Le progrès c’est positif

Le progrès technique est encore et toujours au centre des interrogations des  économistes. Encore et toujours au centre des pratiques d’embauches. Revue de quelques récentes idées. 

« Le CV c’est kistch »

Thierry Baril, le DRH du groupe Airbus, n’est guère adepte de la langue de bois. Dans un long entretien, il explique à quel point le numérique bouleverse non seulement les métiers mais aussi les embauches dans un groupe comme le sien qui soit se renouveler en permanence et dont « l’avenir est lié à sa capacité d'intégrer l’esprit start-up ». Airbus ne cesse de faire du prototypage, de tenter des expériences, s’implante dans la Silicon Valley dont elle souhaite s’approprier certaines méthodes de travail. C’est l’une des raisons qui lui fait dire que le CV « pour un débutant, ça n’est que du remplissage. Mais qu’a-t-il appris vraiment ? De plus en plus, les talents s’identifient eux-mêmes, se cooptent sur les réseaux sociaux. C’est de cette manière que chacun peut mettre en avant ses véritables compétences et ses grandes réalisations. Les sites de mise en relations professionnelles permettent d’avoir beaucoup plus d’informations sur une personne que la lecture d’un CV traditionnel. »

Vers une économie de l’abondance

Deux chercheurs du MIT publient un livre de prospective sur le progrès technique imprégné d’anthropologie. Ils partent des travaux de Ian Morris, anthropologue, qui a décortiqué le progrès depuis qu’il est apparu en 14 000 avant JC  et qui s’est surtout attaché à quantifier le développement social c’est-à-dire la capacité d’un groupe de maitriser son environnement intellectuel et physique. Il a d’abord montré l’extrême lenteur du progrès puis, surtout, son accélération à la fin du 18ème siècle avec la machine à vapeur dont il montre à quel point elle a changé le monde. La thèse de  Erik Brynjolfsson, un économiste qui  dirige le Center for Digital Business Massachusetts Institute of Technology et d’Andrew McAfee qui dirige la recherche scientifique du Center for Digital Business du même MIT, est que l’informatique et les technologies numériques sont un choc aussi important que l’a été la machine à vapeur. Elles ouvrent un deuxième âge du progrès, un deuxième âge de la machine. Et leur certitude est que cette révolution sera forcément bénéfique puisqu’elle va accroitre la consommation. Pas la consommation de biens physiques stricto sensu, mais celle de l’information, de la culture et des idées. L’économie basée sur information est une économie de l’abondance qui ne suppose qu’une chose : la grande capacité des citoyens et gouvernements à en prévoir et limiter les excès, en particulier une trop inégalitaire dispersion de ses bienfaits  L’objectif est de maximiser l’abondance et de minimiser les effets négatifs de la dispersion des nouvelles technologies. Bien entendu le livre débute sur un voyage dans une Google car, il est fondé sur la loi de Moore qui explique que la capacité de calcul des ordinateurs double tous les 18 mois, et il témoigne d’une foi extrêmement rafraichissante envers le progrès technique dont ils font une description absolument passionnante.

Le deuxième âge de la machine.  Travail et prospérité à l’heure de la révolution technologique. Erik Brynjolfsson et Andrew McAfee. Odile Jabob. 336 pages. 24.90€

Et si les femmes profitaient mieux des nouveaux métiers en train de naitre ?

David Deming, professeur d’économie associé à l’université Harvard, aux États-Unis, a publié un article qui est en train de faire le tour des réseaux sociaux. Pointé par Slate, il s’appelle « L’importance croissante des compétences sociales dans le marché du travail » : David Deming y classifie les nouveaux types de métiers et montrent l’émergence de ceux qui qui combinent les aspects intellectuel et relationnel qui profitent essentiellement aux femmes. Depuis les années 1980, le poste typique d’un homme n’a pas beaucoup bougé alors que les métiers des femmes ont fortement évolué et « elles peuplent aujourd’hui largement les métiers à la fois intellectuels et relationnels, comme enseignant ». Or, affirme le chercheur, les femmes ont des compétences sociales qui ont été maintes fois démontrées lors d’évaluations de psychologie, où elles obtiennent de meilleures notes que leurs homologues masculins aux tests d’intelligence émotionnelle et de « sens social » (« social perceptiveness »). Les femmes seraient donc particulièrement adaptées aux transformations économiques actuelles.

Des formations peu agiles

L’Usine digitale (la version digitale de l’hebdomadaire L’usine nouvelle) relève cette étrangeté de plus en plus forte dans le monde du travail. : « Alors que les entreprises peinent à trouver les spécialistes dont elles ont besoin, le chômage des informaticiens bat des records ». 46 000 chômeurs dans l’informatique et les télécommunications. Ce niveau n’avait plus été atteint depuis janvier 2005, selon Manpower. Dans le top ten des métiers en pénurie en France, les métiers de l'informatique figurent parmi les plus recherchés par les recruteurs – et un des secteurs qui concentrent le plus de difficultés de recrutement. Les activités d'ingénierie, d'études, et de conseil du secteur « offrent 35 000 emplois par an et en créent – net – plus de 10 000 chaque année depuis vingt ans » qui sont difficilement ou partiellement pourvus. Manpower explique ce phénomène par le fait, d’abord, que ces professions ne sont pas attractives pour les jeunes, et que les formations sont totalement inadéquates et trop lourdes. Plus les formations seront agiles et courts, plus l’emploi en bénéficiera. Et plus elles se tourneront vers des populations nouvelles, plus l’emploi en bénéficiera également. Ainsi, dans l’Usine nouvelle, le reportage sur la manière dont Pole Emploi avec Syntec numérique a entrepris de former les chômeurs aux métiers du numérique en forte tension.