Les nouvelles inconnues de la robotisation des emplois (1)

Les robots sont au centre des débats de 2017. Les robots ne remplaceront pas forcément les emplois que l’on croit, les emplois numériques peuvent être pérennes, l’automatisation pose d’abord la question de la formation, etc. Six nouvelles questions apparues ces dernières semaines.  

1 - Et si les robots ne s’attaquaient pas aux emplois qu’on attendait ?

C’est la question que se sont posés des rédacteurs et des analystes du Venture Beat, un blog tech américain, le plus réputé du secteur selon le New York Times. Leur point de départ est que, de manière un peu surprenante, les robots permettent d’automatiser certaines tâches dans l’art ou la science, là où l’on ne les attendait pas, mais beaucoup moins dans le nettoyage industriel ou l’industrie textile, là où l’on les attendait. Venture Beat analyse ainsi une série de métiers où l’automatisation gagne très vite : cela va de la recherche scientifique, où des machines totalement autonomes travaillent seules dans des universités comme celles de Cambridge ou Manchester et d’autres où les laborantins sont remplacés par des pipettes automatisées, au graphisme, où des machines peuvent aujourd’hui concevoir des logos ou de la musique, en passant par le droit, où l’intelligence artificielle remplace le travail de certains juristes, avocats ou encore policiers. Dans ce dernier cas, c’est l’exemple du robot K5 de la start-up Knightscope qui remplace les forces de police pour assurer la sécurité dans des lieux privés, comme le campus Microsoft à Redmond où l’engin est testé.

En revanche des métiers qui auraient dû disparaitre sont toujours là. Venture Beat évoque ainsi le robot Roomba, l’un des premiers commercialisés dans le nettoyage industriel en 2002. « Quinze ans après, il n’y a eu aucune innovation réelle dans le nettoyage et aucun robot n’a eu le succès commercial de Roomba » même si certains sont ultra perfectionnés comme ceux qu’utilise Tepco pour nettoyer les cuves des réacteurs de Fukushima. Idem dans le textile, l’industrie qui est depuis le XIXe siècle le symbole de l’automatisation : elle n’a jamais su franchir le cap de l’automatisation complète. Venture Beat montre ainsi qu’après le robot de découpe ou de couture, aucun n’est arrivé, dans le travail de finition à remplacer, la dextérité des doigts humains. Le site détaille enfin les métiers de l’agriculture, en particulier ceux de la récolte, qui ne connaissent aucune automatisation déterminante. Pour les chercheurs de Venture Beat, la robotique reste très peu utile « lorsqu’il s’agit d’automatiser des tâches requérant des prises de décision complexes ou même des manipulations délicates, qu’elle peut, au mieux, seulement contribuer à assister ».

2 - Et si l’automatisation était une « opportunité prodigieuse » ?

Gilbert Cette dans une longue tribune pour Telos, analyse l’idée de la fin du travail, reprend les thèses de son récent livre et explique que si l’incertitude est forte, les destructions d’emplois induites par les mutations technologiques concerneront essentiellement les activités de services et pourront être très fortes dans certaines d’entre elles (Le Monde consacre un dossier sur l’automatisation de l’emploi dans le tertiaire, dans les assurances, les banques et la grande distribution essentiellement). Mais pour l’économiste, « la question importante (...) est celle de la capacité à donner de nouvelles qualifications aux actifs concernés afin que le ‘reversement’ des emplois menacés vers d’autres emplois en expansion puisse se réaliser (…) Les gains de productivité à venir du fait de la révolution numérique sont une opportunité prodigieuse à saisir, car ils peuvent permettre non seulement d’élever le niveau de vie économique moyen mais aussi de faciliter le désendettement sans douleur des États (…) Les politiques publiques doivent anticiper et accompagner ce ‘reversement’ dans les activités qui pourront se développer, par exemple, dans les services à la personne pour nos économies développées vieillissantes (…) Or, de nombreuses analyses convergent sur le diagnostic, concernant la France, d’une faible performance d’un système de formation professionnelle coûteux et de nombreux freins à la mobilité professionnelle (…) Or, force est de constater que ce n’est pas (encore ?) le cas, ce qui témoigne que ces programmes ignorent superbement des enjeux primordiaux pour les années à venir. »

 

3 - Et si les emplois à venir étaient aussi peu automatisables qu’attrayants ?

À partir de différentes enquêtes, dont celle récente de la Dares, Le Monde explique que le secteur des services à la personne n’arrive pas à répondre aux besoins et se demande comment faire pour attirer plus de salariés vers ce « gisement d’emplois », non délocalisables, d’utilité sociale, ouverts à tous avec ou sans diplôme ? Les difficultés de recrutement demeurent nombreuses et selon la Dares, l’activité dans les services à la personne a reculé de 1,2 % en 2014, puis de 1,6 % en 2015.