Les jeunes cerveaux fuient-ils vraiment la France ?

Formerait-on nos jeunes pour qu’ils aillent développer leur talent à l’étranger ? Si le mouvement d’expatriation est en augmentation croissante depuis dix ans, en accord avec un potentiel de mobilité accrue, la France reste une terre d’accueil privilégiée pour nombre d’étrangers qualifiés.

Nos meilleurs éléments filent-ils massivement à l’étranger ? Depuis quelques mois, cela s’agite dans le landernau. Luc Chatel, député UMP de Haute-Marne, est à l’origine de la création d’une commission d’enquête à l’Assemblée afin d’examiner ce « sujet grave ». Pourquoi griller toutes ces cartouches sur cette question alors que l’opposition n’a droit qu’à une seule commission par an ? En fait, pour savoir si l’exode est ou non réel. Car on ne sait pas tellement il est compliqué d’avoir un état des lieux précis de l’émigration française. S’il n’existe aucune base recensant de manière exhaustive la présence française à l’étranger, il y a quelques études, notamment un projet financé par la Banque Mondiale avec l’aide de l’OCDE qui agrège les données de recensements de vingt pays pour analyser ces flux migratoires. Il en ressort que 1,5 à 2 millions de nos concitoyens sont établis à l’étranger. 
 
Un mouvement d’expatriation qui s’accélère selon la dernière étude de la chambre de commerce et d’industrie de Paris-Ile-de-France (CCIP), augmentant  de 3 à 4% par an sur les dix dernières années. Une tendance à l’internationalisation naturelle, d’autant que l’on a beaucoup encouragé les jeunes à aller se former hors de nos frontières. 180 000 jeunes Français partent chaque année à l’étranger grâce à la stratégie nationale de mobilité des différents gouvernements. Un budget de mobilité européen 2014-2020 qui a encore augmenté de 40%. Ne nous en plaignons pas, clamait Geneviève Fioraso, en charge de l’Enseignement supérieur et de la Recherche : « la mobilité est une avancée majeure pour relever les défis de la connaissance, de la compétitivité et de l‘employabilité des jeunes ». Mais surtout « il faut retenir que notre pays accueille chaque année 290 000 diplômés étrangers », la France étant passée du 5ème au 3ème rang des pays les plus attractifs pour les jeunes diplômés à l’échelle mondiale. Un ratio plutôt rassurant.
 
Car si 27% des jeunes Français voient leur avenir à l’étranger contre 12% en 2012, selon l’étude de la CCIP, l’important est de comparer le flux net insistent Etienne Wasmer et Pierre-Henri Bono, professeurs à l’Institut d’Etudes Politiques et auteurs d’un récent travail sur le sujet. Soit faire le ratio entre les entrants et les sortants. Or notre bénéfice net est de 900 000 personnes ce qui classe la France au quatrième rang des pays présentant un solde positif en profils « qualifiés », derrière les Etats-Unis (11 millions), le Canada (2,4 millions) et l’Australie (1 million). Le taux d’émigration du Royaume-Uni étant lui beaucoup plus élevé que celui de la France (7%), comme celui des Pays-Bas et de l’Allemagne.
 
La problématique est de savoir comment attirer les étrangers et les Français qui hésitent à revenir. Car, selon le baromètre Deloitte, 28% des jeunes expatriés envisagent de rester à vie à l’étranger, contre 13% en 2012. Du déclaratif par rapport à un avenir hypothétique… En revanche, selon l’ONU, sur les 4,7 millions de Britanniques expatriés, les trois quarts ne reviennent pas au pays. Alors que l’Angleterre reste le pays d’accueil favori des mangeurs de grenouilles, selon ladernière enquête d’insertion de la conférence des grandes écoles (CGE), devant l’Allemagne et la Suisse. Peut-être faut-il voir dans ces nouveaux comportements une nouvelle forme de citoyenneté européenne…
 
Florence Raillard

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