Le numérique, défi pour les Services de l’emploi publics

Les 30 septembre et 1er octobre, les Services Publics de l’Emploi (SPE) européens se sont réunis autour des défis qui les attendent d’ici à 2020. Profilage des compétences, relations aux employeurs, mais aussi et surtout le numérique, cet outil désormais incontournable.

Devant un marché du travail en berne et un chômage de masse, les services publics de l’emploi (SPE) ont du pain sur la planche ! Aucun pays européen n’est épargné par la crise, même si la situation varie selon l’endroit où l’on pose son regard. Si les pays nordiques semblent mieux se tirer d’affaire que les pays latins, l’ensemble de la zone euro est confrontée à la problématique du chômage des jeunes : 18 % en Belgique, 21 % en Suède, et près de 50% en Grèce.

 « Depuis déjà quelques années, les entrants sur le marché du travail sont des enfants nés dans l’ère du numérique », indique Fons Leroy, directeur général du VDAB, le SPE flamand de la Belgique. Impossible pour les SPE de fonctionner hors de leur monde ultra connecté. La multitude d’opportunités qu’offre le numérique permet d’envisager à l’infini la création de nouveaux services.

Les SPE européens rivalisent pour imaginer leur devenir en écriture numérique. C’est notamment de ce sujet qu’ils doivent débattre fin septembre 2015, lors d’une table-ronde organisée par l’Association Mondiale des Services de l’Emploi Publics (AmSEP), à Bruxelles, dont la France assure la vice-présidence pour la région Europe.

Priorité au numérique, pas au tout numérique

Le numérique permet la dématérialisation des relations. Alors, doit-on supprimer l’accueil physique au profit d’une gestion en tout numérique ? Si cette possibilité fait partie des réflexions menées, elle est néanmoins vite écartée au profit d’un accueil multicanal : « Je crois qu’il faut mettre le digital en premier, mais pas du « tout digital », déclare Fons Leroy. Il faut pouvoir préserver un accueil sur rendez-vous d’une part, mais aussi en continu pour le service de proximité ».

Sans cela, le risque est grand d’exclure une partie de la population pour qui l’utilisation du web reste marginale. Un risque qui pourrait être minimisé en France, au vu du projet de loi préparé par Axelle Lemaire, secrétaire d’Etat chargée du numérique : un avant-projet dévoilé par  le site Next Inpact (et dont la version définitive devait être publiée le 26 SPEtembre), indique que les fournisseurs d’accès à Internet devront assurer le maintien d’une connexion minimale, même en cas d’impayé.

La force des algorithmes

« Il n’y a pas de modèle unique en matière de bonnes pratiques », remarque Annie Gauvin, directrice des affaires et relations internationales de Pôle Emploi, qui défend les échanges d’idées entre les SPE européens et la coopération, comme c’est le cas sur un projet porté par le VDAB. Celui-ci entend développer un système de recherche d’emploi en adéquation avec les compétences du demandeur d’emploi. « C’est un algorithme qui inclut un diagnostic sur la situation du demandeur d’emploi. Le VDAB a embarqué dans l’aventure quelques SPE Européens », poursuit Annie Gauvin.

Autre enjeu du numérique que les SPE regardent de près : la valorisation des données dont regorgent leurs bases.  « Nous devons faire quelque chose de cette énorme data que nous avons ! », affirme Fons Leroy. Et pour ce faire, il regarde du côté du secteur privé, plus précisément en direction des GAFA (Google Apple Facebook et Amazon), ces champions des nouvelles technologies.

Les SPE penseraient-ils à vendre des fichiers regorgeant de données personnelles ? Pas du tout, répond le directeur général du VDAB. Son service travaille sur le développement d’une grosse base de données et sur un algorithme, qui, à la manière des géants du web californien, suggère à l’internaute de réaliser une action en fonction de ses recherches précédentes.

Guide de bonnes pratiques

« Chez Amazon, on vous suggère un achat, mais nous, plutôt qu’une publicité nous pourrions nous servir de nos bases de données pour proposer des offres d’emploi, en fonction des critères que notre utilisateur a déjà rentrés dans nos plates-formes », explique Fons Leroy. Il a la certitude que ce genre d’approche pourrait fonctionner, à condition de veiller à la sauvegarde des données personnelles. Il part d’ailleurs dans la Silicon Valley travailler au traitement des données afin de mettre en place un tel projet.

Si l’approche commune européenne n’est pas encore de mise, pour des raisons culturelles, de législations différentes, mais aussi à cause de la nécessité de proximité locale entre les agences et les usagers, la coopération se fait de manière assez fluide. « Dans ma journée, une très grosse partie de mon temps est réservée aux échanges avec mes homologues européens : la France occupant la Vice-présidence de l’AmSPE, nous avons une vraie responsabilité sur ces sujets », indique Annie Gauvin. Et d’ailleurs, l’AmSPE, qui coordonne la réunion des SPE européens fin SPEtembre, entend mettre en place, à l’issue des tables rondes, un guide de bonnes pratiques à intégrer dans l’ensemble de leurs services.  

Amandine Ascensio