Webséries et emploi font bon ménage

Le succès des séries TV ne se dément pas. Les webséries, ces formats courts diffusés sur la Toile, rencontrent une réussite comparable et permettent d'évoquer avec légèreté des sujets sérieux, comme l'emploi. 

Shannon Renaudeau n'imaginait pas un tel succès. Diffusée à partir de septembre 2015, sa websérie Jeune diplômée a dépassé le million et demi de vues sur Internet. Un succès qui lui a permis d'être contactée par TF1, de passer un partenariat avec la chaîne et d'être désormais référencée sur la plateforme numérique de la chaîne.  « Au départ, je voulais simplement réaliser une websérie qui parlerait à ma génération, à mes copains » explique la jeune femme.

Jeune diplômée raconte les problèmes d'une jeune femme fraichement diplômée à la recherche de son premier emploi. « Je me suis inspirée du blog d'une amie, qui nous racontait ses galères et qui poussait des coups de gueule, précise-t-elle. C'était drôle et ça me parlait. » Les deux amies s'inspirent de leurs expériences et de celles de leur entourage, écrivent les textes ensemble, trouvent une comédienne, enregistrent une quinzaine d'épisodes et lancent la série pour la rentrée des jeunes diplômés justement.

Un atout dans le CV

Leur volonté ? « Nous ne voulions pas faire un tuto pour faire une bonne recherche d'emploi, mais montrer aux gens de la génération Y que nous étions tous dans la même galère, tous confrontés aux mêmes problèmes, mais que nous sommes une génération de la débrouille.» Avec le succès, la série parle aussi aux parents, qu'elles ont impliqués dans les épisodes. « Certains parents me disent : je retrouve ma fille dans votre série », explique  Shannon Renaudeau. Une seconde saison est déjà en cours de réflexion. Elle n'est pas la seule à avoir eu l'idée de la websérie. Ils sont nombreux comme elle à utiliser ce format court sur Internet. Avec parfois des objectifs précis en tête.

Lorsqu'il s'est lancé dans la réalisation de Premier emploi, sa websérie lancée en 2011, Jonathan Bourrat est jeune diplômé en marketing et passionné de cinéma. « J'avais vu qu'on pouvait lancer une websérie avec peu de moyens à l'époque, explique-t-il. Je voulais faire un coup double : réaliser une websérie et en même temps essayer de faire du buzz pour m'aider dans ma recherche d'emploi.»

Car la websérie peut aussi se transformer en véritable atout dans sa propre recherche d'emploi. « J'avais mis la websérie en avant dans mon CV, précise-t-il, mais aussi la gestion de projet, d'équipe, la rédaction de communiqués de presse, la gestion des réseaux sociaux, la réalisation de la revue de presse, et toute la partie relationnelle...Tout ce que j'avais dû faire pour promouvoir ma websérie. »

Joël Bassaget, conseiller en nouveaux médias, scénariste et auteur du blog Web séries Mag le confirme : « la websérie peut amener à l'emploi, assure-t-il. Si on montre à un employeur qu'on peut organiser une équipe autour d'une websérie, on lui montre qu'on sait mener à bien un projet complexe, et c'est un réel atout. » Le sujet de l’emploi est largement abordé à travers ce type de formats. « C’est la deuxième thématique la plus évoquée dans les webséries après les relations de couple », assure-t-il.

L’emploi dans tous ses états

« L'emploi est un sujet qui touche tout le monde. Tout le monde a déjà passé un, voire des dizaines d'entretiens pour une école ou un emploi » explique Marc-Antoine Bonniez, réalisateur de la websérie Contre emploi. Diffusée en 2012, elle met en scène sur un ton humoristique des personnes qui postulent pour des postes en inadéquation avec leur profil. Au-delà de la recherche d'emploi, la parité au travail, la préparation d'entretiens ou le handicap en entreprise sont autant de sujets qui donnent lieu à un traitement sous forme de webséries, souvent sur le mode de l’humour.

Tous ont en tête les célèbres formats courts Caméra Café ou Kaamelott. C'est dans cette optique que Marc-Antoine Bonniez propose son concept aux chaînes de télévision. On lui répond que le sujet de Contre emploi est « trop anxiogène pour la case horaire des séries courtes. » Il décide alors de le lancer sur Internet « qui n'allait pas m'embêter et je pourrai ainsi diffuser mon projet. »

Naissent ainsi sur la Toile un chanteur guitariste voulant devenir poissonnier ou un geek qui postule pour travailler comme lecteur dans une maison de retraite. Sa websérie a été plusieurs fois récompensée dans des festivals, mais n'a pas rencontré un grand succès public, car « nous étions au début et il n'y avait pas encore les réseaux sociaux. »

Les entreprises aussi

Les entreprises aussi ont recours à ce format sur Internet. Generali l'a utilisé pour sensibiliser ses équipes et le public au handicap. Après deux premières campagnes menées sous forme de pièce de théâtre et sitcom, la mission handicap a choisi la websérie, tournée avec une trentaine de collaborateurs. « Nous voulions aborder à nouveau le sujet sous un format original et impliquant le salarié », précise Florence Déchelette, Responsable Emploi et Diversité, notamment chargée du Pôle d’Insertion des Travailleurs Handicapés chez Generali.

Le concept de Ça handi long repose sur un découpage en deux scénarios, qui proposent au salarié ou à l'internaute « une expérience dont il est le héros. » L'objectif de l'assureur : appréhender la réalité du handicap dans l'entreprise afin de casser les barrières, et recourir à un ton différent de celui d'une communication institutionnelle traditionnelle. « Le ton décalé a interpellé les collaborateurs, et le fonctionnement de la websérie, sans jugement d'autrui, a permis au salarié de s'approprier le sujet, les principaux messages sur le handicap sont passés », assure Florence Déchelette.

La websérie a aussi permis à l'entreprise de communiquer en externe sur sa gestion du handicap en interne. Mais, selon Joël Bassaget, l'utilisation de la websérie par les entreprises n'est pas toujours efficace. « La plupart des entreprises l'emploient pour promouvoir leurs valeurs, précise-t-il. Dans ce cas la websérie est souvent vue comme une publicité. »

Un aspect du monde du travail

De son côté, l'École Normale Supérieure (ENS)a lancé en novembre 2015 une websérie de six épisodes, destinée à inciter les étudiantes à investir les filières d'avenir et à tenter sans crainte le concours. Une manière pour l'école d'attirer des profils féminins, manquant cruellement au sein de la prestigieuse institution. La websérie se veut plus académique : on y voit réunis autour d'une table des étudiants et étudiantes de l'école discuter de la place des femmes dans la communauté scientifique.

La CFDT vient elle aussi de lancer une websérie Ma vie de cheminot, grâce à l'aide de Jonathan Bourrat. Constituée de six épisodes, elle traite de problèmes auxquels peuvent être confrontés les employés, comme la garde des enfants, les chèques déjeuner ou encore les transports. Le tout étant d'aboutir à une meilleure prise en compte de ces éléments par l'employeur.

Chacun utilise la websérie pour évoquer un aspect du monde du travail. En France, la plupart se concentrent sur l'entretien d'embauche et sa préparation. Aux États-Unis, les webséries relatent plutôt le premier emploi et les petits emplois sous-payés. En Espagne, elles critiquent amèrement le recrutement, et pointent les difficultés à trouver du travail, notamment en période de crise.

Barbara Leblanc

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