Le numérique, nouvelle frontière du travail ?

Dans le monde du travail, le numérique suscite autant d’inquiétudes qu’il nourrit d’espoir. Un débat sur ce thème réunissait plusieurs acteurs de l’emploi le 20 janvier, à la Villette.

Le numérique sera-t-il la nouvelle frontière du monde du travail, avec d’un côté ceux qui en seront exclus et de l’autre, les insiders, ceux qui en maîtriseront les modes et en tireront le plus grand profit ? La question était au cœur des débats du Forum Libération le 20 janvier dernier à la Villette, à Paris, sur le thème « Demain le travail », dans le cadre du Salon du travail et de la mobilité professionnelle. Alors que la digitalisation des métiers et de l’économie s’accélère, la question se pose de savoir comment anticiper ces évolutions et faire en sorte de préparer les travailleurs d’aujourd’hui et de demain à cette invasion programmée du numérique dans nos vies professionnelles.

Le droit à l’erreur du serial entrepreneur

Invité à participer au débat autour de cette possible « nouvelle frontière » que constituerait le numérique, le biologiste François Taddéï, concluait ainsi : « la meilleure façon d’avoir un métier demain, c’est de le créer », revendiquant cependant un « droit à l’erreur », à l’expérimentation, encore peu reconnu en France, et appelant à l’émergence de « serial entrepreneurs ». Même message de confiance déployé par Reynald Chapuis : « Le digital ne doit pas faire peur », estime le directeur expérience utilisateurs et digital de Pôle emploi. Selon lui, « il faut avant tout simplifier l’usage du numérique » afin de favoriser l’autonomie des personnes car « il ne suffit plus de mettre une information à disposition, il faut que les gens sachent l’utiliser ».

Le défi des publics fragiles

Face à la crainte que suscite la destruction massive d’emplois, du fait de la digitalisation croissante de l’économie, Carine Chevrier, recommande d’« anticiper sur les métiers et les compétences qui seront nécessaires demain » car selon la déléguée générale à l’emploi et à la formation professionnelle (DGEFP), « 50 % des métiers seront impactés par la transition numérique ». Il s’agit dès lors de s’inscrire dans une « logique de formation permanente » a estimé cette dernière mettant en avant le nouveau Compte personnel d’activité (CPA) mis en place au 1er janvier 2017 qui constitue selon elle, un véritable « droit universel » à la formation et les 10 000 jeunes qui seront formés au numérique via la Grande école du numérique mise en place par François Hollande. De son côté, Jean Deydier, directeur d’Emmaüs Connect, s’est dit très soucieux de l’accompagnement des publics fragiles qui pourraient être les premières victimes de cette « massification » de l’usage du digital et vis-à-vis desquels, les pouvoirs publics doivent rester très vigilants, notamment en ne s’inscrivant pas dans une « logique de fermeture de guichets » mais bien de présence accrue auprès de ces publics.

Haro sur la machine ?

Pour relativiser cette crainte de voir la machine se substituer à l’homme, Antoine Jouteau, directeur général de Leboncoin, rappelle que seul un tiers des entrepreneurs (1,5 millions) ont accès au digital. L’énorme majorité des TPE-PME n’a pas de pratique courante du digital. Pour le patron de la firme Leboncoin, seul « un dialogue et une collaboration toujours plus étroite entre le service public et les nouveaux acteurs du numérique donneront une nouvelle dynamique à la lutte contre le chômage et de nouvelles perspectives pour le retour à l’emploi. Un avis partagé par Pauline Véron, adjointe à la maire de Paris pour qui le numérique recèle « un formidable potentiel d’emplois ». Ainsi, à Paris, 7000 postes de développeurs sont à pourvoir chaque année.

« Contrairement aux idées reçues, le numérique offre des opportunités de carrière pour tous, quels que soient son profil, son niveau d’étude, son sexe ou son âge : c’est un nouveau langage dont tout le monde peut se saisir ! », conclut l’élue parisienne.

N.S.

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