Les salariés français prêts à s'expatrier

Un Français sur deux serait prêt à déménager à l'étranger pour trouver « un bon travail ». Une nouvelle donne sur le plan de la mobilité professionnelle ? Réponses avec la dernière étude Ranstad Workmonitor.

Les Français dans la moyenne européenne

Pour saisir une opportunité professionnelle, les Français n'hésiteraient plus à franchir... la frontière de l'Hexagone ! 18 % le feraient sans hésiter pour décrocher l'emploi de leur rêve tandis qu'un tiers (32 %) le ferait volontiers. C'est l'une des données révélées par l'enquête Ranstad Workmonitor (*) menée dans 34 pays en janvier 2016 et publiée le 5 juillet dernier. Une tendance dont il ne faut pas chercher l'explication dans le climat social actuel mais qui est corroborée par d'autres sources officielles. Ainsi, selon une étude de l'Insee (1) sur les flux migratoires en France, le nombre de Français partis à l'étranger entre 2006 et 2013 a augmenté de 5,2 %. De son côté, le Quai d'Orsay estime à 1,7 million le nombre d'expatriés français en 2015, en hausse de 2 % sur un an, et de 4,14 % en deux ans.

Ces résultats encourageants sont néanmoins à relativiser, car les Français figurent dans la moyenne générale des prétendants au départ (55 %), loin derrière les Indiens et les Mexicains (85 %) ou même les Espagnols (65 %), les Italiens (61 %) et les Hongrois (60 %). En réalité, les Européens restent majoritairement réticents à l'idée de s'expatrier. A titre d'exemple, 60 % des Néerlandais et deux-tiers (64 %) des Allemands n'envisagent pas de quitter leur pays pour un travail attractif à l'étranger. Le pompon revient d'ailleurs aux Luxembourgeois qui se disent à 69 % opposés à l'idée de quitter leur pays à des fins professionnelles.

Les freins à la mobilité

Les seuls pays de l'UE affichant une majorité de salariés ouverte à l'idée d'un départ à l'étranger pour saisir une opportunité professionnelle sont, à l'exception du Royaume-Uni et de la Hongrie, des pays du Sud de l'Europe (Espagne, Portugal, Grèce), éprouvés par la crise. François Béharel, président du groupe Ranstad France, y voit le signe qu'en dépit du Marché unique, « les barrières – linguistiques, culturelles, réglementaires, etc.- apparaissent encore trop importantes aux yeux des salariés européens pour que la mobilité professionnelle devienne une réalité en Europe ». Un constat confirmé par les chiffres de la Commission européenne sur la mobilité professionnelle : seuls 3 % des salariés européens vivent et travaillent dans un autre Etat membre que le leur. Outre la barrière de la langue, les écarts de prestations sociales et de droit du travail au sein de l'UE restent de vrais freins à l'expatriation intra-communautaire. « Autant de points qui posent la question de l'harmonisation sociale de l'Union européenne, véritable arlésienne du débat européen », commentent les auteurs de l'étude.

Fait intéressant, à l'aune du Brexit, les Britanniques se déclarent également majoritairement prêts (55 %) à quitter leur pays pour aller s'installer ailleurs et décrocher le job qui leur plaît. Une tendance que François Béharel attribue à « l'esprit britannique », caractérisé par « l'insularité et le pragmatisme ». Un résultat à prendre cependant avec précaution, puisque l'enquête a été menée en début d'année, soit bien avant le vote du 23 juin.

Nadia Salem

 (*) Méthodologie : Publiée quatre fois par an, l'étude Ranstad Workmonitor est conduite en ligne, selon la méthode des quotas, auprès d'un panel d'employé âgés de 18 à 65 ans, travaillant au minimum 24 heures par semaine. La taille minimum du panel est de 400 répondants par pays. En France, le panel est constitué de 1 000 répondants. La vague 1 de 2016, dont les résultats sont présentés ci-dessus, a été conduite entre le 13 janvier et le 29 janvier 2016 auprès de 15 000 salariés issus de 34 pays.

(1) Insee Analyses n° 22, octobre 2015