Mobilisation européenne pour la croissance

Les dirigeants ont pris conscience que l’Union risquait un troisième plongeon dans la récession après 2009 et 2012. Tous veulent injecter des milliards d’euros pour relancer l’économie.

La France et l’Italie ont des budgets 2015 qui relâchent l’effort de rigueur. Jean-Claude Juncker, le nouveau président de la Commission européenne, annonce qu’il est prêt à lancer un programme de 300 milliards d’euros d’investissements pour relancer la croissance du Continent. Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), évoque une somme de 1000 milliards d’euros à injecter dans l’économie.

A tous les niveaux, les responsables européens ont pris conscience que l’Union était au bord d’un « triple dip », un troisième plongeon dans la récession après 2009 et 2012, et qu’en tout état de cause elle risquait d’avoir devant elle « une décennie perdue » de stagnation économique et de chômage très élevé.

Ces milliards sont, hélas, pour l’heure théoriques. Concrètement rien n’est prêt. La BCE a déjà injecté beaucoup d’argent et celui-ci n’a pas permis de relance. L’Europe souffre moins d’un manque de crédits que d’un manque de projets d’investissements. Les crédits bancaires sont là, en général,  ils sont sous-employés. A quoi servira de rajouter une nouvelle grande brassée de milliards ?

Manque de projets

La Commission évoque 300 milliards mais où les engager ? Personne n’a encore d’idée précise d’investissements vraiment utiles. France et Italie retardent le retour au déficit maastrichien de 3%, mais pour autant ces deux pays procrastinent pour engager des réformes dites structurelles, celles capables d’augmenter la croissance « potentielle » à moyen terme  du pays.

La politique monétaire est inefficace, la politique budgétaire impuissante et les politiques structurelles, si elles fortifient à moyen terme, ont un effet récessif à court terme, alors que faire ? Quelle politique serait susceptible de ranimer l’économie européenne et d’éviter le marasme ?

Le mal est sans doute dans l’ampleur de ce qui est engagé et la nature des investissements envisagés. Depuis le début de la crise, tout ce qui a été fait a été dans le bons sens, l’euro n’est pas mort, la zone euro n’a pas explosé, l’Europe a démontré qu’elle savait résister. Les sceptiques qui expliquaient (ou expliquent encore) que l’aventure européenne est devenue désuète depuis la fin de la guerre froide et qu’elle allait à sa fin, ont eu (et ont) tort.

L’investissement étouffé

L’Europe est toujours là, avec des responsables neufs et un parlement qui entend compter. L’euro est toujours la deuxième monnaie du monde. Mais tout fut fait « trop peu, trop tard ». Les dispositifs d’aides aux pays malades ont été mis en place, mais avec peine. Les tests de la consolidation des banques viennent seulement de se terminer. La Banque centrale est peu à peu venue sur des terres non-conventionnelles, mais toujours freinée par l’épée germanique au-dessus de la tête.

Aujourd’hui, l’Europe souffre d’un manque massif d’investissements. Dans la zone euro, de 2007 à 1013, l’investissement productif a reculé de 17% en moyenne, de 42% dans les pays périphériques du sud. L’investissement public qui représentait 4% du PIB il y a trente ans, est tombé à 2%, une division de moitié. « La disparition de l’incitation à investir étouffe tout dynamisme », explique Michel Aglietta. C’est ce qui a conduit à ce que chaque tentative de reprise, 2010, 2012, 2013, se soit éteinte.

Il faut relancer l’investissement public, demande l’économiste qui calcule : « une hausse de 1% de la dépense d’investissement rapportée au PIB peut rapporter jusqu’à 1,5% de gain du PIB », grâce à un effet d’entrainement sur le secteur privé. L’épargne privée est abondante et oisive (le manque de projets dont nous faisions état) et les taux d’intérêt sont historiquement très bas, c’est le moment pour les Etats de se lancer, l’effet sur la croissance est bien supérieur aux coûts. 

Vieux équipements à remplacer

Selon les calculs de Michel Aglietta, si la Commission européenne met 35 milliards d’euros de capital au pot, elle peut lever 265 milliards par emprunts. Nous sommes bien dans l’ordre de grandeur des 300 milliards de Jean-Claude Junker. Mais quels investissements ? Dans quels secteurs ? La même question se pose : si hier les entreprises n’investissaient pas, pourquoi la puissance publique ferait-elle mieux ? Pourquoi ce qui ne fonctionnait pas à petite échelle serait-il plus efficace si on rajoute une grande pelletée de milliards ?

Jean Pisani-Ferry ouvre une piste : que cet argent public serve à remplacer massivement les vieux équipements par des neufs plus efficaces et moins polluants. Il faut veiller à ne pas financer des systèmes encore dans l’enfance sous peine de créer des bulles comme dans les énergies renouvelables ces dernières années.

Mais à cette condition, l’investissement public bien choisi, par exemple dans le renouvellement massif du parc automobile, peut aider à passer le cap et éviter le plongeon dans la récession. « Ce n’est pas une solution magique », prévient Pisani. Mais au moins cette relance par Bruxelles peut livrer un peu d’oxygène qui facilite grandement la tenue des autres objectifs de budget et de réformes structurelles.

Eric Le Boucher – Slate.fr

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