Recherche d'emploi : et si on lisait les commentaires

TripAdvisor, Airbnb, La Fourchette... Ces sites internet, devenus des références, fonctionnent sur la réputation fondée sur les commentaires et avis des utilisateurs. Dans le domaine de l'emploi aussi, des sites fonctionnant sur le même système fleurissent, pour donner aux futurs candidats une vision plus concrète de l'entreprise. 

Trouver un emploi, se renseigner sur l'entreprise, sur le salaire moyen pour un poste défini ou savoir comment se déroule le processus de recrutement, tels sont les services proposés par des sites spécialisés dans la notation des groupes par les salariés eux-mêmes.

Si le site de l'entreprise apporte les éléments institutionnels, ces plateformes fournissent des données plus concrètes sur la vie en interne et relatent le vécu des salariés. Ils s'appellent Glassdoor, meilleures-entreprises.com ou encore Bizmark. Tous permettent aux salariés, anciens salariés et stagiaires d'évaluer leurs groupes, selon différents critères.

« Le système repose sur des questionnaires, vus comme des modèles d'analyse, permettant à la personne de décrire comment elle se sent dans l'entreprise plutôt que d'émettre une note sur celle-ci » précise le fondateur de meilleures-entreprises.com, Laurent Labbé. L'objectif n'est pas de laisser prospérer aigreurs et revendications. Le fondateur milite pour une « action responsable » et une « critique constructive » à l'égard de l’entreprise.

Une aide pour le candidat

À l'origine, ce site, qui compte 200 groupes français, dont la moitié du CAC40, a été conçu pour les candidats. Laurent Labbé, ancien salarié des ressources humaines de L'Oréal, avait un double objectif : mettre à disposition des candidats des informations authentiques sur la manière dont la vie se passait dans l'entreprise et proposer un système transparent et modéré.

« Notre mission consiste à aider les gens partout dans le monde à trouver le travail et l’entreprise de leur rêve, précise Diarmiud Russel, Head of International chez Glassdoor, qui a lancé la version française du site en 2014 et compte 5 000 entreprises enregistrées. Nous partageons avec les chercheurs d’emploi les informations qui vont leur permettre de prendre la meilleure décision au sujet de leur futur poste. »

C'est dans la même optique que Viadeo a intégré dans son réseau social un système de commentaires et de notation de la vie en entreprise. « Nous proposons aux personnes ayant un profil chez nous une grille de critères auxquels elles peuvent répondre, mais elles peuvent aussi s'exprimer librement » assure Alexandre Roucher, directeur produit chez Viadeo. Pour lui, rien de choquant à émettre des notations et des commentaires sur les groupes. « Tout est noté et commenté aujourd'hui, alors pourquoi pas l'emploi et les entreprises ? »

Favorable à la marque employeur

Selon Laurent Labbé, ces systèmes permettent aux candidats d'arriver à un entretien avec le « CV de l'entreprise », afin de pouvoir échanger de manière plus fluide et plus intéressante sur le poste souhaité, et plus globalement sur l'entreprise. « Les candidats peuvent se faire un avis sur l'entreprise et voir plus facilement comment ils pourraient évoluer en son sein", précise-t-il.

Si le système de notation par les salariés n'est pas nouveau, il gagne en influence, car il est désormais repris par des plateformes à forte visibilité, comme Viadeo ou Facebook, assure Jacques Digout, professeur à la Toulouse Business School. « Grâce à l'algorithme de Google, qui donne de plus en plus de poids aux avis des consommateurs, n'importe qui, en tapant le nom d'une entreprise, peut tomber sur ces commentaires. »

Cette tendance profite à l'entreprise, en participant au développement de sa marque employeur. « Les départements RH, à leur tour, ont la possibilité de comprendre comment leur société est perçue de l’extérieur » constate Diarmiud Russel. L'entreprise y trouve son intérêt, notamment à travers les notes et commentaires positifs sur elle. Selon le responsable de Glassdoor, deux tiers des avis sont d'ailleurs souvent neutres ou positifs.

Initialement, les entreprises voyaient dans ce système de notation l’expression d’une hostilité. Mais les mentalités ont changé, assure Laurent Labbé. « Elles savent dorénavant qu'il existe des évaluations partout sur la Toile. Elles préfèrent pouvoir les gérer de manière responsable via un site comme le nôtre. » Car ce type de sites assure une modération et évite tout propos injurieux ou tout abus. « Nous vérifions que ce sont bien des salariés ou des stagiaires qui ont déjà travaillé dans les entreprises, grâce à un contrôle assidu des inscriptions sur notre site, qui s'effectuent à travers les comptes LinkedIn, Google ou Facebook, ou via l'adresse mail de la personne » explique-t-il. De même, l'anonymat est clairement respecté.

Des salariés ambassadeurs

« Il n'y a aucune raison de craindre ce système de notation, nous ne faisons que donner des informations réelles sur l'entreprise » affirme Diarmiud Russel. Héloise Lemeillet, associée du cabinet Althéa, qui publie chaque année un indicateur digital de l'engagement et de l'activité RH des sociétés du CAC40, renchérit : « Les entreprises savent qu'elles n'ont plus vraiment le choix, car tout le monde se met à la notation. Mais pour l'instant, elles tâtonnent et ne savent pas comment s'en servir. »

Certaines structures clientes de ces sites prennent elles-mêmes l'initiative de donner la parole à leurs salariés, en leur adressant le questionnaire fourni par le site de notation. Le résultat est surprenant : « plus les entreprises jouent le jeu de la confiance avec leurs salariés et les interrogent, en les laissant libres de leurs propos, plus la note et les avis sont positifs » constate Laurent Labbé. Deezer, L'Oréal ou St Gobain s'appuient sur cette politique de « Happy at work » pour améliorer leur crédibilité. Une vision partagée par Jacques Digout : « plus c'est l'entreprise qui parle, moins elle est crue. Plus ce sont les autres qui parlent d'elle, plus ils sont crus. »

Chez Orange, Éric Barilland, Directeur de l’image employeur et du campus management du groupe, le reconnait ouvertement. « On s'intéresse beaucoup au contact direct avec le candidat potentiel, et les salariés du groupe sont les plus à même pour parler du quotidien dans l'entreprise sur des sites de notation ou sur les réseaux sociaux comme Viadeo ou LinkedIn. Et ce, même si les avis sont mitigés. »

Malgré tout, « la valeur probante de ces notes n'est pas prouvée statistiquement, Parfois, certaines entreprises de plus de 1000 salariés ne dénombrent que quatre avis. Ce n'est pas assez pour se faire une vraie idée de l'entreprise. »

Selon Héloise Lemeillet, « ce sont surtout les commentaires qui ont leur importance, comme sur TripAdvisor. D'ailleurs, la fourchette de notation est très souvent étroite, avec des notes entre 3 et 4 sur 5. » De grandes entreprises, à l'instar de Carrefour ou d'EDF, gèrent en interne l'impact des commentaires, en proposant à certains salariés de devenir leurs ambassadeurs. Principaux porte-parole de la marque, ils donnent leurs avis sur différents sites et réseaux sociaux.

Accepter la réalité

« Les entreprises incitent les salariés ambassadeurs à parler du groupe de manière positive sur les réseaux sociaux, assure Héloïse Lemeillet. De manière subliminale et indirecte via des programmes d’acculturation au digital pour l’ensemble des salariés ou plus directement avec un accompagnement spécifique sur une communauté choisie d’ambassadeurs. »  Une façon de contrôler en partie les messages diffusés ? Aucun ne le reconnait explicitement, mais tous arguent de leur volonté d'apporter des contenus enrichis aux futurs candidats.

Pour Frédéric Mischler, spécialiste en ressources humaines, ces entreprises ont raison de s'appuyer sur une approche collaborative, plutôt que de jouer la politique de l'autruche et de dire que tout va bien. « Elles accusent réception de la réalité et travaille avec, assure-t-il. Il est plus intéressant de communiquer sur une réalité, plutôt que de vouloir censurer les salariés. »

Selon Diarmiud Russel, 69% des chercheurs d’emploi sont plus enclins à présenter leur candidature auprès d’un employeur qui a une démarche active sur sa marque employeur, par exemple en répondant aux commentaires : « Il est important que la voix de l'entreprise soit entendue». Comme les candidats eux-mêmes, chaque entreprise a ses forces et ses faiblesses. « Les entreprises gagnent en humilité. Elles acceptent le monde comme il est, cela rassure le candidat. Les candidats peuvent alors se dire qu'ils seront plus entendus, car ils postulent pour une entreprise qui cherche à s'améliorer» conclut Laurent Labbé.

Barbara Leblanc

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