Retour sur l'usine 4.0 : peut-elle sauver la France de la désindustrialisation ?

L'industrie française serait trop milieu de gamme pour survivre longtemps dans la mondialisation. Face à ce présage les tenants de l'industrie du futur commencent à innover, mais la question essentielle des compétences traîne à être traitée.

L'industrie 4.0, c'est un peu l'espoir des industrialistes. Car le débat est vif. D'un côté ceux qui, comme Patrick Artus, chef économiste de Natixis, estiment que « la désindustrialisation de la France est inexorable ». De l'autre ceux qui, comme à la Fabrique de l'Industrie, parlent de renouveau avec les nouvelles technologies.

Notre désindustrialisation est inexorable

Pour Patrick Artus, la France a un triple problème : des gains de productivité trop faibles car « nous sommes le pays qui a le moins robotisé». La France a un problème de compétences. Comme l'OCDE vient de le mesurer dans l'enquête Piaac (Programme pour l'évaluation internationale des compétences des adultes), le niveau de compétences des adultes nous place avant-dernier du panel. Elle a de ce fait, c'est son deuxième problème, «le coût du travail peu qualifié le plus élevé des pays avancés. » Enfin, le coup de grâce, «hormis quelques rares secteurs, l'aéronautique, le luxe, encore un peu la pharmacie, notre économie présente un niveau de gamme assez moyen. D'après tous les travaux qui existent, la France affiche à peu près le même niveau de gamme de production que l'Espagne, mais avec des coûts de production 20 % supérieurs ! Notre désindustrialisation est inexorable». Pour lui, rien ne sert de  s'acharner à maintenir une production de milieu et bas de gamme dont les coûts salariaux tuent la compétitivité vis-à-vis de concurrents partageant la même monnaie que nous : «c'est une bataille à fonds perdu, estime-t-il, qui n'a pas empêché la disparition de centaines de milliers d'emplois industriels ces dernières années.»

Quelle réalité recouvre le «smart manufacturing»?

De leur côté, les industrialistes que Louis Gallois a rassemblé au sein du think tank la fabrique de l'Industrie, poussent à fond l'industrie du futur, l'industrie 4.0. Certains l'appellent «smart manufacturing» et on a un peu de la peine à la définir précisément. Il s'agit surtout d' une vision prospective de la transformation du secteur industriel face à l’introduction de nouvelles technologies, explique Thibaud Bidet-Mayer dans une grande note de la Fabrique : «plus qu’une image précise de l’industrie dans quelques décennies, cette notion propose l’esquisse d’un nouveau modèle industriel permettant de répondre aux nouvelles exigences des consommateurs en termes de réactivité, de qualité, de personnalisation des produits, d’impact environnemental et social»

Cette note est en fait un précieux benchmark sur le sujet. Et, un peu comme d'habitude dirait Patrick Artus, l'Allemagne fait la course en tête sur le sujet. Comme les Etats Unis ou la Grande Bretagne, la France a connu un effondrement de sa production industrielle depuis le début des années 70. Mais aujourd'hui ces deux pays semblent attacher, pour rattraper leur retard, une plus grande attention que la France à la question de l’adaptation des compétences face aux transformations induites par l’industrie du futur. Et cette note, par comparaison avec les autres pays, souligne la nécessité d'un repositionnement vers le haut gamme

Peut être est-ce l'une des raisons pour laquelle le cabinet de conseil Boston Consulting Group a investi un entrepôt à Saclay pour tester en vrai cette industrie 4.0. Il a installé deux lignes de production, l'une de scooters, l'autre de bonbons fabriqués en mobilisant toutes les nouvelles technologies disponibles. Le Commissariat à l'énergie atomique  a aussi fait son labo test à Saclay le « Factory Lab ». Pour l'instant on teste. Grandeur nature !

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