Quand la tech s’allie à la culture

Le numérique se spécialise. Cela devait arriver : le technopôle n’est plus seulement numérique. Il se spécialise en fonction du lieu où il se développe. Un exemple : la « French Tech Culture » d’Avignon. 

Avignon et sa région constituent un vivier d’entreprises culturelles majeur en France : les manifestations culturelles y fleurissent tout l’été, et de nombreuses institutions s’y sont implantées. Sans compter l’attrait que représentent les sites classés au patrimoine mondial, du pont du Gard au village de Gordes, des vestiges romains d’Arles et Saint Rémy aux champs de lavande.

La région attire  des millions de touristes chaque année (huit millions de nuitées annuelles). Et deux millions de personnes, touristes ou non, fréquentent les neuf festivals les plus internationaux de la région, dont les plus connus sont Avignon pour le théâtre, bien sûr, mais aussi Aix- en-Provence et Orange pour le lyrique, et la Roque d’Anthéron pour le piano, ainsi qu’Arles pour la photo, et les multiples manifestations d’art comme les expositions de la Collection Lambert à Avignon ou du musée Granet à Aix-en-Provence.

Première européenne

Aussi, lorsque la région a conçu un dossier pour le label French Tech, obtenu en juin 2015, l’évidence s’est-elle imposée : c’est autour de la culture que celui-ci pouvait exister. L’ambition affichée par Avignon Provence Culture Tech est de créer la première métropole culturelle et numérique d’Europe. Avec le territoire environnant, du Gard au Luberon, qui peut servir de site d’expérimentation et d’application. 

Le Festival d'Avignon a ainsi offert, pendant l’été 2015, une première européenne dans les arts vivants. Deux spectacles de la Cour d'Honneur du Palais des Papes, celui d'Olivier Py, directeur du Festival d’Avignon et vice-président de Avignon-Provence Culture Tech, consacré au "Roi Lear", et celui d'Angelin Preljocaj, "Retour à Berratham", ont proposé aux spectateurs étrangers une traduction simultanée en anglais et mandarin à travers des lunettes connectées.

Autre expérience : le robot UB-Y a permis à des enfants hospitalisés de participer au festival en se promenant dans les rues d’Avignon et dans les spectacles. Le tout grâce au Living Lab lancé avec le projet.

Une filière dynamique

Avignon Provence Culture Tech peut s’appuyer sur 1.200 entreprises locales de la filière numérique, représentant 5.200 emplois. Des entreprises souvent leaders sur leur marché et à forte croissance, se développent déjà sur ce territoire, comme Bizcom Europe (équipement informatique), Groupe F (spectacles pyrotechniques et numériques monumentaux) ou Jocatop (supports pédagogiques numériques)...

La région est riche de nombreuses initiatives : le Forum d'Avignon, « laboratoire d’idées » avec 300 décideurs du monde culturel venus du monde entier,  Museomix et ses expérimentations grandeur nature de solutions numériques de médiation culturelle, les opérations mises sur pied par Avignon Delta Numérique (cluster d'une centaine d'entreprises), le Pôle Industries Culturelles et Patrimoines dans l'innovation culturelle ou le Club Informatique Provence Méditerranée.

Avignon Provence Culture Tech a décidé de développer un "gros" accélérateur européen dans lequel s'investissent une dizaine de mentors. Objectif : accueillir 180 projets de 2015 à 2020. Baptisée The Bridge, cette société privée est présidée par Paul Hermelin, PDG de Cap Gemini, et regroupe Orange, Microsoft France, Crédit Agricole Alpes Provence et les PME Jocatop et B2PWeb.

Nouveau moteur régional

Le Festival d'Avignon et l'Université d'Avignon interviennent en appui, et The Bridge tiendra plusieurs sessions par an sur différents lieux. Plusieurs start-ups ont été sélectionnées pendant la session d’hiver 2015-2016 auxquelles l’Europe apportera son soutien. Il existe par ailleurs plusieurs incubateurs et pépinières qui participent à des degrés divers à l'accompagnement de start-ups du numérique dans la région.

Elément majeur de The Brigde, le Living Lab, déjà opérationnel lors du festival d’Avignon 2015, prendra place dans les différents sites de festivals internationaux, pour déployer les applications innovantes et évaluer les usages. Il vise l'accompagnement de 75 projets en six ans et développera des connections avec d'autres accélérateurs dans le monde.

Toutes ces initiatives complètent d’autres projets, comme les Fab Lab existant déjà à Avignon, ou même à Lourmarin, charmant village du Luberon. Quant aux formations, elles existent aussi en bon nombre dans la région. Une association d’Avignon vient d’obtenir le label Grande Ecole du Numérique, projet lancé en septembre 2015 par François Hollande et qui devrait voir les premiers élèves formés dès 2016.

L‘attribution du label French Tech peut contribuer à trouver un modèle de croissance, bien nécessaire dans cette région où le chômage frappe durement. Il permet de mesurer combien, même dans une région très agricole comme le Vaucluse, les changements numériques sont à l’œuvre.

Marie-Laure Cittanova

Restons Connectés

Qui sommes-nous ?

Qui sommes-nous ?