Le Smic après la crise

Récent ou non, le salaire minimum légal est un outil essentiel dans les politiques sociales des gouvernements. Encore faut-il l’adapter aux spécificités du marché du travail de chaque pays.

L’Allemagne vient de l’adopter, les Etats-Unis viennent d’en relever le niveau, la France s’interroge sur le sien. Post-crise, le SMIC revient au centre des réflexions de politique économique et sociale. Comme les inégalités croissent et les revenus stagnent, les gouvernements retrouvent des vertus à poser un minimum légal, un équivalent du SMIC français,  aux rémunérations des salariés.

Malgré la reprise, les salaires restaient en 2013 plus bas qu’ils n’étaient avant la crise, en 2007, dans un pays sur trois. Dans l’ensemble des pays de l’OCDE, le salaire horaire n’a cru que de 0,2% par an ces quatre dernières années et la moitié des salariés a subi un recul de leur revenu net. Il est légitime que les gouvernements veuillent reprendre la main sur l’évolution des revenus, le SMIC en est un moyen essentiel.

Soutenir les plus faibles

Les avantages du salaire minimum sont connus : soutenir les salariés en position de faiblesse pour négocier avec leur employeur et jouant sur le minimum, espérer que l’ensemble du spectre des salaires sera poussé vers le haut.

Mais les inconvénients le sont aussi : relever excessivement le coût du travail en bas de l’échelle revient à pénaliser la compétitivité du pays et à affaiblir l’emploi. Pour y pallier, plusieurs gouvernements ont réduit le minimum salarial légal pendant la crise, tels la Grèce, l’Irlande, l’Espagne et la Turquie.

En outre, le SMIC peut être néfaste pour les salariés eux-mêmes lorsque qu’un niveau « élevé » conduit des ménages démunis à perdre certaines allocations sociales. Le SMIC peut aussi maintenir des salariés sans diplôme à rester collés dans ce dispositif, sans jamais pouvoir en sortir.

Large éventail

Pour tenter d’y voir clair, les économistes de l’OCDE ont voulu examiner l’ensemble des 26 pays de l’organisation qui ont mis en place un SMIC, sachant que huit autres, dont l’Italie, la Suisse, l’Autriche et des pays nordiques n’ont pas de SMIC, mais ont des mécanismes de négociations collectives qui en font office.

Le premier résultat de l’étude est de montrer que l’éventail des  minima est très large. Aux Etats-Unis, le SMIC est très bas, il ne représentait que 30% du revenu médian (relevé à 37% par Barack Obama) contre 40% en Grande-Bretagne, 50% en Allemagne où il vient d’être créé,  63% en France, et 80% en Colombie où il vient aussi d’être créé. Quel est le bon niveau ?

Le SMIC brut « ne veut pas dire grand chose », notent les auteurs de l’étude à cause des taxes et des impôts qui viennent modifier sensiblement ce que paie l’entreprise et ce que touche vraiment le salarié. Le prélèvement peut aller jusqu’à 45% en Allemagne, en Pologne, en Hongrie ou en République Tchèque.

Coût budgétaire

Des pays, comme la France,  ont mis en place des généreux dégrèvements fiscaux pour ne pas trop « vider » le SMIC de son intérêt pour le salarié d’une part, et pour ne pas coûter trop cher aux employeurs d’autre part.

En France, l’ensemble des prélèvements pour l’entreprise représente 40% au niveau du salaire médian mais descend à seulement 15% au niveau du SMIC. Concernant les charges sur le salarié, elles passent de 30% au niveau du salaire médian à 20% pour un smicard. Cette politique, massivement appliquée en France pour aider l’emploi non-qualifié, a un coût énorme pour le budget de la puissance publique et le SMIC est, de ce fait, contesté.

Une autre critique porte sur le faible effet du SMIC sur la pauvreté. Si en Grande-Bretagne comme en Australie, un demi-SMIC suffit pour qu’une famille avec deux enfants s’élève au dessus du niveau de la pauvreté, dans beaucoup de pays un salaire au SMIC ne le permet pas.

Surtout si cette famille perd des allocations. L’OCDE prône une coordination étroite du SMIC avec les autres politiques sociales. 

De l’utilité de moduler

Le plus intéressant de l’étude vient du constat d’une autre dispersion : seul un tiers des pays a un SMIC uniforme pour toutes les catégories de qualifications, d’âges ou de diplômes. La moitié a mis en place un SMIC jeune. En Australie, en Grande-Bretagne ou aux Pays-Bas, le SMIC s’élève par degrés successifs avec l’âge. Ce qui évite de pénaliser l’entrée des jeunes sur le marché du travail. 

L’OCDE recommande d’adapter chaque politique avec les spécificités nationales du marché du travail. Manière de renvoyer chaque gouvernement à sa responsabilité. En France, la lourdeur et les coûts de la politique de salaire minimum devrait relancer le débat et, peut-être, permettre de tirer des leçons de la diversité des types de SMIC.

Eric Le Boucher

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