Quatre mois après le Brexit : retour sur l’expatriation des Européens

Les jeunes actifs français ont davantage envie de s’expatrier pour leur carrière qu’il y a trente ans, mais ils sont encore loin derrière les Allemands ou les Anglais. Les opportunités, surtout depuis le Brexit, semblent de plus en plus importantes dans le reste de l’Europe…mais aussi en France.

L’expatriation, en particulier celle des jeunes actifs, est en train de devenir un sujet essentiel. La concurrence féroce entre Paris et Londres dans la foulée du Brexit pour attirer les jeunes talents l’a en tout cas relancée. Certes Cecilia Garcia-Penalosa, directrice de recherches au CNRS estime dans Le Monde que « La France connaît déjà une forte augmentation des départs de jeunes actifs depuis trente ans, avec un taux qui a doublé, passant de 1 % à 2 % de la population » mais que «ce chiffre reste très bas par rapport à ce qu’on voit chez nos voisins européens : en Allemagne, il est de 4 % environ et, au Royaume-Uni, c’est 7 % de la population âgée de plus de 25 ans qui choisit de s’installer dans un autre pays depuis les années 1990 ».

Qui sont-ils ?

Ce sont majoritairement ceux qu’on appelle les « talents ultramobiles », essentiellement des scientifiques et des entrepreneurs. Parmi les jeunes actifs candidats au départ, « les formations techniques et les ingénieurs issus des grandes écoles sont surreprésentés, parce que la France en forme beaucoup, et de très bon niveau. Les écoles de commerce françaises placent aussi beaucoup [de leurs anciens] étudiants à l’étranger. Dans les autres disciplines, on manque d’informations, le système universitaire n’assurant pas de suivi de ses étudiants.»

Le Brexit pourrait favoriser un retour d’émigrés français

Quant au Brexit, il peut, pour la France, avoir des aspects positifs. « Dans le domaine financier, Londres peut perdre son attractivité de première place financière européenne, et Paris est candidate pour la remplacer. Le Royaume-Uni a également développé une des industries technologiques les plus innovantes au monde après la Silicon Valley, et il l’a fait en grande partie avec des ingénieurs nés et formés ailleurs, entre autres en France. Les obstacles à la mobilité vont affecter les possibilités d’emploi de nos jeunes ingénieurs, ce qui pourrait favoriser l’industrie technologique nationale si le cadre institutionnel devient plus favorable aux start-up ». Tous les pays sont en tout cas en train de développer des stratégies pour faire venir les talents de demain. En Europe, pour faire venir en France ceux qui se sont expatriés à Londres, dans la Silicon Valley pour faire venir le monde entier ou à Wall Street pour attirer le gratin des jeunes de la finance.

Si la moitié des 15-35 ans Français sont prêts à s’expatrier…

… l’autre moitié, contrairement aux idées reçues, perçoit encore « la mobilité comme une contrainte », selon le baromètre de la mobilité des jeunes d’Opinion Way-Homebox-L’Etudiant. Bien sûr, explique David Varet de Homebox « les nouvelles générations ont pleinement conscience des transformations d'un monde où chacun est sommé de s'adapter en permanence, de changer de ville et de métier au gré des besoins, en constante évolution, d'une économie désormais mondialisée. C'est pourquoi ils sont 88 % à être convaincus que la mobilité, c'est-à-dire le fait de déménager, étudier ou changer de travail plusieurs fois dans une vie, fera « partie intégrante de leur mode de vie. Mais seuls 51 % des 15-35 ans interrogés souhaitent vraiment être mobiles, tandis que 47 % jugent cette mobilité avant tout comme une « contrainte ». Quasiment la moitié d'entre eux, donc, se satisferait d'une vie principalement sédentaire ». Et il rajoute : « leurs aspirations ne sont finalement pas si éloignées de celles de leurs aînés, puisque, dans l'idéal, ils aimeraient déménager et changer de travail en moyenne trois fois au cours d'une vie. Et 13 % d'entre eux souhaiteraient même ne jamais avoir à changer de travail ! »

Pourquoi l’expatriation fait peur

Les raisons de cette profonde sédentarité sont multiples. L’une d’elles, c’est nouveau, semble tenir à la manière dont on est accueilli lorsque l’on revient en France. En d’autres termes, les expats et leurs nouvelles compétences ne semblent pas être aussi attirants sur le marché du travail qu’ils l’avaient initialement crus. Alix Carnot vient de publier « Chéri-e- on s’expatrie » où elle met en évidence « l'un des plus grands malentendus de l'expatriation : la mobilité ne donne pas forcément accès à une promotion au retour ». Expatriée de nombreuses fois, elle a aujourd’hui monté une société de conseil sur l’expatriation pour éviter les désillusions. Quant aux Echos, ils ont consacré une partie de leur site au sujet, « Paroles d’expat » (8)  et beaucoup d’articles y sont relativement négatifs. Cela va de «L'expatriation est une remise en question»,
«Le blues est inhérent à l'expatriation », « Mes compétences d'expat ne sont pas monnayables en France » à  « L’expatriation perd en valeur », « L’expatriation est un acte égoïste » ou enfin « Le problème de l'expatriation : le siège vous oublie ». Heureusement, cela ne décourage pas tous les candidats au départ en quête de nouvelles aventures.

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