La conciergerie d’entreprise : des services qui recrutent

Au croisement de la vie professionnelle et de la vie privée, des conciergeries d’entreprise voient le jour pour faciliter le quotidien des salariés. Un plus pour les entreprises qui y souscrivent. Avec, à la clé, la création de nouveaux emplois.

Le « work life balancing » n’a pas plus de dix ans en France. Cet équilibre entre vie professionnelle et vie privée, que 93 % des salariés-parents jugent comme un sujet de préoccupation « important », est d’autant plus difficile à trouver que la frontière entre les deux sphères s’amenuise. La redistribution des rôles dans la famille change le monde du travail, pendant que le besoin de salariés disponibles à tout moment pour l’entreprise change la sphère familiale. En réponse à ces évolutions, quelques génies du marché de niche innovent en se positionnant sur le service aux salariés.

« Pourriez-vous aller acheter des croquettes pour mon chat, je n’aurai pas le temps de le faire aujourd’hui ? Merci ». Le message vient d’arriver sur le téléphone de Serge Navarro, concierge d’entreprise et de particulier à Toulouse. « Mes clients, qu’ils soient dirigeant d’entreprise ou salariés recourent à mes services pour toutes sortes de missions». De la réservation de billet à la location de salle de réunion, du passage au pressing, à la préfecture ou à La Poste à la livraison de panier bio, l’achat et l’envoi de fleurs, de cadeau, des courses au supermarché au contrôle technique des véhicules, il « facilite la vie des gens ».

La légende raconte que les conciergeries seraient nées dans les deux tours du World Trade Center, à New York, où les employés passaient tant de temps à monter et descendre les multiples étages, que des sociétés de services s’y seraient implantées.

Améliorer les conditions de travail

En France, « la mise en place de ces dispositifs se répand, parce que les temps de trajets s’allongent pour les salariés : les entreprises s’éloignent des centres urbains, les grandes villes deviennent des métropoles, les loyers augmentent et les gens résident loin de leur lieu de travail » explique Sylvie Brunet, vice-présidente de l’ANDRH (Association nationale des directeurs de ressources humaines). Dans les entreprises clientes, ces pratiques contribuent à valoriser l’image des sociétés où les patrons-managers réfléchissent à l’amélioration des conditions de travail.

Alléger les soucis du quotidien est profitable aux entreprises qui rendent ces pratiques accessibles. Comme à chaque amélioration des conditions de travail, moins obnubilés par leurs tracas habituels, les salariés sont plus concentrés dans leurs tâches quotidiennes, courent moins après le temps libre, qu’ils peuvent consacrer aux loisirs. Certaines entreprises vont même jusqu’à intégrer une salle de sport dans leurs locaux.

Le marché des conciergeries, estimé entre 30 et 40 millions d’euros en 2012 par une étude Xerfi, enregistre une forte progression et les ouvertures de nouvelles enseignes se multiplient. « On sent que le marché se développe : le rythme d’apparition de la concurrence est soutenu » constate Serge Navarro.

Redéfinir la place de l’entreprise

Dès leur naissance à la fin des années 2000, les conciergeries d’entreprise ont été adoptées par les grands groupes. « Nous gérons des sites de 5 000 personnes, précise Frédéric Angelot, cofondateur et président de l’enseigne de conciergerie Easylife qui déploie plus de 50 points de conciergeries en France. Mais nous sommes aussi présents dans de plus petites entreprises, même si le ratio est bien moindre ».

Le rapprochement du service de conciergerie de la PME pose la question de la place de l’entreprise dans la vie des salariés, selon Isabelle Bories-Azeau, maître de conférences à la faculté d'AES - Montpellier Management. « Notre monde du travail se tourne à la fois vers des modèles à l’anglo-saxonne, et vers le modèle de l’entreprise façon asiatique, qui englobe totalement la vie des salariés » souligne-t-elle. Pour elle, les conciergeries d’entreprises sont un vrai levier de management, à condition « qu’en se déchargeant des corvées quotidiennes », le salarié ne devienne pas « workalcoholic ».

Autre argument en faveur des conciergeries : la facilitation de la vie quotidienne des salariés aide à les fidéliser pendant que leur employeur peuvent bénéficier de dispositifs fiscaux, afin de récompenser la promotion de l’équilibre vie privée - vie professionnelle.

De nombreux recrutements

Du côté des « concierges », on argumente autour de la notion de cercle vertueux : la conciergerie implantée dans un territoire en fait vivre l’économie, en proposant des services venus de prestataires locaux, tout en créant des emplois. « Nous recrutons environ 30 personnes par an » indique Frédéric Angelot.

Les profils recherchés ? Si les expériences en hôtellerie sont appréciées, les dirigeants de conciergeries sont unanimes : ils entendent recruter des gens avec la tête bien faite. Le métier demande des compétences pour négocier avec un fournisseur et suivre une comptabilité, une bonne dose de  débrouillardise et bien sûr, un sens  aigu de l’organisation et  du service,  et le désir de trouver des solutions aux problèmes des gens. « Nous recrutons de bac + 2 à bac + 4, des gens que nous formons nous-mêmes à nos méthodes et pratiques pour leur permettre d’évoluer », indique le dirigeant d’Easylife.

Avec la multiplication de l’offre de conciergeries, les concepts se diversifient un peu partout dans le pays. Pendant que certaines enseignes partent à la conquête d’une clientèle haut-de-gamme, d’autres se tournent vers un format solidaire et favorisent le recrutement de personnes en réinsertion professionnelle. La conciergerie (re)fait même son entrée dans les halls d’immeubles des programmes immobiliers vendus par les promoteurs. « Finalement, la conciergerie revient là où elle née» remarque en souriant Serge Navarro.

 

Amandine Ascensio

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