La France n’est pas adaptée à la mobilité internationale des talents

Il ne sert à rien économiquement de freiner l’exode des talents français, il vaut mieux rendre la France plus attractive pour l’immigration des talents étrangers. Le Conseil d’Analyse Economique met en garde sur l’inadaptation française à la mobilité des personnes qualifiées.

« La France forme-t-elle des cerveaux à perte ? » Constant qu’entre  3,3 et 3,5  millions de personnes nées en France vivent à l’étranger, que ces personnes ont majoritairement entre 25 et 55 ans, donc d’âge actif, et qu’elles sont en moyenne plus qualifiées que les résidents en France, deux économistes, Cecilia Garcia-Penalosa et Etienne Wasmer, ont essayé de savoir précisément si la France était en train de vivre un exode de ses cerveaux. Ne serait-ce que pour essayer de mettre un terme aux polémiques qui, il y a deux ans, avaient germé après la publication d’un rapport particulièrement catastrophiste de la Chambre de commerce d’Ile de France. La réponse est en fait très compliquée car l’appareil statistique français n’est pas assez équipé pour mesurer ces flux migratoires. Ce que l’on sait, c’est que le phénomène est deux fois moins fort en France qu’en Allemagne ou quatre fois moins qu’en Grande Bretagne. Pourtant, il s’amplifie d’année en année. Cet exode des personnes qualifiées est aujourd’hui largement compensé par une immigration de personnes qualifiées, des immigrés qui ont néanmoins des qualifications moins fortes que celles des émigrés. Quand on rentre dans les détails, « il semble que, finalement, la France perde plus de «  talents  » qu’elle n’en reçoive, même si l’impact sur la productivité est difficile à évaluer ».

Cecilia Garcia-Penalosa et Etienne Wasmer vont plus loin dans l’analyse et montrent les véritables défauts dans la gestion de la mobilité internationale des talents. Premier constat : la France retient beaucoup moins que tous les autres pays les étudiants qui viennent y faire leurs études. Tout se mêle : une politique de visas plus restrictive que dans les pays anglo saxons, de faibles embauches dans les universités françaises pour les étudiants étrangers et des conditions fiscales moins favorables en France qu’ailleurs pour les innovateurs, le taux marginal supérieur de l’impôt sur le revenu jouant un rôle essentiel dans les choix de localisation. Globalement même « si le taux de chômage pour les diplômés est relativement faible, les perspectives d’évolution de carrière sont moins intéressantes en France que dans d’autres pays ». Deuxième constat : le système français gratuit dans le primaire et le secondaire et quasi-gratuité dans une grande partie des établissements d’enseignement supérieur se combinant à un système de santé public à couverture large fait que « le parcours optimal pour un individu mobile serait de se former en France, de partir à l’étranger pour démarrer une carrière de haut niveau, puis de rentrer en France à l’âge où il faut payer les études pour ses enfants ou se soigner. Ainsi, les États risquent de financer des dépenses d’éducation pour des individus que ne contribueront pas à la croissance nationale, ou des dépenses de santé pour ceux qui, quand ils étaient bien portants, ont peu contribué par leurs impôts et cotisations au système social. » Dit autrement le financement du service public de l’enseignement risque d’être un jour en difficulté si la France ne s’adapte pas à la mobilité internationale.

Troisième constat : le système de retraites français est très difficilement portable à l’étranger et les retraites complémentaires liées aux professions ne le sont absolument pas. En clair en France un immigré va cotiser beaucoup pour ne pas retirer grand-chose alors que dans d’autres pays il cotisera peu mais aura des fonds de pension qui eux ont réglé la question de la portabilité. Les conditions de la portabilité et la prévisibilité limitées des retraites françaises sont un obstacle pour l’accueil de « talents ».

Cecilia Garcia-Penalosa et Etienne Wasmer  en déduisent qu’il faut « rendre le système fiscal et social cohérent avec la mobilité internationale croissante des qualifiés » et présentent une série de recommandations sur le financement de l’enseignement supérieur et une meilleure coordination au niveau européen l’intervention publique, sur les retraites et leur portabilité et la manière de développer des « stratégies qui attirent les hauts potentiels par des conditions d’accueil améliorées, des dispositifs simples et lisibles accompagnés d’une qualité de service, des opportunités scientifiques ou entrepreneuriales ». Et ils vont à rebours de ceux qui pensent que la situation est catastrophique et à l’inverse d’eux estiment qu’il « serait contre-productif de décourager la mobilité sortante : les départs contribuent à créer des liens commerciaux et intellectuels, et les retours éventuels seront très bénéfiques pour notre pays ».

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