La revanche des métropoles (2)

Les emplois se créent plus dans les métropoles qu’ailleurs et au cœur même des métropoles. Et de plus en plus d’emplois sont purement métropolitains et ce sont eux qui tirent la croissance. Entre les métropoles et le reste du territoire, les inégalités se creusent selon Laurent Davezies et Philippe Estèbe.

Les emplois métropolitains sont ceux qui progressent le plus dans les métropoles. Malgré les apparences, ce n’est ni une tautologie, ni une lapalissade. Mais Laurent Davezies et Philippe Estèbe viennent de mettre clairement en évidence que non seulement l’emploi salarié privé progresse le plus dans les sept aires urbaines françaises ainsi que dans le Grand Paris, mais que « trois des cinq grands secteurs ayant la plus forte création nette entre 2007 et 2014, en nombre d’emplois salariés privés, métropolitains ». En clair ce sont des emplois qui se créent dans des secteurs qui n’existent véritablement que dans des métropoles. Exemples : les services supérieurs à haute valeur ajoutée et fortes qualifications (conseil de gestion, informatique/numérique et études techniques/ingénierie) ou dans des domaines comme ce sont les deux domaines de l’action sociale (premier secteur créateur d’emplois dans les métropoles) ou la restauration. La métropole nourrit la métropole. Le phénomène mis en évidence est que l’activité économique, et particulièrement les secteurs productifs les plus compétitifs, discrimine les territoires au profit des plus développés. Et que non seulement ceux-ci attirent plus fortement à eux les emplois d’avenir mais créent de plus en plus d’emplois qui leur sont propres pour que la métropole puisse fonctionner. C’est une double victoire pour les métropoles et une double peine pour les autres territoires

Davezies et Estèbe vont plus loin en avançant l’idée que «les territoires riches ont de moins en moins besoin de la sous-traitance des territoires pauvres et tendent à se suffire à eux-mêmes ». Le schéma qui est en train de se mettre en place est d’autant plus négatif pour une partie du territoire que « la crise des finances publiques…rabote les mécanismes de compensation dont ont bénéficié, et de façon croissante dans les trente années passées —grâce aux déficits publics et à la dette— les territoires « périphériques », sous forme de dépenses et d’emplois publics et sociaux ». Depuis des années Laurent Davezies explique que la richesse qui se crée de plus en plus dans les grandes aires urbaines est ensuite répartie sur l’ensemble du territoire par les mécanismes de redistribution de la fiscalité ou de la protection sociale. Aujourd’hui il pose l’hypothèse que la crise a sérieusement mis à mal ces mécanismes et que la richesse des métropoles semble de plus en plus rester dans les métropoles

En tout cas en matière d’emploi, la donne semble de plus en plus inégalitaire : les emplois « métro » ont enregistré entre 2007 et 2014 une création nette de 173 500 emplois salariés privés dans le pays et c’est le petit groupe des sept les mieux dotées en « activités métropolitaines » qui voit du coup son emploi salarié privé total progresser entre 2007 et 2014, parce qu’il est tiré par ces secteurs « métro ». « Les sept aires urbaines dont plus de 15% de l’emploi salarié privé est employé dans les secteurs « métro » tirent ainsi leur épingle du jeu, avec une création nette de 111 600 emplois dans ces secteurs permettant de compenser largement les pertes de 68 500 emplois dans les autres secteurs. Ce n’est pas le cas pour les autres aires urbaines ». Et les deux chercheurs en concluent que «clairement, big is beautiful »dans les sept premières aires urbaines où l’emploi « métro » tire la dynamique globale : « sur les sept aires urbaines dont l’emploi total a le plus progressé, cinq enregistrent plus de créations nettes d’emplois « métro » que d’autres emplois : Nantes, Lyon, Marseille-Aix, Montpellier ou Rennes » et surtout à Toulouse, championne de la création nette d’emplois du pays, où ce sont bien ces activités à haute valeur ajoutée qui ont tiré l’emploi toulousain.

L’emploi est d’ailleurs de plus en plus concentré dans les métropoles elles-mêmes : « il semble que la conjonction de la dynamique des emplois « métro » et de leur localisation fait que les aires urbaines qui ont aujourd’hui les meilleures dynamiques de créations nettes d’emplois salariés privés sont celles dans lesquelles le centre se porte, à cet égard, le mieux. Quand le cœur des aires urbaines va, l’aire urbaine va ! On est loin de la période des années passées quand l’emploi avait tendance à se périurbaniser dans les couronnes de nos grandes villes ».  Dans l’accélération actuelle du mécanisme schumpéterien de destruction-création qui d’ailleurs, selon cette étude, se retrouve dans quasiment toutes les métropoles mondiales, les grandes aires urbaines sont avantagées par le fait qu’elles sont moins spécialisées dans les secteurs « perdants », et plus dans ces secteurs modernes « gagnants ».

 

Jean Pierre Gonguet

« Les nouveaux territoires de la croissance : vers un retournement historique de la géographie économique ? »  Rapport d’étude pour le compte du de l’Institut Caisse des Dépôts pour la recherche et du PUCA par  Laurent Davezies & Philippe Estèbe 

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