Vers une explosion du coworking

Une tendance forte se dessine : les espaces de coworking se multiplient, deviennent de plus en plus hybrides et rassemblent aussi bien start uppeurs, salariés de grand groupe ou indépendants. Mais essentiellement dans le cœur des métropoles.

Sept français sur dix estiment crédible la fin des horaires fixes de travail, un sur deux estime crédible la fin du CDI, et 1 sur 4 va jusqu’à prophétiser la fin du salariat. Ce sont les principales leçons d’un sondage CSA réalisé pour le spécialiste de l’immobilier d’entreprises JLL (1).

Surtout le sondage vaut pour ce que les français attendent du travail du futur : ils sont à peu près d’accord pour pronostiquer la fin de bureau. 58% d’entre eux considèrent que, demain, la fonction première du bureau sera de favoriser le travail collaboratif. 53% y voient un lieu d’échange et de partage. JLL estime que dans « un environnement concurrentiel de plus en plus volatile » les entreprises vont devoir « réinventer la mission du bureau (qui) deviendra un booster de co-création et d’innovation » et repenser l’expérience de travail, en misant sur le « workplace as a service » une sorte d’entreprise « à la demande », dans laquelle les collaborateurs piocheront, en fonction de leurs « préférences et leurs envies ». Certes, pour une majorité de travailleurs, le sentiment de précarisation et d’insécurité domine, mais 39% des travailleurs se déclarent confiants et souhaitent ces transformations, qu’ils perçoivent comme une meilleure adaptation aux préférences de chacun.

La fin du bureau traditionnel

Ces évolutions sont particulièrement portées par la génération Y/Z qui nourrit des attentes très fortes en matière d’environnement de travail avec plus de liberté et de souplesse dans son quotidien. « Beaucoup de jeunes se projettent dans un univers de multi-activités, se voyant endosser différents rôles dans leur entreprise, ou offrir leurs services à plusieurs employeurs, sans être liés à un métier ni à un patron unique, comme leurs aînés ont pu le concevoir ».  D’ici 2030 vont émerger de nouveaux formats organisationnels avec une généralisation du travail en mode projet, « qui s’appuiera sur le recours à une force de travail surmesure, hyperspécialisée et flexible. Cela passera par la contractualisation de prestations avec des freelances, des consultants, des salariés temporaires, ou le recours au crowdsourcing, qui offrira l’accès à des compétences pointues non détenues en interne ».

Sur ces questions, les travailleurs indépendants se distinguent encore, révélant un vrai plébiscite du travail flexible, qui résonne avec le modèle qu’ils ont aujourd’hui choisi pour leur travail. De façon très révélatrice, cette population présente d’ailleurs un profil motivationnel très singulier : les indépendants désignent comme prioritaire leur besoin de challenge intellectuel, à 52% ; tandis que les travailleurs salariés positionnent en première position l’équilibre de vie, à 48%. On comprend dès lors le pouvoir d’attraction, auprès de cette première population, d’un mode d’organisation qui leur offre le luxe de choisir leurs missions !

Des lieux de plus en plus hybrides

« Nous devons arrêter de penser que les personnes travaillent pour les entreprises, et commencer à imaginer des entreprises qui travaillent pour les gens » a récemment lancé Tim O Reilly l’un des gourous de la Silicon Valley, théoricien du web 2.0 et de l’état plateforme (2). Et l’évolution récente des lieux de coworking en Ile-de-France lui donne un peu raison : selon l’ORIE (Observatoire Régional de l’Immobilier), le coworking n’est plus ce qu’il était (3). Est en train de naitre « une nouvelle génération de bureaux équipés avec des durées d’engagement réduites… accueillant tous types de travailleurs, de l’indépendant au salarié de grand groupe, et visant à encourager l’échange d’expertise et la réalisation d’affaires à travers d’une part, l’aménagement d’espaces de travail et de loisirs partagés, et d’autre part, l’existence d’une communauté, animée par un personnel et des outils digitaux (plateforme numérique, réseau social interne…). Ces locaux présentent une grande diversité d’espaces de travail (bureaux fermés et collectifs, espaces communs, lobby…) et de sociabilité (cuisine, bar, salle de sieste, salle de jeux, de musique…) ».

Mieux, les entreprises ouvrent leurs locaux à des start ups, expérimentent le coworking au sein de laboratoires dédiés, ou réaménagent leurs locaux sur le modèle du coworking. Mais, si ces lieux se développent, c’est surtout à Paris. L’Institut d’Aménagement et d’Urbanisme d’Ile de France a en effet constaté leur explosion, mais au cœur même de la métropole (4) : 620 actuellement dans Paris (et un peu dans les Hauts-de-Seine) qui sont de plus en plus des lieux hybrides, à la fois espaces de coworking, incubateur et lieu de prototypage.

En tout cas ces lieux explosent : plus de 70 000 m2 d’espaces de coworking ouvriront en 2017 à Paris, soit à peu près la même superficie qui celle ouverte sur la capitale et sa proche couronne au cours de ces cinq dernières années (5). En seulement deux ans, selon le cabinet Arthur Lloyd, c’est un bond de 167% des espaces de coworking sur la seule région parisienne.

 

1 http://humanexperience.jll/fr/

2 http://abonnes.lemonde.fr/trajectoires-digitales/article/2017/06/12/plus-agile-plus-liquide-le-travail-reinvente_5143021_4887831.html

3 http://www.orie.asso.fr/actualite/etude-coworking-est-consultable-ligne

4 https://www.iau-idf.fr/fileadmin/NewEtudes/Etude_1284/ModesTravail_enjeuxMobilite.pdf

5 https://www.maddyness.com/entrepreneurs/2017/07/17/infographie-bond-de-900-cinq-ans-espaces-de-coworking-rien-paris/

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