Palace cherche employé qualifié…

Pénurie de main d’œuvre, turn-over important, conditions de travail difficiles… Les emplois dans l’hôtellerie souffrent d’un déficit d’image auquel les professionnels du secteur tentent de faire face, tant bien que mal. 

Dans le marché très sélect des grands palaces, la guerre est déclarée. C’est à qui attirera les meilleures recrues et surtout, saura les retenir… Et pour cela, on ne lésine pas sur les moyens. A l’InterContinental Paris Le Grand, un cinq étoiles avec vue sur l’opéra Garnier, les employés sont notamment invités à expérimenter une « Nuit dans les étoiles » pour vivre, au moins une fois, la vie des clients de l’hôtel. Et Johanna Lamand, DRH adjointe de l’établissement, l’admet : « travailler sur la qualité de vie au travail fait partie de notre démarche pour fidéliser, motiver et impliquer nos employés ». Parmi les métiers en tension, figure celui de directeur technique. « Ce sont des postes difficiles à pourvoir, il n’y en pas beaucoup et on se les arrache ! », poursuit la DRH adjointe.

70 000 créations nettes d’emplois d’ici 2022

Dans une étude conjointe récente, France Stratégie et la Dares ont établi plusieurs scénarios pour calculer le nombre de créations d'emplois par métier et qualification d'ici 2022. Dans l'un de ces scénarios, un graphique place les métiers de l'hôtellerie et de la restauration en 11ème position des métiers bénéficiant des plus forts volumes de création d'emplois entre 2012 et 2022 : 70 000 créations nettes d'emploi en 10 ans !

Avec 1,1 million d’actifs dont 300 000 saisonniers, le secteur de l'hôtellerie-restauration offre effectivement une très grande diversité de métiers : 35 au total allant du maître d’hôtel au chef, en passant par le revenu manager, la gouvernante, le serveur, le responsable des achats ou de la sécurité, le concierge, etc. Et les besoins de main d’œuvre sont criants. La dernière enquête (BMO 2017) fait état de 253 613 projets de recrutement en 2017 pour ce secteur, soit 13% des projets de recrutement au niveau national. De manière générale, plus de la moitié des recrutements (57,5%) sont envisagés en contrats durables (CDI ou contrats de six mois ou plus). Cette proportion est en hausse par rapport à 2016 (+1,2 point). La majeure partie des projets annoncés est motivée par une anticipation de surcroît d’activité (49,5%). Cette année encore, figurent parmi les profils les plus demandés les serveurs de café et de restaurant (79 600 projets) et les employés de l’hôtellerie (35 000 projets). Toutefois, les employeurs s’attendent à avoir plus de mal à recruter cette année. Selon eux, 37,5% des projets d’embauche s’accompagneraient de difficultés en 2017, soit 5 points de plus qu’en 2016. 

Le défi de la fidélisation

Simplifier le recrutement dans les industries qui connaissent un turn-over élevé, c’est précisément la marque de fabrique de Brigad, une plateforme lancé en 2016 qui met en relation l’offre et  la demande dans ce secteur d’activité, grâce à « un algorithme qui prend en compte des dizaines de critères », explique Florent Malbranche, l’un des fondateurs et CEO de la start-up labellisée french-tech. « Trouver la meilleure personne pour une mission donnée, c’est assez compliqué mais tout se fait en cinq minutes, automatiquement » poursuit-il. Florent Malbranche avoue cependant faire face à « deux générations, l’une réfractaire à l’évolution et l’autre plus entrepreneuriale ». Or, « pour maintenir un cœur de staff compétent sur lequel s’appuyer qui porte les valeurs et la culture de l’établissement, il faut bien le payer », poursuit le co-fondateur de Brigad, car « la population de l’hôtellerie-restauration est très mouvante, avec de nombreux saisonniers. Et ça, ça ne changera pas ».

Une partie du problème de fidélisation incombe donc aux employeurs qui doivent selon lui offrir des salaires plus élevés et améliorer les conditions de travail de leurs employés, notamment les plus qualifiés. « Mais ça change avec Top Chef », sourit ce dernier. Le changement de génération, Johanna Lamand le constate également dans ses recrutements. Avec la génération Y, « celle du zapping » se confirme le besoin réel d’adaptation des employeurs. « Ils sont à peine six mois dans un poste qu’ils veulent déjà en changer », note la DRH adjointe d’InterContinental Paris Le Grand. D’où la nécessité d’un suivi plus poussé de leurs compétences avec des formations à la clé, de leur évolution dans l’entreprise avec les entretiens d’évaluation et d’un accompagnement régulier. Malgré une ancienneté moyenne haute de ses employés, l’hôtel cinq étoiles n’est pas à l’abri des difficultés de recrutement et sa DRH adjointe le reconnaît : « la politique de compensation & benefits est importante car la concurrence est rude ».

 (1) Les métiers en 2022, France Stratégie-Dares, avril 2015

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