Voyages dans l’insertion innovante

L’institut de l’Entreprise a demandé à une journaliste de réaliser un tour de France des expériences les plus innovantes pour l’insertion des jeunes éloignés du travail. Six écoles avec six méthodes, un livre et des reportages en diffusion gratuite.

Anne Tézenas du Montcel a réalisé pour l’Institut de l’entreprise un tour de France des écoles innovantes qui se sont mises en tête d’accompagner des jeunes éloignés, très éloignés, de l’emploi mais avec des taux d’insertion en général très élevés. Six d’entre elles avec des méthodes d’insertion un peu différentes chaque fois sont particulièrement étudiées à la fois dans un livre gratuit et une série de reportages en diffusion libre de droits.

Certaines commencent à être connues du grand public, comme l’Ecole 42, fondée par Xavier Niel. D’autres initiatives le sont moins, comme celle de Gorge de Loup, une école de production près de Lyon, ou celle de « P.A.R.I Jeunes », une poignée de coaches à l’ombre d’un groupe d’insertion par l’économique. Il y a aussi « 100 Chances 100 Emplois », une association qui mobilise des bénévoles venus des entreprises et des acteurs publics de l’emploi dans vingt-neuf bassins d’emploi ou NQT (Nos Quartiers ont des talents), une association qui crée des tandems jeunes des quartiers prioritaires et parrains issus des entreprises. Certaines travaillent sur les obstacles au recrutement, vont chercher les jeunes les plus éloignés de l’emploi ou des diplômés Bac +5 « égarés ». PARI Jeunes et Nos quartiers ont des Talents, experts du parrainage de jeunes par des professionnels, affichent des taux de 70% d’insertion dans les six mois.

D’autres incarnent les espoirs liés à de nouvelles formes de pédagogie et travaillent au plus près du rythme du jeune, que ce soit derrière l’établi à l’école de production Gorge de Loup, ou les écrans de l’École 42 et d’OpenClassrooms : « trois propositions de CDI attendent chaque élève de Gorge de Loup à leur sortie. 100% de succès donc, explique Anne Tézenas du Montcel. À l’École 42, à Paris, 2 000 étudiants sur 3 500 en cours de formation ont déjà un CDI. Un quart de créateurs d’entreprise naissent au bout du parcours. Quant à OpenClassrooms, qui propose depuis mai dernier 44 parcours diplômants pour autant de fonctions touchées par la transformation digitale, ses dirigeants ont décidé, au vu du taux d’insertion de 100% de ses quatre premiers parcours diplômants, de rembourser leurs formations aux jeunes, comme aux adultes, si elles ne déclenchaient pas l’obtention d’un emploi dans les six mois ». 

L’idée de l’Institut de l’Entreprise est que « leur façon de faire inspire des actions à plus grande échelle pour remettre en selle les quelque 900 000 jeunes Français sortis des radars de l’emploi, de l’école et de la formation professionnelle, et donc sortis des radars de la société, et les très nombreux jeunes, diplômés ou non, qui n’ont pas de travail. » Comme le dit fort Laurence Serrano, responsable du service Jeunesse de la mairie de Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis, partenaire de 100 Chances 100 Emplois, « un jeune n’est pas fragile parce qu’il est jeune, il est fragile parce qu’il est en construction. » C’est à cette construction-là que participent les écoles recensées dans le livre et les films : elles rendent la confiance aux jeunes en leur faisant confiance, elles élargissent leurs compétences en partant de leurs vécus et elles l’arriment par tous moyens à l’entreprise.

Les six cas étudiés ne sont pas les seuls. D’autres existent :  Simplon, Webforce3 et de nombreuses autres sur le numérique, les Compagnons du Devoir en pleine réinvention, la MIJEC dans le cadre de l’enseignement catholique, le travail de grande ampleur mené dans le cadre militaire des Epides, les associations Frateli, Passeport Avenir, FACE, Mozaïk RH, Sport dans la Ville, l’AFMae sur les métiers de l’aérien, les Geiq (Groupement d’employeurs pour l’Insertion et la Qualification) sur les bassins d’emploi, des initiatives plus pointues comme la GNIAC (Groupement National des Initiatives et Acteurs Citoyens) en Seine-Saint-Denis, les Cravates solidaires, Jeunes d’avenirs et tant d’autres. « La France fourmille de démarches de ce genre, plutôt bottom-up que top-down » écrit Anne Tézenas du Montcel.