Quel travail demain ?

Un emploi stable, des horaires déterminés, un employeur bien identifié…  En 2030, cette organisation du travail fera figure de préhistoire selon une étude prospective de France Stratégie.

La révolution numérique va-t-elle balayer les organisations du travail actuelles ? Dans une note parue en avril dernier, « Imaginer l’avenir du travail. Quatre types d’organisations du travail à l’horizon 2030 », France Stratégie se saisit du sujet et dessine les contours de l’entreprise du futur. « Des changements d’une ampleur inégalée s’annoncent, susceptibles de transformer notre réalité comme la révolution industrielle l’a fait en son temps », annonce sans embage Salima Benhamou, auteur de l’étude, pour qui « peu de changements sont susceptibles d’avoir autant d’impact que les évolutions en matière d’organisation du travail ». Et l’auteur prévient : « Selon qu’on les aura ignorées ou anticipées, elles pourraient remettre en question la stabilité sociale et politique ou permettre d’envisager un avenir réellement inclusif ».

Vers des organisations « apprenantes » ?

Pas de scenario choc, ni définitif. Salima Benhamou présente quatre hypothèses particulièrement étayées. « Ces différents scénarios ne sont pas exclusifs les uns des autres, prévient l’auteur : plusieurs types d’organisation continueront vraisemblablement de coexister, la question étant de déterminer leur poids respectif dans le tissu productif ». Le premier scénario, celui de « l’organisation apprenante » repose sur l’intuition qu’une grande partie des entreprises à l’organisation simple (autonomie faible des travailleurs, tâches répétitives…) pourraient, grâce aux progrès technologiques évoluer vers un modèle « apprenant » où les salariés apprennent en continu, disposent d’une forte autonomie et utilisent la technologie comme un outil d’amélioration du contenu du travail et des process de production. Déjà très répandu dans les pays scandinaves, ce modèle pourrait trouver à s’appliquer efficacement aux services à la personne notamment. Ainsi, des métiers à faible valeur ajoutée pourraient devenir essentiels pour collecter et transmettre des informations aux organisations de santé.

Deuxième scénario : la plateforme collaborative virtuelle. Celle-ci repose sur un système informatique qui « met à la disposition des travailleurs des ressources et des outils pour faciliter le travail en commun et à distance ». Ce modèle s’imposerait à de nombreux secteurs d’activité à forte valeur ajoutée qui réduiraient leurs coûts en infrastructures, en acquisition de compétences ou en collecte d’information, en éclatant leurs différents services (recherche et développement, marketing, management…), voire en externaliseraient certaines parties, à l’image de Lego ou encore Nike qui fonctionne déjà sur ce modèle.

Possible mais pas inéluctable

Beaucoup moins rassurants, les deux derniers modèles menaceraient à terme la cohésion sociale et fragiliseraient davantage encore les travailleurs. Appuyé sur des réseaux de communication très rapides, le scénario du « super-interim », ultra flexible, se généraliserait dans des secteurs connaissant des pics de demande de courte durée. « Dans une même journée, une personne ferait deux heures de jardinage le matin chez un premier employeur, puis deux heures de services dans un restaurant pour un second employeur, puis une heure de taxi, et ainsi de suite », note Salima Benhamou. Ce scénario conduirait à la disparition du salariat puisque « chaque individu serait sa propre entreprise sous-traitante et vendrait sa force de travail sur les plateformes ».

Enfin, le dernier modèle du « taylorisme new age » n’est plus la plateforme de services de type super-intérim mais une plateforme de « production ». Depuis chez elle, de « petites mains se connectent pour réaliser des micro-tâches que les logiciels les plus perfectionnés n’arrivent pas à accomplir », comme identifier des objets sur images, traduire des fragments de texte, classer des images par catégories, à l’image du site mechanical Turk, filiale d’Amazon, créé en 2005. « Si ce modèle venait à se généraliser, avertit Salima Benhamou, on assisterait au développement d’un sous-prolétariat rappelant le XIXème siècle. ». Mais l’auteur nous rassure : rien n’est joué !

N.S.

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