Pourquoi lance-t-on une campagne mondiale de recrutement ?

Leader mondial du conseil en innovation et ingénierie avancée, Altran fait pour la première fois une campagne mondiale de recrutement. 4 000 postes à pourvoir. Frédéric Fougerat, directeur de la communication du groupe Altran, explique une démarche très nouvelle entre communication et recrutement.

Emploiparlonsnet : Pourquoi une telle campagne de recrutement et pourquoi au niveau mondial ?
Frédéric Fougerat : D’habitude, nous faisons  des opérations plus localisées. Cette fois, nous avons voulu  promouvoir une même image à la dimension internationale de l’entreprise. A cela, plusieurs raisons. D’une part l’entreprise n’a jamais été aussi internationale qu’aujourd’hui, d’autre part il y avait un fort besoin des pays de souligner cette dimension internationale du groupe et une volonté de montrer que localement, que l’on soit en Inde, en Suisse, en Suède ou en France, on appartient à un groupe mondial.

EPN : Vous alliez donc communication et embauche ?
FF : Pour moi, la communication interne doit pouvoir être entendue par l’externe et vice versa. Et quand je fais du recrutement, je promeus aussi l’image de l’entreprise. Toutes les communications sont liées même si là, la cible ce sont les jeunes ingénieurs. Mais c’est également une campagne de la marque à travers le monde. Certes nous voulons affirmer notre leadership mondial, mais toutes les enquêtes montrent que dans tous les pays les ingénieurs ont à présent les mêmes attentes. Nous pouvons donc nous adresser à eux de la même façon partout.

EPN : Quelles sont leurs attentes ?
FF : Il y en a trois systématiques : ils veulent travailler dans un environnement créatif, beaucoup apprendre et avoir des défis à relever. Trois critères que l’on retrouve dans tous les pays.

EPN : En quoi consiste cette campagne ?
FF : Elle prend à la fois toutes les formes d’une campagne classique (print, web, salons…) mais elle va également permettre aux gens qui nous rencontrent de partager une expérience Altran. Il ne s’agit pas de les « gaver » avec un discours mais de leur faire réaliser comment nous travaillons, sur quels projets, afin de  les mettre au plus près de la réalité du développement et de l’innovation chez nos clients.

EPN : Vous avez pour cela développé une application assez pointue…
FF : Oui, c’est la partie digitale la plus importante. Elle permet à tous les recruteurs d’avoir accès, à partir d’une tablette, à l’encyclopédie Altran. Quelque chose de très interactif et de très innovant pour un ingénieur. Grâce à cet outil et à  la réalité augmentée, ils peuvent voyager dans tous les pays Altran et dans tous nos métiers… L’élaboration de cette application a été le moment phare du développement de cette campagne. Nous recherchions l’effet « waouh » pour attirer l’attention et se différencier des autres recruteurs. Car dans cette guerre des talents, dire que nous sommes les meilleurs ne suffit pas et ne marche pas. Il faut en apporter de la preuve. La génération à laquelle nous nous adressons a besoin de voir, de toucher, de se faire un avis. Personne ne nous croit sur parole. La promesse sans preuve ne marche pas.

EPN : Quels messages voulez-vous faire passer aux candidats ? 
FF : C’est un discours vraiment très simple, celui de l’innovation. Il faut leur faire comprendre que chez nous l‘innovation n’est pas un terme marketing mais notre quotidien. On leur propose de venir transformer leurs idées en innovation. C’est la signature de cette campagne.

EPN : Quels profils recherchez-vous ?
FF : Des ingénieurs tous niveaux. Les plus recherchés sont les ingénieurs en systèmes critiques embarqués, les ingénieurs en génie mécanique, en développement de software et objets, les ingénieurs en nucléaires et les chefs de projets toutes industries. Et s’ils ont des profils croisés, c’est-à-dire, par exemple, à la fois des compétences dans l’automobile et les télécoms, c’est un vrai plus. Mais ce n’est pas facile à trouver.

EPN : La France forme-t-elle assez d’ingénieurs par rapport aux autres pays et notamment à la Chine ? 
FF : La France a la chance de former parmi les meilleurs ingénieurs du monde. Les Allemands, Indiens ou Chinois sont également de très haut niveau et très près des Français. Le problème n’est pas une question de nombre mais de coût. Nous en formons suffisamment mais, en raison de notre système économique, les ingénieurs français coûtent beaucoup plus cher aux entreprises que la plupart des ingénieurs d’autres pays. L’ingénieur français sera peut-être de plus en plus difficile à recruter en raison de son coût. En revanche, la France ne produit pas suffisamment d’ingénieurs femmes. C’est un vrai sujet. Les filles se dirigent moins que les garçons vers les filières scientifiques et quand elles le font elles choisissent moins les métiers d’ingénieur. Au final il y a un vrai déficit entre les deux sexes. Chez Altran, nous comptons 26 % de femmes, soit 4 points de plus que la moyenne des femmes ingénieurs. C’est encore peu et c’est dommage parce que la diversité reste un atout, toujours favorable à la création, à l’innovation…

EPN : Comment vont se répartir les embauches ?
FF : Les recrutements sont gérés pays par pays, en fonction des demandes des clients. 48 % vont être recrutés en France, mais ils ne seront pas forcément français. Après, les gros secteurs vont être l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie. Puis la Chine, le Benelux et les USA.
 
Propos recueillis par Florence Raillard