Quels leviers pour l’emploi ? Trois questions à France Stratégie

France Stratégie a diffusé une note d'analyse présentant les leviers à activer pour relancer l’emploi. Hélène Garner, directrice du département travail, emploi, compétences et Nicolas Le Ru, expert au département travail, emploi, compétences de France Stratégie ont répondu à nos questions.

Votre note d'analyse montre que, malgré la période de crise, l’Allemagne, le Royaume Uni ou la Suède ont fait baisser le chômage. Ont-ils trouvé un dispositif miracle qui serait applicable en France ?

Le chômage est effectivement actuellement plus élevé en France qu’au début de la crise, ce qui n’est pas le cas dans les pays que vous citez. Il faut toutefois se garder lorsqu’on se compare à d’autres pays en matière de politiques publiques d’y chercher un « dispositif miracle ». Les dispositifs sont généralement complémentaires : un dispositif performant ailleurs peut n’avoir qu’un faible impact une fois importé dans un pays où le contexte institutionnel, économique ou social est différent. Les comparaisons internationales montrent de plus que plusieurs voies sont possibles pour atteindre de bonnes performances en matière d’emploi. Ce sont donc des leviers - davantage que des dispositifs - pour améliorer la situation en matière d’emploi qui ont été mis en avant dans cette note du projet 2017-2027. Deux d’entre eux sont au cœur des actions de Pôle emploi : la formation professionnelle ;  l’accompagnement des demandeurs d’emploi comme des salariés souhaitant évoluer professionnellement, mais aussi des employeurs dans leurs processus de recrutements.

La question de l’adaptation des besoins et des compétences au bouleversement majeur des métiers attendu dans les 10 ans à venir est primordiale. Quelle est pour vous la question essentielle à se poser très rapidement pour que la formation professionnelle soit à la hauteur de cet enjeu ? Comment la rendre plus souple et plus réactive ?

Dans un contexte de mutations économiques rapides et en partie imprévues - dont les effets peuvent être majeurs à l’échelle de certains territoires -, le système de formation initiale et continue doit relever le défi de doter les individus de compétences en phase avec les besoins des entreprises tout en assurant aux individus des parcours professionnels en phase avec leurs aspirations. Actuellement, les personnes qui ont accès à la formation continue  ne sont pas celles qui en ont le plus besoins au regard de leur situation sur le marché du travail. L’acquisition de compétences tout au long de la vie et la reconnaissance des compétences acquises dans le travail – notamment celles génériques ou transversales permettant aux actifs d’exercer différents métiers ou d’évoluer dans différentes branches professionnelles – sont deux enjeux majeurs pour la prochaine décennie. Cela peut passer par la mise en œuvre de dispositifs individualisés d’accès à la formation continue et d’accompagnement des individus dans leur démarche de reconversion professionnelle, mais également par une meilleure reconnaissance des compétences acquises en situation de travail de manière à les rendre portables (enjeux de certification et validation). Il faut également accompagner les employeurs pour que le départ en formation des salariés ne soit pas source de désorganisation.

L’état des lieux fait par France Stratégie des différentes stratégies menées en faveur de l’emploi rappelle la difficulté à trouver le bon dosage entre le financement de la baisse du coût de l’emploi, des politiques d’incitation à l’emploi ou d’accompagnement vers l’emploi. Quel levier la dépense publique devrait-elle davantage cibler ?

Certaines politiques publiques pour l’emploi sont de nature réglementaire, d’autres essentiellement financières. C’est effectivement le cas des dispositifs de réduction du coût du travail (baisse des cotisations sociales pour le travail peu qualifié), d’incitation à la reprise d’activité (prime d’activité) ou de sécurisation des revenus entre deux emplois (versement d’une allocation chômage). Les montants importants consacrés à ces dispositifs exigent de poser la question de leur efficacité, ce qui nécessite de s’interroger sur leur objectif et leur articulation pour éviter que certaines politiques ne se stérilisent. Le montant très élevé des exonérations sur les bas salaires doit également s’analyser au regard de politiques complémentaires visant la réduction de la pauvreté, de la précarité dans l’emploi et aussi l’insertion dans l’emploi de personnes fragiles. Enfin, les politiques de l’emploi ne résoudront pas seules le fléau du chômage, elles doivent être articulées avec d’autres politiques notamment éducatives, fiscales, industrielles,…

 

> Quels leviers pour l'emploi ? Note d'analyse de France Stratégie. Mai 2016

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