Compétences : le lien université - entreprise se renforce

Incontournable de la formation initiale des jeunes, la fac se place aussi comme un acteur volontaire de l’insertion professionnelle. Pour attirer vers elle un regard bienveillant des entreprises, l’université veut montrer qu’elle produit des savoirs, mais aussi des savoir-faire. 

« L’université n’est plus une usine à chômeurs », indiquait un article du Monde le 15 janvier, reprenant les rapports publiés par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche. Ils montrent que l’université accueille encore une large majorité d’étudiants et que près de 90% d’entre eux trouvent un emploi pérenne au bout de 30 mois.

Une « bonne » insertion professionnelle permise, selon ces rapports, par un rapprochement des entreprises opéré par les universités, notamment dans le cadre de la loi sur leur autonomie de 2007, qui faisait de ce lien une des priorités. Evidemment, deux ans et demi de petits boulots, de CDD ou de chômage restent bien long.

Mais les universités s’échinent à trouver des solutions. Trois d’entre elles, (Université Jean-Monnet de Saint-Etienne, l’université Joseph Fourrier de Grenoble, et Lille 2) ont notamment adopté une démarche par les compétences. « L’idée c’est de parler le même langage que les entreprises, indique Joëlle Aubert, vice-présidente orientation et insertion professionnelle de l’université Joseph Fourrier de Grenoble. Et si les brochures universitaires parlent de ce que savent nos étudiants, peu de documents mentionnent ce qu’ils savent-faire. » En 2009, c’est Saint-Etienne qui donne le ton et lance la démarche aidée notamment par l’Apec, Pôle Emploi local et le Medef.

Les bonnes questions

Ensemble, ils se lancent dans la réalisation d’un « Guide des compétences », un outil devant assurer la lisibilité des compétences associées aux diplômes de licences. Par exemple, la licence Art Plastique dispensée par l’université assure aux étudiants qui en suivent le parcours, l’acquisition des compétences de création et de réalisation de support de communication, de gestion de la logistique d’une exposition, de concevoir des performances artistiques, etc…   La licence de physique, elle permettra à ses diplômés de mettre en œuvre et d’appliquer une démarche scientifique, de prendre la parole en public pour présenter la démarche, d’écrire un rapport, etc…

« Cela semble évident, mais en fait cette transcription de connaissances en compétences n’a pas été de soi », explique Anne-Claire Viémont, déléguée Territoriale de l’Apec en Rhône-Alpes et Auvergne, organisme venu en renfort sur la conception de ces guides et la méthodologie de leur réalisation. « Il fallait modéliser la compétence, définir la notion-même de compétence, l’adapter à chaque diplôme et au monde du travail, etc, …, ajoute-t-elle. » Pour ce faire, des groupes de travail ont été mis en place, chaque enseignant a été consulté pour produire une analyse de ses cours : dans quelle situation mettre les étudiants, comment et sur quoi les évaluer…

Un triple intérêt

Au total, le chantier de construction du guide a duré plusieurs années et a mobilisé toutes les équipes pédagogiques dans chacune des universités concernées. « Ce guide représente un triple intérêt », affirme Jean-Luc Fugit, vice-président Orientation, réussite étudiante et insertion professionnelle de l’université de Saint-Etienne. D’abord, pour les étudiants et les familles : « Nous nous sommes rendus compte que cela rassurait nos étudiants et leurs parents qui voyaient enfin concrètement à quoi pourrait servir ce diplôme dans la vie professionnelle ».

Mais aussi pour les recruteurs : « Cet outil permet de montrer que les étudiants qui sortent de l’université ont de vraies compétences associées à leurs diplômes. » Et enfin, pour les jeunes diplômés : « Cela met plus facilement des mots adaptés à l’entreprise dans leur bouche. C’est aussi et surtout une prise de conscience généralisée que les compétences issues des formations universitaires sont réelles », conclut Jean-Luc Fugit.

La fac change de philosophie

La fac aussi y trouve son compte : elle fait ainsi mieux connaitre ses formations et continue de se positionner comme un acteur majeur de la formation initiale, ancré dans une réalité de terrain. Un changement de philosophie de l’université, qui, s’il est vu comme inéluctable, effraie quand même un peu l’institution du Savoir, selon les dire des responsables de l’insertion professionnelle. « Si les regards doivent changer sur l’université, il faut aussi que l’université change cette approche qu’elle a d’elle-même, tranche Jean-Luc Fugit. Voir les choses en termes de savoirs ET de compétences, n’est pas le rôle historique de l’université ».

Pour lui, comme pour les autres responsables, il faut former les enseignants à cette nouvelle approche, intégrer la compétence dans l’évaluation. « Cela permet aussi de donner du sens à des disciplines anciennes et d’en (re)comprendre l’intérêt pédagogique. Ce n’est plus la matière pour la matière, mais la matière pour ce qu’elle est et pour ce qu’elle enseigne. »

Bien accueilli, le guide semble séduire tous azimuts, au point de se retrouver au cœur de présentation dans d’autres universités françaises, comme Pau, Bordeaux, Albi ou Besançon. « Nous allons tout de même devoir en évaluer l’impact réel, indique Joëlle Aubert. Mais cela prendra du temps, évidemment. »

Au rang des futurs travaux, l’université de Grenoble aimerait aussi transformer son guide édité en papier « pour le faire connaitre et le rendre concret », en version numérique, interactive. « Les entreprises pourraient s’en saisir et le compléter aussi, selon leur besoin : cela serait un vrai travail commun sur l’avenir des étudiants, futurs salariés » imagine-t-elle.

Pourquoi pas, répondent les recruteurs, qui semblent plutôt emballés. « Sur le plan des principes, on est favorable à ce type de démarche, puisque que les entreprises cherchent des compétences, indique-t-on au Medef Isère. Après, il faut vérifier la bonne diffusion de ce guide auprès des entreprises. Notons aussi que le niveau licence n’est pas forcément celui des recrutements. » Autant rassurer le monde entrepreneurial tout de suite, des guides des compétences tirées des formations masters sont en cours de réalisation. A Saint-Etienne, il sort en mars. 

Amandine Ascensio

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