plus ancien. John Hennessy, le « parrain de la Silicon Valley » venu à Paris pour attirer « la nouvelle génération des leaders mondiaux » explique dans Le Monde que « le plus important, c’est vraiment de développer cette capacité de nos étudiants à apprendre dans de nouveaux domaines, que nous n’imaginons même pas aujourd’hui…. C’est le défi majeur. Notamment pour trouver un emploi. A mon époque, je savais que j’aurais trois ou quatre employeurs au maximum. Maintenant, les jeunes ne pensent plus en termes de carrière linéaire. Ils se projettent dans une multitude de carrières et travailleront pour dix ou quinze employeurs différents. Ils devront se remettre en question en permanence. Le monde va si vite que nous sommes d’ailleurs bien incapables de leur enseigner ce qu’ils devront savoir ne serait-ce que dans dix ans. »

Stanford innove constamment et apprend à ses étudiants à penser en dehors des cadres établis car « le défi, pour une entreprise, est de garder l’étincelle de l’innovation, notamment dans les grandes organisations. Google, par exemple, consacre beaucoup d’énergie à conserver cette agilité. Dans la Silicon Valley, les idées qui sortent de l’ordinaire jaillissent à chaque coin de rue. D’ailleurs, les universités devraient être ce lieu où les idées émergent en permanence, et elles devraient se réinventer en permanence. »

Le plus critique ? Peter Thiel  le fondateur de Paypal et co-créateur de Linkedin. Très grand sceptique : « on a fait des progrès grâce au logiciel, à internet ou au mobile. Mais cela n’a rien à voir avec les précédentes révolutions. La vie a plus changé entre 1870 et 1950 avec l’arrivée de l’automobile, de l’aéronautique que dans les quarante dernières années. Le smartphone ça distrait plus qu’autre chose. On ne voit pas les gains de productivité, de croissance…on peut toujours dire qu’il y a des problèmes de mesure, mais internet a vingt ans et aux Etats Unis les gens travaillent toujours sept heures par jour, cinq jours par semaine ». Peter Thiel, tenant de l’école libertarienne, est un apôtre de l’innovation et un pourfendeur de la régulation, mais, dans un très long et passionnant entretien avec Dominique Nora dans L’Obs, il prend ses distances : « Twitter est sûrement une bonne idée d’entreprise, valorisée 10 milliard de dollars en bourse… mais son concept n’est peut-être pas d’une grande utilité pour l’humanité. Plus généralement, l’innovation des quarante dernières années s’est trop cantonnée à un domaine étroit : micro-ordinateur, internet, logiciel, mobile. Mais rien de vraiment neuf sur le hardware, le transport, la santé, la biotech, l’énergie propre et bon marché, le voyage spatial, les cités sous-marines… Tous ces rêves que l’on avait dans les années 50 et 60 ». Ce diplômé de Stanford et émule de René Girard, vient de publier un livre et le credo de son fonds d’investissement est quelque peu désabusé : « nous voulions des voitures volantes, nous avons eu 140 caractères ». Le Monde analyse longuement son parcours intellectuel et Le Point le fait dialoguer avec Xavier Niel.

Le plus creux ? Sundar Pichai. En France au moment pile où le fisc annonce qu’il va demander 1,6 milliard à Google, le patron de Google n’a pas dit un seul mot intéressant devant les étudiants de Sciences Po et de l’intégralité de son intervention en ligne sur Numerama, rien à retenir si ce n’est un curieux éloge de la liberté de la presse en France ….

Le plus terrorisant ? Marc Zuckerberg, le fondateur de Facebook, en tournée de promotion à Barcelone et principal invité de show de Samsung. De son intervention, il reste une photo assez effrayante où il marche seul en tee shirt et baskets pour rejoindre l’estrade, et dans la salle tous les auditeurs le regardent dans des lunettes de réalité virtuelle : « une foule de journalistes aveugles, incapables de voir la réalité, se réfugiant dans le virtuel tandis que seul le fondateur de Facebook voit la scène : voilà une allégorie des plus frappantes, une vision digne de 1984, d'un despote omnipotent régnant sur un troupeau d'esclaves aussi connectés qu'aveugles » écrit Le Point

Jean Pierre Gonguet

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