Moins de 10% des emplois menacés par le numérique

Le Conseil d’Orientation pour l’Emploi (COE) critique les études un peu catastrophiques sur les destructions d’emplois avec le numérique et regrette que trop peu d’entre elles se consacrent à évaluer le potentiel d’emploi lié aux nouvelles technologies.

Les analyses sur la destruction des emplois par le numérique sont partielles. « Elles ne prennent en compte, explique Marie-Claude Carrère Gée dans Les Echos, présidente du Conseil d’Orientation pour l’Emploi, que les destructions d'emplois et non les créations d'emplois induites, et sont biaisées car elles reposent sur un cadre d'analyse par métier, trop général : les innovations bousculent le plus souvent des tâches, non des métiers dans leur globalité.». En réponse à cela, le COE vient de publier une étude où il conclue que moins de 10 % des emplois existants présentent un cumul de vulnérabilités susceptibles de menacer leur existence dans un contexte d’automatisation et de numérisation. Il explique également que la moitié des emplois existants est susceptible d’évoluer, dans leur contenu, et que le progrès technologique va continuer à favoriser plutôt l’emploi qualifié et très qualifié.

Des résultats très disparates

Le COE, qui a recensé tout l’existant sur la question du numérique et de l’emploi, pointe d’abord le fait que la plupart des études ne cherchent qu’à apprécier un potentiel de suppression d’emplois, et que « rares sont encore les études qui ont examiné l’impact sur le volume de l’emploi des seules technologies numériques et robotiques ». Pour autant, les spécialistes de l’observation de la destruction d’emplois ne sont pas tous d’accord et les résultats des études sont loin d’être convergents. « En effet, en fonction de l’approche méthodologique adoptée, les études prospectives existantes affichent des résultats très disparates en matière de nombre d’emplois à fort risque d’automatisation ».

Les limites des études actuelles

Le COE enfonce le clou tout au long du rapport en montrant toutes les limites sérieuses des études recensées. D’abord parce qu’il « n’est pas possible d’établir scientifiquement un seuil à partir duquel un emploi serait automatiquement automatisé ». Ensuite parce que les études se fondent souvent « sur des éléments anticipés à partir de la frontière technologique actuelle, qui peut par définition évoluer de façon plus ou moins importante et rapide. Elles se focalisent par ailleurs sur le risque de substitution de l’homme par la machine du seul point de vue technique et ne prennent en compte, ni les transformations possibles d’emplois existants, ni le potentiel de création d’emplois direct ou indirect des technologies d’automatisation ». Enfin, elles ne prennent pas en compte « les freins sociaux, institutionnels mais aussi économiques susceptibles de venir ralentir la diffusion effective des techniques d’automatisation ».

Les risques de la révolution technologique en cours…

Le COE a donc essayé d’estimer le nombre d’emplois vulnérables au numérique au point d’en menacer l’existence : moins de 10 % ! Beaucoup moins que ce qu’estime l’étude de référence actuellement, celle de deux économistes, Carl Bénédict Frey et Michael Osborne. Mais si 10% des emplois sont vulnérables, le COE admet tout à fait que « près de 50 % des emplois pourraient voir leur contenu évoluer avec le développement des technologies de la numérisation et de l’automatisation ». Les métiers les plus exposés sont le plus souvent des métiers manuels et peu qualifiés, notamment de l’industrie : ouvriers non qualifiés des industries de process, ouvriers non qualifiés de la manutention, ouvriers non qualifiés du second œuvre du bâtiment, agents d’entretien, ouvriers non qualifiés de la mécanique, caissiers. On peut trouver aussi quelques métiers qualifiés : ouvriers qualifiés de la mécanique et ouvriers qualifiés des industries de process par exemple. Les emplois les plus « susceptibles d’évoluer » sont également souvent des métiers manuels et peu qualifiés, « mais ils relèvent plus du secteur des services : conducteurs, caissiers, agents d’exploitation des transports, employés et agents de maîtrise de l’hôtellerie et de la restauration, aides à domicile et aides ménagères par exemple ».
 
…mais aussi des opportunités

Le COE base toute son analyse et ses conclusions sur le fait que l’histoire économique montre qu’au cours des deux derniers siècles, l’emploi, s’il s’est beaucoup transformé, a continué à augmenter au fil des révolutions technologiques et que le lien plutôt favorable entre l’emploi et les nouvelles technologies a également été confirmé au cours des trois dernières décennies. L’étude évoque même l’hypothèse que « le mouvement d’automatisation et de numérisation pourrait à terme contribuer à favoriser des relocalisations d’activité, avec des retombées potentielles positives sur l’emploi, même si à ce stade les exemples sont encore modestes ».

Antoine Clause

La table ronde sur les mutations de l'emploi des Rencontres de l'emploi évoquait d'ailleurs ce sujet